La philosophie de A à Z

Résumé

De manière presque intuitive, chacun d’entre nous semble capable de distinguer un être vivant d’une chose inerte : une poule, un arbre, une bactérie sont des êtres vivants, alors qu’un caillou, une simple molécule chimique ou une montagne ne sont pas vivants. Il semble même assez facile de faire une liste des propriétés caractéristiques du vivant : le vivant, contrairement à l’inerte, peut se développer et se reproduire, possède un métabolisme lui permettant de réguler ses échanges énergétiques avec l’extérieur et à l’intérieur de son corps. Mais il existe des cas où il est difficile de dire si un corps est vivant ou non : une graine, un virus (agent infectieux plus petit qu’une cellule) semblent vivants car ils peuvent, dans certaines circonstances, se reproduire, mais ils sont, la plupart du temps, inertes. Dans les œuvres de science-fiction, on découvre des robots qui semblent vivants car ils peuvent ressentir la souffrance et sont capables de réflexes, de mouvement autonome, et parfois d’émotions. Dans la série Battlestar Galactica, on découvre des robots capables de se reproduire avec des êtres humains ! Y a-t-il une frontière claire entre le vivant et l’inerte, entre le corps vivant et la machine ? Une autre difficulté apparait lorsqu’on essaie d’expliquer les différences entre la matière inerte et la matière vivante : comment est-il possible que de la matière (faite d’atomes, de molécules) soit parfois, quand elle est « vivante », capable de se reproduire, de se développer, de bouger de manière autonome, de réguler les transformations énergétiques ? Et peut-on expliquer ces différences de manière scientifique ?


Introduction

Le « miracle de la vie », le « pouvoir » de donner la vie : ces expressions donnent l’impression que la vie est à la fois sacrée et inexplicable. La vie serait « sacrée » car elle serait un don exceptionnel auquel l’être humain, devrait un respect inconditionné et absolu [voir l’article « bioéthique »]. Et la vie serait également inexplicable, car un « miracle » est justement ce qui n’a pas de cause naturelle : c’est ce qui apparaît spontanément, par magie ou par une volonté divine imprévisible. Comment peut-on expliquer un phénomène qui n’aurait pas de cause, puisque « expliquer » veut justement dire « trouver les causes d’un phénomène » ? Mais la vie n’est peut-être pas un miracle ou un pouvoir inexplicable et intouchable. Dans le roman Frankenstein de Mary Shelley, le docteur Frankenstein parvient à « donner vie » à une créature qui est au départ un simple assemblage de divers matériaux. D’un seul coup, de la matière inerte prend vie ! Dans la réalité, les chercheurs essaient eux aussi, dans une certaine mesure, de donner vie à un assemblage de matériaux, lorsqu’ils essaient de fabriquer des robots semblables aux êtres vivants, ou lorsqu’ils essaient de créer des cellules artificielles. Cet article essaie de déterminer s’il est possible de clairement distinguer entre le vivant et l’inerte (§2), et si les caractéristiques des organismes vivants (développement, métabolisme, reproduction et évolution) sont un « miracle » inexplicable ou si elles peuvent, au contraire, être expliqués scientifiquement, c’est-à-dire comme on explique, en physique, les caractéristiques de la matière inerte par des causes naturelles et par des lois (par exemple, la loi de la chute des corps, la loi de la pesanteur) et par des hypothèses qui peuvent être soumises, directement ou indirectement, à des tests expérimentaux (§3). Si la vie peut être comprise de manière scientifique, peut-être pourra-t-elle, un jour, être recréée en laboratoire. Mais cela veut-il dire que les phénomènes vivants ne garderaient plus aucun mystère pour la science ?

1. Peut-on distinguer entre le vivant et l’inerte, entre le corps vivant et la machine ?

Un corps vivant, c’est un corps qui n’est ni « mort » (corps qui a perdu la vie) ni « inerte » (corps qui n’a jamais possédé la vie). Comme tout corps ou objet (par exemple une table, un rocher), un corps vivant est fait de matière. Mais, chose étrange, la matière du corps vivant semble capable de se développer et de croître, de transformer de la matière et de l’énergie (métabolisme), ou encore de se reproduire et d’évoluer. Comment expliquer que la matière soit parfois capable de métabolisme, de développement, de reproduction et d’évolution (dans le cas du vivant) et qu’elle en soit parfois incapable (dans le cas des corps inertes ou morts) ? Un rocher ne peut pas se reproduire ni grandir : pourquoi une plante le peut-elle ?

a. Le vitalisme : la matière vivante possède quelque chose de plus que la matière inerte

Le vitalisme est un mot qui désigne un ensemble de conceptions philosophiques variées, mais qui ont en commun d’affirmer que le corps vivant possède quelque chose qui le rend fondamentalement différent de la matière inerte – et qui rend la biologie irréductible à la physique et à la chimie : autrement dit, les lois de la physique et de la chimie ne suffiraient pas à expliquer les corps vivants, donc la biologie ne pourrait pas « se réduire à » la physique et la chimie. Pour certains auteurs (Platon par exemple, 4e siècle av. J.-C.), la particularité du corps vivant vient de la présence d’une « force vitale » ou d’un « souffle vital » qui donne vie au corps : sans ce souffle vital, qui correspond généralement à « l’âme », le corps serait de la matière inerte. On retrouve cette idée lorsqu’on dit qu’une personne « rend son dernier souffle (de vie) ». Pour d’autres vitalistes (Aristote par exemple, 4e siècle av. J-C.), c’est bien l’âme qui donne vie au corps, mais elle n’est pas une force ou un souffle : l’âme est plutôt conçue comme un principe de formation, d’organisation de la matière du corps, qui est immatériel mais indissociable de cette matière (l’âme ne peut exister « seule »). Selon Aristote, si une plante peut développer des feuilles et une tige à partir d’une simple graine, c’est parce qu’une âme lui a donné progressivement cette forme. Le médecin Marie François Xavier Bichat (18ème siècle) a aussi défendu une conception vitaliste du corps vivant, en affirmant que la vie est « l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort » : il y aurait donc une véritable « force vitale » dans les corps vivants.

b. Le mécanisme : le corps vivant est semblable à une machine et doit être expliqué par des actions de contact

Le vitalisme a été fortement critiqué, car l’explication de la vie qu’il offre ne semble pas véritablement scientifique, notamment car elle empêche, totalement ou en partie, de soumettre le corps vivant aux lois qui régissent la matière inerte (les lois physico-chimiques). Or comment connaître « scientifiquement » le vivant si le fonctionnement du corps vivant n’est parfois régi par aucune loi ? Le philosophe et médecin Descartes, au 17e siècle, a affirmé que le corps vivant (Descartes parle surtout du corps animal ici) est soumis aux mêmes lois que n’importe quel corps inerte, car il fonctionne comme un automate, c’est-à-dire une machine capable de bouger toute seule sans l’aide de l’être humain : les tendons sont comme des leviers, les nerfs sont comme des cordes. Par exemple, lorsque nous avons un mouvement réflexe, c’est comme si on tirait sur une corde (le nerf). Le corps vivant est une machine simplement plus complexe que celles construites par l’être humain : il y a une différence de degré, et non de nature, entre les machines « inertes » (une horloge par exemple) et les machines « vivantes » (un chat par exemple). Pour Descartes, il n’est pas utile de supposer une « âme » capable de faire bouger la matière. La matière du corps vivant bouge de la même manière que la matière inerte : elle est mise en mouvement par contact avec une autre matière, comme l’aiguille d’une horloge est mise en mouvement par les rouages. Cette hypothèse semble plus scientifique que les hypothèses vitalistes car elle élimine l’action étrange d’une âme immatérielle sur la matière du corps : seule l’action par contact, que l’on peut observer et sur laquelle on peut expérimenter, est nécessaire pour comprendre le corps vivant. On appelle « mécanisme » la conception de Descartes, car il essaie de comprendre le corps vivant en prenant comme modèle les machines automates : la vie dépend des actions par contact, comme dans une machine un rouage en fait bouger un autre.

c. L’organisme : la vie d’un corps s’explique par son organisation très particulière qui confère à ses organes une force formatrice

Mais le corps vivant est-il vraiment semblable à une machine ? A votre avis, pourriez-vous faire la différence entre un robot imitant parfaitement un animal, et un véritable animal ? Au 18e siècle , le philosophe Kant a montré qu’on pourrait faire la différence entre le corps vivant et une simple machine, car dans un corps vivant, la matière semble douée d’une « force formatrice ». Dans une machine, par exemple une montre, les rouages peuvent faire bouger les aiguilles (il y a une « force motrice » dans la machine), mais un rouage ne peut contribuer à « former » une aiguille ou à la réparer. Dans un organisme en revanche, chaque partie, chaque « organe », semble contribuer au maintien et à la formation du reste du corps. Par exemple, un corps vivant peut cicatriser ou renouveler certaines parties de son corps (l’écorce de l’arbre par exemple), alors qu’une simple machine ne peut pas se réparer ou renouveler ses parties. Une autre différence importante entre une machine et un organisme est que les parties d’une machine ont une fonction qui leur a été attribuée par l’être humain qui a construit la machine, alors que dans l’organisme, les fonctions des organes ne viennent pas du tout d’un être humain qui aurait « fabriqué » l’organisme. Dans un organisme, c’est la matière elle-même, toute seule, qui s’organise et acquiert certaines fonctions : c’est « comme si » chaque partie était là « pour » les autres. Le cœur semble être là « pour » maintenir la circulation du sang et le fonctionnement du reste de l’organisme ; dans une plante, la tige semble être là « pour » permettre aux feuilles de capter l’énergie solaire, et les feuilles là « pour » fournir de l’énergie à la tige.

Mais si aucun être humain n’a donné de fonctions aux organes, comme l’horloger donne une fonction aux aiguilles d’une montre, alors comment expliquer l’existence de fonctions dans le corps vivant ? Vos yeux semblent « faits pour voir », comme si c’était leur but. Le risque est ici de recourir au « finalisme » : c’est affirmer soit qu’un dieu a conçu les corps vivants « dans un certain but », soit que la matière vivante est capable de se donner des objectifs, des « fins » (mot d’où vient le terme « finalisme »), comme le ferait un être humain doué d’intentions et de volonté consciente. Or la matière vivante n’est pas consciente ! Utiliser une explication « finaliste » (dire que la matière vivante a des objectifs conscients) est problématique, car c’est une fausse explication : cela consiste à inventer une « volonté consciente » (soit un dieu, soit la matière vivante elle-même) pour expliquer le fonctionnement des corps vivants. C’est comme si on expliquait le mouvement des planètes en disant qu’elles « ont pour but conscient de tourner en rond autour du Soleil » plutôt que de chercher des lois comme la loi de la gravitation ! Votre corps n’a pas « décidé » de fabriquer vos yeux pour voir, et ce n’est pas un dieu qui l’a décidé non plus. Il ne faut donc pas être finaliste. Mais il faut bien admettre, comme Kant l’a fait, que c’est « comme si » les poumons étaient « faits pour » la respiration. Un problème important se pose donc ici : si ce n’est pas l’être humain ou un dieu qui a doté les organismes de fonctions, et si la matière elle-même ne peut pas être douée d’intentions et d’objectifs, comment expliquer l’existence de « fonctions » des organes ? La notion de « programme génétique » élaborée au 20e siècle, qui compare les informations contenues dans le code génétique à un programme informatique, explique comment un organisme vivant semble obéir à une certaine « logique » qui ne soit pourtant pas quelque chose de conscient, comme le biologiste François Jacob par exemple l’a expliqué : les informations contenues dans les gènes guideraient la formation des organes « pour » qu’ils remplissent certaines fonctions. Cela ne veut pas dire que les gènes ont une volonté : ils seraient comme un programme informatique, et suivraient une certaine « logique » mais sans que cela soit conscient. Mais avant l’hypothèse du programme génétique, c’est notamment grâce à la théorie de l’évolution par sélection naturelle, formulée par Darwin au 19e siècle, que la biologie a réussi à expliquer scientifiquement l’existence de fonctions dans les corps vivants. C’est ce que nous allons expliquer maintenant.

2. Comment expliquer de manière « scientifique » les corps vivants et leurs caractéristiques ?

a. La théorie de l’évolution par sélection naturelle

La théorie de l’évolution par sélection naturelle affirme que les espèces (et non les individus au sein d’une espèce) évoluent au cours du temps : elles se transforment par un mécanisme qu’on appelle la « sélection naturelle ». Cette sélection naturelle est aveugle : elle n’est pas consciente (la nature ne choisit pas telle ou telle évolution), et elle opère au sein d’une même espèce (compétition entre les individus d’une même espèce) et entre différentes espèces (compétition entre différentes espèces). Le mécanisme est le suivant : les individus existant à un temps t différent entre eux par certaines caractéristiques (liées à des mutations génétiques par exemple). En fonction de l’environnement dans lequel vivent ces différents individus, certains seront avantagés par leurs caractéristiques (c’est ce qu’on appelle un « avantage adaptatif »). Par exemple, certains pourront plus aisément se camoufler que d’autres. Ainsi, c’est l’environnement qui opère – sans volonté consciente, sans « fin » – une sélection des variations qui sont apparues, par le hasard des mutations génétiques, au sein des espèces vivantes : seuls certains individus survivront et pourront avoir une descendance qui héritera de certains de leurs traits. Cela permet d’expliquer pourquoi les corps vivants ont des fonctions : ce sont tout simplement des variations ou capacités qui ont été sélectionnées, de manière aveugle et aléatoire, par un certain environnement à un moment donné parce qu’elles apportaient aux individus porteurs de ces variations des « avantages adaptatifs » (ces individus étaient plus adaptés à leur environnement que ceux ne portant pas les mêmes variations). On a donc une explication scientifique des fonctions du corps vivant : ce n’est pas un être humain ou un dieu qui a donné des fonctions au corps vivant, et ce n’est pas non plus la matière vivante qui a des objectifs conscients ; c’est simplement le résultat d’un mécanisme aveugle (donc non conscient) de sélection naturelle de certaines propriétés de la matière vivante par l’environnement.

La théorie de l’évolution par sélection naturelle est une théorie scientifique – contrairement au créationnisme qui affirme que les espèces ont été créées et qu’elles n’évoluent pas – car elle refuse le finalisme et peut être testée expérimentalement, même si elle est peut-être moins facile à tester que d’autres théories scientifiques. L’expérimentation est essentielle pour qu’une théorie puisse être reconnue comme « scientifique ». Et c’est parce que la biologie et la médecine sont devenues des sciences expérimentales qu’une véritable science de la vie a pu se développer. Pourtant, est-il possible d’expérimenter sur les corps vivants sans perturber leur fonctionnement, et donc sans fausser les résultats des expériences ?

b. Il est possible d’expérimenter sur les corps vivants, en prenant en compte leur « déterminisme complexe »

L’expérimentation sur les corps vivants existe depuis bien avant le 19e siècle, mais un changement important a lieu au 19e siècle. Peut-on expérimenter sur les corps vivants comme sur les corps inertes ? Et si cela n’est pas possible, peut-on malgré tout expérimenter de manière « scientifique », « fiable », sur les corps vivants ? Le médecin Claude Bernard parvient à montrer qu’il est possible d’expérimenter scientifiquement sur les corps vivants, c’est-à-dire sans que cela « fausse » nécessairement les résultats. Il s’oppose aux « anatomistes » qui affirmaient qu’on ne pouvait expérimenter que sur les corps morts : car si l’on expérimente sur un corps vivant, cela perturbe son fonctionnement, et donc les résultats ne sont plus valables. Claude Bernard rejette ce raisonnement : l’expérimentation sur un corps en train de vivre perturbe son fonctionnement, mais cette perturbation nous apprend quelque chose. Sectionner un nerf facial sur un animal en vie (préalablement endormi ou anesthésié) perturbe le fonctionnement du visage, mais justement, cela nous apprend précisément à quoi sert ce nerf ! Bien sûr, expérimenter sur un corps vivant est plus complexe qu’expérimenter sur un corps mort ou sur un système physico-chimique (un gaz, un fluide par exemple), car un corps vivant réagira de manière complexe à l’intervention. Par exemple, on peut prédire le comportement d’un gaz en connaissant ses composants (molécules) et certaines lois physiques : si l’on chauffe un gaz, on peut déterminer avec certitude que l’agitation des molécules sera, à pression constante, plus grande qu’avant d’avoir chauffé le gaz. Mais si l’on élève la température du lieu où se trouve un corps vivant, que se passera-t-il ? Peut-on le prédire avec certitude ? Non, cela est impossible, car le corps vivant ne va pas réagir uniquement en fonction de ses composants (molécules, cellules, organes) et de lois physico-chimiques : il réagira aussi en tant que tout, en tant que totalité organique « solidaire ». Si l’on élève la température du lieu où se trouve un corps vivant, la température générale du corps va certes s’élever, mais pas au-dessus d’un certain seuil, car l’organisme régule sa propre température (du moins dans le cas des animaux à sang chaud). Pour résumer, expérimenter sur les corps vivants est possible, et c’est ce qui rend la biologie et la médecine scientifiques, mais cela reste très complexe, car toute intervention entraînera de multiples réactions en chaîne. On peut donc bien étudier les corps vivants de manière « scientifique », par l’expérimentation, mais cela ne veut pas dire que l’on peut faire en biologie (sur des corps vivants) comme on fait en physique et en chimie (sur des corps inertes).

c. La biologie, science de la vie, a-t-elle fait disparaître le « mystère » de la vie ?

L’emploi du terme « biologie » pour désigner une science de tous les êtres vivants apparait au début du 19e siècle et la biologie devient une véritable théorie scientifique au cours du 19e et du 20e siècles en raison de développements conceptuels importants : l’élaboration de la théorie cellulaire (qui affirme que tout être vivant est composé de cellules, et que toute cellule provient d’une cellule préexistante) et de la théorie de l’évolution par sélection naturelle au 19e siècle, puis le développement de la génétique (étude des molécules de l’hérédité), de la biochimie (étude des molécules complexes comme les protéines) et de la biologie moléculaire (étude des macromolécules comme l’ADN) au 20e siècle. Comme on l’a montré, l’’étude du vivant n’est pas devenue scientifique seulement par ses théories : elle est devenue scientifique également par son recours à l’expérimentation. Mais le fait que l’on soit capable, aujourd’hui, de connaître scientifiquement le vivant (le corps vivant et le monde vivant) ne veut pas dire que tous les mystères de la vie ont disparu. A l’heure actuelle, les chercheurs font encore face à des questions difficiles : comment la vie est-elle apparue ? Arrivera-t-on à créer de la vie en laboratoire ? Est-il possible qu’il existe d’autres formes de vie (une vie extraterrestre par exemple) ? Ces questions montrent que la vie conserve encore certains mystères qui constituent de véritables défis pour les scientifiques.

Conclusion

Le vivant est un objet d’étude complexe dont l’étude scientifique doit articuler théorie et expérimentation. Mais ce qui semble peut-être le plus intriguant, c’est la limite extrêmement problématique qui existe entre le vivant et le non-vivant. Il existe des corps naturels qui sont parfois inertes, et parfois vivants ! De plus, il n’est pas sûr que l’on pourra toujours distinguer clairement entre une machine et un organisme. Les œuvres de science-fiction regorgent déjà de robots dotés de sensibilité. Dans le film Blade Runner (adapté du roman de Philip K. Dick dont le titre anglais est Do Androids dream of electric sheep ?, « Est-ce que les androïdes rêvent de mouton électrique ? »), certains robots sont capables de sentiments comme l’amour, et de sensibilité, puisqu’ils peuvent ressentir la douleur et réagir en fonction de cette douleur. Dans le film I, Robot (« moi, robot ») adapté des nouvelles de Isaac Asimov, les robots deviennent capables de ressentir des émotions, et se rassemblent comme « instinctivement », comme le feraient des êtres vivants pour se rassurer ! Des chercheurs travaillent aujourd’hui à apprendre aux robots à reconnaître les émotions humaines… si de tels robots, sensibles, existent un jour, devrons-nous, en tant qu’être humain, nous comporter envers eux comme envers un véritable être vivant ? Ce sera au futur de répondre à ces questions, et à nous, en tant qu’êtres humains, de choisir le monde dans lequel nous décidons de vivre.

Bibliographie

Canguilhem, Georges, « Vie », Encyclopedia Universalis en ligne, 1974
Cet article présente les nombreuses façons dont la vie a été pensée et étudiée : la vie comme animation, comme mécanisme, comme organisation et aussi comme information (où l’organisme est comme une machine capable de réguler son fonctionnement par un programme, comme une machine à thermostat peut réguler sa température).

David, Patrice & Samadi, Sarah, La Théorie de l’évolution. Une logique pour la biologie, Champs Université Flammarion, 2000
Ce livre donne une description très claire de la théorie de l’évolution. Le chapitre I en particulier pose les grands principes de cette théorie.

Gould, Stephen Jay, Darwin et les grandes énigmes de la vie. Réflexions sur l’histoire naturelle, Seuil, 1997
Cet ouvrage fait de petits chapitres indépendants rend accessibles et passionnantes l’histoire naturelle et l’évolution des êtres vivants, en abordant aussi des réflexions plus sociales et politiques sur le racisme ou le Q.I par exemple.

Jacob, François, La Logique du vivant. Une histoire de l’hérédité, Editions Gallimard, 1970
Ce livre présente la biologie en insistant en particulier sur la notion de programme (l’introduction montre l’importance de cette notion dans la compréhension des êtres vivants).

Gladys Kostyrka
gladys.kostyrka@wanadoo.fr
Institut d’Histoire et de Philosophie des Sciences et des Techniques