La philosophie de A à Z

Publié en mai 2020

1. La philosophie de la perception

Tout ce qui existe n’a pas la capacité de percevoir. A la différence de la pierre qui est indifférente au monde qui l’entoure, les animaux (humains ou non humains) ont la capacité de recueillir des informations au sujet de leur environnement grâce aux organes sensoriels (l’œil, l’oreille, la peau, la langue, le nez). Ces connaissances sont d’ailleurs primordiales à la survie des espèces qui possèdent des capacités perceptives. Le lapin s’enfuit lorsqu’il entend un coup de fusil, tout comme l’automobiliste s’arrête à la vue d’un feu rouge.

On pourrait penser qu’il revient uniquement aux sciences d’éclairer la nature des capacités perceptives. En effet, les sciences telles que la neurologie, la biologie ou les sciences cognitives, nous fournissent progressivement une meilleure compréhension des processus causaux à l’œuvre dans la perception, en s’intéressant par exemple au fonctionnement des organes sensoriels ou à la manière dont le cerveau traite les informations qu’il reçoit de la stimulation des sens.

Or la perception soulève un certain nombre de problèmes conceptuels qui intéressent directement le philosophe et que l’analyse philosophique est susceptible de clarifier. Ordinairement, nous concevons la perception comme un moyen d’être en contact avec le monde (ses propriétés) et ainsi de le connaître. A première vue, cette conception ordinaire de la perception ne semble pas faire réellement problème. Cependant, la tradition philosophique dominante a toujours interrogé cette conception. En effet, concevoir la perception comme étant un moyen d’être en contact avec le monde, et d’acquérir des connaissances à son sujet, c’est peut-être une manière erronée de concevoir la perception. Puisqu’il existe des cas d’illusions et hallucinations sensorielles, ne présuppose-t-on pas à tort que les sens nous donnent un accès au monde tel qu’il est réellement ? En effet, on pourrait faire l’hypothèse radicale que nos sens nous trompent de manière systématique : un malin génie pourrait nous tromper et faire que toutes les impressions sensorielles que nous avons ne correspondent jamais à rien dans la réalité. Après tout, qu’est-ce qui prouve que nous ne sommes pas en fait des cerveaux dans des cuves stimulés de manière à avoir l’impression d’un monde extérieur hors de nous alors que ce monde en réalité n’existerait pas ? Le film Matrix met en scène une telle possibilité. Mais, peut-on justement être sûr de ne pas être, sans le savoir, dans une telle situation ? De manière générale, le problème est donc le suivant : la perception peut-elle être un guide fiable dans l’acquisition de connaissances au sujet du monde ?

La section 2 pose le problème de savoir ce qui est en réalité directement perçu dans la perception. La section 3 approfondit cette question en interrogeant les caractéristiques essentielles de l’acte de percevoir. Dans la section 4, on se demande si les qualités perceptibles par les sens peuvent être radicalement distinguées de l’acte de les percevoir. Enfin, dans la section 5, on en vient au problème épistémologique de savoir si on peut légitimement faire confiance à nos sens et si la perception peut véritablement nous permettre d’acquérir certaines connaissances au sujet du monde.

2. La perception nous met-elle en contact direct avec la réalité ?

Les expériences sensorielles que nous avons lorsque nous voyons ou goûtons un gâteau, ou que nous en sentons l’odeur, sont-elles une manière d’avoir directement accès aux propriétés du gâteau (sa couleur, sa forme, son odeur) ?

Un argument fort en faveur d’une réponse négative à cette question s’appuie sur l’existence d’ « expériences non-véridiques » dans lesquels il y a un décalage entre comment le monde est et les impressions sensorielles que nous avons. Parfois, l’objet perçu nous apparaît comme possédant des propriétés qu’il ne possède pas réellement (illusion). Un bâton droit apparaît visuellement tordu si on le plonge dans l’eau. Pire, nous sommes parfois en proie à des hallucinations : rien dans la réalité ne correspond alors à l’expérience sensorielle que nous avons. Si vous regardez longtemps une lumière aveuglante puis que vous fermez les yeux, vous aurez probablement l’impression visuelle d’un flash de lumière (image rémanente). Pourtant, il y a bien semble-t-il quelque chose que vous « voyez » alors, à savoir un flash de lumière.

Dès lors, on pourrait en conclure deux choses :

  1. Il existe dans les cas illusoires et hallucinatoires (voire lorsque nous rêvons) quelque chose qui est réellement perçu, à savoir des apparences internes au sujet qui perçoit (Principe de réalité des apparences internes)
  2. Même dans les cas où les choses sont bien telles qu’elles paraissent être (cas de perception véridique), de telles apparences sont aussi saisies directement. (Principe de généralisation)

Par conséquent, selon cet argument (qu’on nomme parfois « l’argument de l’illusion »), la perception ne nous mettrait au mieux en contact direct qu’avec une réalité interne (les apparences) et qu’indirectement avec une réalité extérieure. On peut qualifier cette thèse de réalisme indirect de la perception.

Un défenseur de cette position, B. Russell, affirme ainsi que « les sens ne nous apprennent pas immédiatement la vérité sur l’objet en soi [tel qu’il est indépendamment de notre perception] ». Selon Russell, en percevant le monde, la réalité elle-même n’est pas l’objet immédiat de notre expérience. Dans la perception, ce que notre conscience saisirait immédiatement, ce serait plutôt la manière dont les choses nous semblent, les apparences internes (ou impressions sensorielles) que les choses extérieures produisent en nous. L’expérience perceptive du monde serait donc indirecte en ce sens qu’elle supposerait la saisie d’entités intermédiaires qu’on nomme traditionnellement « sense-data » (données des sens) ou encore « idées ». Ces entités seraient internes aux sujets qui perçoivent et de nature non matérielle. La perception est alors conçue comme un processus en deux étapes : à partir de la sensation, de la conscience directe des diverses impressions visuelles et tactiles que peut produire en nous la table par exemple, on en inférerait sa forme carrée (certes souvent de manière non consciente et involontaire).

L’argument de l’illusion n’est pas le seul argument auquel peut recourir le réaliste indirect pour défendre sa position. Un autre argument (« l’argument causal » comme on pourrait le nommer) consiste à souligner que l’occurrence d’une perception, par exemple une expérience visuelle de gâteau, ne se produit qu’à la fin d’un processus causal et physique qui prend un certain temps (par exemple la stimulation de la rétine par la lumière, des impulsions dans le nerf optique, et certains événements dans le cortex visuel). Par conséquent, l’objet direct de notre perception ne peut semble-t-il pas être celui qui a déclenché ce processus causal (à savoir la présence du gâteau), mais c’est plutôt le résultat de ce processus qui est directement perçu par nous. Cependant, cette conclusion est-elle inévitable ? Non. En effet, il convient de ne pas confondre (comme le fait l’argument causal) les mécanismes causaux dont dépend la perception avec ce que nous percevons (l’objet de la perception). Bien que pour avoir une expérience perceptive, cela suppose que certaines causes physiques et physiologiques se produisent, cette expérience a pour objet ce qui a déclenché ce processus causal (le gâteau).

De manière générale, un des problèmes que pose le réalisme indirect de la perception est le suivant : comment être sûr qu’il existe un monde extérieur indépendant de nous et qui cause en nous les apparences que nous saisissons dans la perception ? Après tout, y a-t-il vraiment quelque chose derrière « le voile » des apparences ? Certains philosophes, comme G. Berkeley, ont répondu que non en niant l’existence d’un monde extérieur indépendant de la perception. En effet, on ne peut pas pour ainsi dire « sortir » de nos expériences sensorielles afin de vérifier que celles-ci correspondent bien à quelque chose à l’extérieur de nous. Selon Berkeley, « Être , c’est être perçu ». Autrement dit, un monde indépendant d’esprits qui le perçoivent, ou qui sont susceptibles de le percevoir, n’existe pas quoique nous croyions à tort qu’un tel monde existe. L’existence du monde dépendrait ainsi ontologiquement de la perception. Affirmer cela, c’est endosser une positon d’idéaliste.

A l’inverse, le réaliste indirect considère qu’il existe réellement un monde indépendant de la perception, même s’il admet par ailleurs que ce monde n’est pas directement perçu par nous. Selon lui, les choses extérieures existent qu’on les perçoive ou non. Cette dernière hypothèse semble en effet plus simple et cohérente que l’hypothèse que rien à l’extérieur de nous ne correspond aux expériences sensorielles que nous avons. Si vous fermez les yeux et que vous vous bouchez le nez, les apparences visuelles et olfactives produites par le gâteau devant vous cessent certes d’exister. Mais le gâteau lui-même ne le cesse pas, du moins c’est ce qu’on est tenté de penser, voire c’est ce qu’on espère fortement …

Pourtant ne peut-on pas rejeter dos à dos l’idéalisme et le réalisme indirect de la perception ? C’est ce que se propose de faire le réaliste direct en affirmant à la fois qu’il existe un monde indépendant de notre perception et que celui-ci peut être directement perçu par nous. Pour soutenir cette dernière thèse, le réaliste direct doit notamment expliquer pourquoi l’argument de l’illusion (mentionné plus haut) est défectueux. Il peut faire cela de deux manières différentes (même si celles-ci ne sont pas incompatibles). Le réaliste direct peut nier la réalité des apparences internes (contre 1). En effet, le fait qu’un bâton droit paraisse tordu dans l’eau par exemple n’implique pas forcément qu’il existe quelque part une « apparence tordue » (en plus du bâton droit). Certes, les choses paraissent d’une certaine manière lorsqu’on les perçoit. Mais, cela ne signifie pas que les apparences soient des entités distinctes des choses dont on affirme qu’elles paraissent d’une certaine façon. Par ailleurs, le principe de généralisation présupposé par l’argument de l’illusion (2) est lui aussi contestable. En effet, ce principe suppose d’analyser les cas de perception en fonction des cas d’expériences sensorielles non-véridiques (illusions, hallucinations). Or, même si dans l’illusion et l’hallucination des apparences étaient saisies, ces apparences pourraient très bien ne pas intervenir dans les cas de perception. Il conviendrait donc de disjoindre les deux types de cas. En effet, la perception du monde semble « transparente » : nous n’avons pas l’impression que nous saisissons des apparences lorsque nous le percevons.

Déterminer l’objet réel de la perception n’est pas cependant suffisant. Il faut de plus tenter d’en déterminer les caractéristiques essentielles.

3. Quelques caractéristiques essentielles de la perception.

Qu’est-ce qui caractérise de manière fondamentale la perception ? Comment parvenir à dégager ses caractéristiques essentielles ? Dans un livre récent, le neurologue O. Sacks rapporte les descriptions que lui font des patients en proie à des hallucinations auditives. Ces hallucinations sont parfois très complexes : certains hallucinent non pas de simples bruits, mais des symphonies ! Ces patients ne confondent généralement pas leurs hallucinations musicales avec les cas où ils entendent réellement des symphonies (ils peuvent en effet vérifier que la radio est bien éteinte par exemple). Pourtant leurs expériences hallucinatoires ressemblent à s’y méprendre à de véritables cas de perception auditive. Cela suggère l’idée suivante : même si le monde est bien l’objet direct de la perception qu’on en a, le fait d’être en contact avec le monde n’est peut-être pas ce qui caractérise de manière fondamentale l’expérience perceptive. Après tout, l’expérience perceptive que vous avez lorsque vous voyez au loin un arbre, vous auriez bien pu l’avoir en l’absence de cet arbre si, par exemple, c’était en réalité un hologramme d’arbre que vous regardiez. Cependant, percevoir est-il réductible au simple fait d’avoir en nous certaines impressions sensorielles ?

Selon la théorie intentionnelle de la perception, ce qui est caractéristique de la perception, c’est plutôt son intentionnalité, le fait qu’elle vise quelque chose, que ce quelque chose existe ou non dans la réalité. E. Husserl affirme en ce sens que « toute conscience est conscience de quelque chose ». Ainsi, ce qui importerait dans la perception, ce n’est pas tant l’objet avec lequel elle nous met directement en relation (l’objet de la représentation), mais son contenu, c’est-à-dire comment le monde nous est représenté dans la perception (ce que la phénoménologie se propose justement de décrire et d’analyser).

Selon une version modérée de la thèse intentionnelle défendue par J. Searle, on peut penser la perception par analogie avec la croyance. Croire qu’il y a une déforestation de l’Amazonie par exemple, c’est entretenir une certaine attitude (celle de croire) concernant le monde, cette attitude ayant un certain contenu formulable sous la forme d’une proposition, ici « qu’il y a une déforestation de l’Amazonie ». Ce contenu fixe les conditions sous lesquelles cette croyance est vraie (à savoir ici qu’il y ait réellement en Amazonie un phénomène de déforestation). De la même manière, l’expérience sensorielle serait douée d’un contenu qui spécifierait les conditions sous lesquelles cette expérience serait véridique. Par exemple, une condition pour que votre expérience visuelle d’arbre soit un cas de perception d’arbre est qu’il y ait bien un arbre devant vous qui cause l’expérience que vous en avez. Cette condition n’est pas satisfaite si vous hallucinez un arbre, bien que votre expérience hallucinatoire vous représente, elle aussi, le monde comme contenant un arbre qui vous fait face.

Illusion de Müller-Lyer : Les lignes sont égales, même si nous les percevons comme étant inégales.

Selon une version plus forte de la thèse intentionnelle, défendue notamment par D. Armstrong, il y aurait plus qu’une simple analogie entre percevoir et croire : la perception serait identique à une forme de croyance ou, du moins, à une inclination à croire certaines propositions au sujet du monde. Néanmoins, il semble y avoir une forme de perception « anépistémique » (l’expression est de F. Dretske) qui n’implique pas la croyance. Par exemple, face à l’illusion de Müller-Lyer, je continue à voir les deux lignes comme inégales même si je ne crois pas qu’elles le sont (à supposer que je sache qu’en réalité les deux lignes sont égales).

Cependant, percevoir le monde peut-il vraiment être réduit à une simple manière de se représenter le monde ? La perception ne semble pas en effet ne posséder que des propriétés représentationnelles. L’expérience perceptive faite en première personne semble aussi posséder un aspect qualitatif (voir l’entrée « qualia »). Voir une pomme rouge par exemple ne fait pas le même effet que voir une pomme jaune. L’aspect qualitatif de l’expérience perceptive permet aussi de la distinguer de la croyance. Croire qu’il y a une pomme rouge par terre, c’est certes se représenter le monde d’une certaine manière (à savoir comme contenant une pomme rouge) mais, contrairement à l’expérience visuelle de pomme rouge, cette croyance n’a pas d’aspect qualitatif particulier. Une difficulté pour la thèse qui assimile la perception à une forme de représentation (la thèse intentionnaliste) est que l’aspect qualitatif de l’expérience perceptive ne peut semble-t-il pas toujours être saisi en termes de représentation. Face à une forêt, vous pouvez voir diverses nuances de vert sans pourtant y faire attention. Mais, cette richesse chromatique est-elle vraiment représentée dans votre expérience visuelle ? C’est peu plausible.

Plus radicalement, on pourrait aussi rejeter l’idée que l’intentionnalité est une caractéristique essentielle de la perception. D’aucuns ont soutenu à la suite de R. Chisholm que percevoir le monde est en réalité une simple manière d’être affecté causalement par le monde. D’autres ont souligné que la perception est fondamentalement une « présentation du monde », « une ouverture » au monde (pour reprendre les expressions de J. McDowell qui défend cette position), plutôt qu’une simple manière de le « viser ».

La question de savoir si l’intentionnalité de la perception est ou non une caractéristique essentielle de la perception se situe au carrefour d’une multitude de questions susceptibles d’éclairer la nature de la perception. Par exemple, la perception est-elle un processus à deux étapes, la réception de données sensorielles (la sensation), puis l’interprétation de ces données ? N’y a-t-il pas plutôt une forme d’anticipation subconsciente et, par conséquent d’attente, dans la perception ? La perception est-elle « dans nos têtes » ? N’est-elle pas plutôt essentiellement liée à l’exploration du monde (comme le souligne notamment M. Merleau-Ponty), et donc à l’action et aux mouvements corporels (par exemple celui des yeux ou de la main) ?

De manière générale, ces questions soulignent le statut ambivalent de la perception. D’un côté, comme la sensation, la perception semble impliquer une forme de passivité du sujet (la réception d’informations sur le monde). Mais, la perception ne semble pas s’y réduire pour autant. Comme la croyance, la perception suppose semble-t-il l’exercice de certaines capacités conceptuelles. Ces capacités nous permettent d’identifier et de réidentifier les choses que nous percevons, par exemple lorsque nous voyons que l’animal qui sort du terrier est un lapin et que c’est le même que celui qui y est entré quelques minutes auparavant. Sans ces capacités conceptuelles, on ne pourrait faire aucun jugement sur la base de notre perception du monde : l’expérience perceptive serait alors « aveugle ». Pourtant, l’expérience perceptive ne semble pas de part en part conceptuelle. Elle ne présuppose pas toujours l’usage de concepts. Par exemple, les enfants en bas âge n’ayant pas encore acquis le langage, et les concepts de lapin et de terrier en particulier, peuvent néanmoins percevoir le monde qui les entoure, notamment voir des lapins qui sortent de leur terrier.

4. Les propriétés sensibles dépendent-elles de la perception que nous en avons ?

« L’argument des expériences non-véridiques » mentionné dans la section 2 souligne le décalage qu’il y a parfois entre comment le monde est et comment il nous apparaît dans la perception. Se pose ainsi la question du statut ontologique des qualités sensibles, perceptibles par les sens. L’ontologie a trait à ce qui existe et à la manière dont existe ce dont on affirme l’existence. Concernant les qualités sensibles, le problème est le suivant : le monde possède-t-il réellement les qualités sensibles (couleurs, sons, saveurs, odeurs, dureté, etc.) qu’il semble posséder lorsque nous le percevons ? La pomme que vous mangez peut-être en lisant ces lignes a un aspect visuel (une certaine forme, une certaine couleur), un certain goût, une certaine odeur, une certaine texture et elle fait un certain bruit lorsque vous la croquez. Tout cela, vous le savez en utilisant vos sens (la vision, l’ouïe, le toucher, l’odorat, le goût). Vous ne doutez probablement pas que c’est la pomme elle-même qui possède réellement la propriété d’être verte et ronde, d’être sucrée etc. C’est là une attitude naturelle que de prendre les apparences pour argent comptant, c’est-à-dire de considérer qu’elles correspondent à des propriétés réelles des choses que nous percevons. Mais, cette attitude est-elle bien légitime ?

Concentrons-nous sur le cas des couleurs. Lorsqu’on réfléchit sur ce qu’est la couleur, on se trouve confronté semble-t-il à un dilemme : (i) soit fournir une analyse objective des couleurs, c’est-à-dire décrire ce que sont les couleurs indépendamment des êtres susceptibles de les percevoir ; (ii) soit considérer que les couleurs ont un aspect subjectif inéliminable.

La première option, qu’on peut nommer réalisme physicaliste de la couleur, consiste à soutenir que la propriété d’avoir telle ou telle couleur est identique ou réductible au fait de posséder une certaine propriété physique, par exemple une certaine longueur d’onde, ou encore un certain « profil » de réflectance spectrale c’est-à-dire une certaine manière de refléter et d’absorber la lumière incidente. Les couleurs telles que nous les connaissons, ou croyons les connaître, devraient donc être éliminées de notre conception physique du monde ou, au minimum, elles seraient réductibles à certaines propriétés physiques. Comme pour l’or, l’étude scientifique des couleurs nous dévoilerait, selon le physicaliste, leur véritable nature ontologique.

Pourtant, la position réaliste dans sa version physicaliste n’est pas sans difficultés. Dans le cas des couleurs métamères, la même occurrence de couleur (disons du vert) correspond à deux propriétés physiques différentes (plus exactement, à deux profils de réflectances distincts). Ces deux propriétés sont néanmoins vues comme étant la même couleur. Ne doit-on pas en conclure que dans ce cas précis, voire de manière générale, la couleur ne peut pas être identique à une propriété physique ? Par ailleurs, une analyse de ce que c’est qu’être rouge par exemple peut-elle vraiment être faite sans faire référence à l’effet que cela fait de voir du rouge ? Une personne aveugle de naissance et dotée d’une intelligence remarquable, appelons-la Marie, pourrait savoir tout ce qu’il y a à savoir sur la physique des couleurs. Même en sachant tout cela, Marie saurait-elle pour autant véritablement ce qu’est la couleur rouge par exemple ? On peut penser que non car il lui manquerait la connaissance de ce que cela fait de voir du rouge, cette connaissance étant semble-t-il primordiale pour savoir ce que c’est qu’être rouge.

On pourrait ainsi considérer que la couleur a un aspect subjectif inéliminable (seconde branche du dilemme mentionné plus haut). Cette thèse peut conduire à défendre des positions très différentes au sujet de la nature des couleurs. On en mentionnera deux.

La première, qu’on peut qualifier d’antiréaliste, consiste à soutenir que les couleurs ne sont jamais des propriétés réelles des choses auxquelles on les attribue. Le monde extérieur serait en réalité dépourvu de couleurs. Typiquement, l’antiréaliste assimile les couleurs à des qualités purement subjectives. Selon lui, aucune pomme n’est jamais verte, elle paraît seulement l’être. On nomme simplement « verte » toute chose susceptible de causer un certain type d’expérience si on la regarde, à savoir une expérience visuelle de vert. Comme l’écrit J. Locke, « Ôtez […] la sensation, empêchez les yeux de voir la lumière ou les couleurs, et les oreilles d’entendre les sons, le palais de goûter, le nez de sentir, alors toutes les couleurs, les goûts, les odeurs, les sons, en tant que telle idée particulière, s’évanouiront, cesseront d’être ». Les qualités mentionnées par Locke, qu’il nomme « qualités secondaires et imputées » aux choses, se distinguent selon lui des « qualités primaires et réelles des corps » comme la solidité, la forme etc. Selon Locke, les qualités premières ne sont pas seulement attribuées aux choses extérieures, mais ces dernières les possèdent réellement (qu’on les perçoive ou non). A l’inverse, dans le cas des qualités secondes, et de la couleur en particulier, il y aurait un fossé entre les apparences et la réalité, entre comment les choses apparaissent lorsqu’on les perçoit (à savoir comme étant colorées) et les choses telles qu’elles sont réellement. Si vous examinez scientifiquement une pomme, vous ne trouverez en effet rien dans cette pomme qui ressemble à l’impression visuelle de vert que vous avez en la regardant. Selon l’antiréaliste, c’est nous, ou nos cerveaux, qui projetons inconsciemment à l’extérieur de nous nos impressions de couleurs. Nous croyons ainsi que le monde est réellement coloré alors que les couleurs ne seraient en réalité que les effets subjectifs que produit le monde sur nous. En faveur de sa position, l’antiréaliste peut souligner la variation des couleurs selon les conditions d’observation, ou encore les désaccords qui existent parfois concernant la couleur putative des choses. De tels désaccords ne montrent-ils pas que ce qu’on appelle la couleur des choses ne renvoie en réalité qu’à des apparences changeantes et propres à chacun ?

Néanmoins, une forme de réalisme qui prend en compte l’aspect subjectif des couleurs est défendable. En effet, les couleurs pourraient correspondre dans les choses à des dispositions réelles qu’ont ces choses de paraître d’une certaine manière. On dit d’un morceau de sucre qu’il est réellement soluble s’il possède la propriété dispositionnelle de se dissoudre dans les liquides, même si personne ne l’a encore plongé dans le café par exemple. De même, être réellement rouge pour une chose peut consister à posséder la disposition de produire un certain type d’expérience visuelle (celle de rougeur) dans les observateurs doués de capacités visuelles appropriées et placés dans des conditions d’observation elles aussi appropriées (un bon éclairage par exemple). Cette disposition peut subsister lors même qu’elle n’est pas actualisée. Dans une nuit noire ou en l’absence d’observateurs, les fleurs ne cessent pas d’être colorées ! Contrairement à ce que pense généralement l’antiréaliste, l’idée directrice de la position réaliste mentionnée ici est que la couleur peut à la fois être relative (aux observateurs, aux conditions d’observation) et néanmoins être une propriété réelle des choses auxquelles on l’attribue. L’existence de désaccords chromatiques montre seulement que l’attribution correcte de couleurs aux choses requiert des capacités visuelles appropriées et des conditions d’observation adéquates, et non pas que la couleur est une propriété purement subjective. Si l’éclairage est inapproprié, une chose peut paraître avoir une autre couleur que celle qu’elle possède réellement. Une erreur de jugement est alors possible. Parfois on se rend compte, non sans un certain désespoir, que les vêtements achetés après les avoir observés en magasin sous lumière artificielle n’ont pas exactement la couleur qu’on pensait qu’ils avaient.

Recourir aux notions d’observateurs/conditions d’observation appropriées peut sembler problématique. Peut-on en effet justifier que telles conditions sont plus appropriées que d’autres afin de percevoir la couleur réelle des choses ? En quoi la lumière naturelle serait-elle meilleure pour observer la couleur des objets que celle créée artificiellement par des spots multicolores dans une boîte de nuit ? Supposez qu’on réponde « les conditions appropriées d’observation des couleurs sont celles dans lesquelles les choses paraissent telles qu’elles sont ». Supposez même qu’on parvienne à établir laborieusement une liste de ces conditions. Le problème est que la justification de ces conditions semble être nécessairement circulaire : le seul moyen de les justifier est semble-t-il d’affirmer que ces conditions sont celles dans lesquelles les choses paraissent avoir les couleurs qu’elles ont réellement !

5. Les croyances perceptives sont-elles justifiées ?

La question du caractère direct ou indirect de la perception (section 2) et celle portant sur la réalité des qualités secondes (section 4) conduisent à se poser le problème épistémologique suivant : peut-on légitimement se fier à nos sens ? Intuitivement, la perception du monde nous permet d’acquérir un certain savoir (des connaissances) concernant le monde. Dans les cas où les choses ne paraissent pas telles qu’elles sont réellement, nos expériences sensorielles semblent néanmoins nous justifier à avoir les croyances perceptives que nous avons : ces expériences nous fournissent (semble-t-il) des raisons de croire ce que nous croyons. Par exemple, dans le cas de l’illusion de Müller-Lyer (section 3), votre impression visuelle de lignes inégales vous justifie semble-t-il à croire que les lignes sont inégales (même si votre croyance est alors fausse).

Cependant, la confiance naturelle que nous accordons à nos sens peut être remise en cause. C’est ce que tente de montrer le sceptique concernant la justification et la connaissance perceptive. Il existe deux manières de nier que la perception puisse véritablement justifier nos croyances au sujet du monde et nous permettre de le connaître.

Premièrement, on peut envisager des scénarios sceptiques comme celui d’être systématiquement trompé par nos sens. Un Malin Génie pourrait faire que toutes nos expériences sensorielles ne renvoient en réalité à rien dans le monde (hypothèse envisagée par Descartes même s’il la rejette au final). Pour savoir ou être justifié à croire certaines choses grâce à nos sens, il serait ainsi nécessaire de prouver au préalable que nous ne nous trouvons pas dans de tels scénarios. Cependant, peut-on vraiment en fournir la preuve ? Peut-on vraiment exclure la possibilité que nous soyons en réalité trompés par un Malin génie dont nous serions la victime ?

Une seconde manière d’argumenter en faveur du scepticisme est la suivante. Les sens ne peuvent être source de connaissance et de justification que s’ils sont fiables, c’est-à-dire que s’ils produisent le plus souvent des croyances vraies. Mais, peut-on prouver de manière convaincante la fiabilité de nos sens ? Selon D. Hume, on ne le peut pas car, selon lui, toute preuve en faveur de la fiabilité de tel ou tel sens se fondera nécessairement sur d’autres perceptions dont on présupposera la fiabilité sans l’avoir prouvée. Pour le dire techniquement, tout argument en faveur de la fiabilité des sens serait épistémiquement circulaire. Imaginons que j’affirme que ma faculté visuelle est présentement fiable car, par le passé, elle ne m’a pas majoritairement induit en erreur. Ici, je présuppose sans l’avoir prouvé que ma vision était fiable dans le passé. Aller chez son ophtalmologue, demanderez-vous peut-être, n’est-ce pas largement suffisant pour s’assurer de n’avoir aucun problème de vision ? Non, car votre ophtalmologue doit lui-même utiliser sa vision, qu’on présuppose alors fiable, pour lire et interpréter les résultats qui s’affichent sur ses instruments de mesure.

Peut-on alors sauver l’idée que la perception est source de justification et qu’elle nous permet parfois d’acquérir des connaissances ? Les réponses pour échapper aux arguments sceptiques ne manquent pas. On pourrait comme Descartes essayer de prouver, de manière a priori (indépendamment de l’expérience), l’existence d’un Dieu bon pour en déduire que Dieu n’a pas voulu nous tromper en nous donnant des capacités perceptives non fiables.

Néanmoins, il serait aussi envisageable de rejeter le projet même de justification des croyances perceptives que le sceptique veut nous imposer. Il s’agirait alors de défendre une philosophie du sens commun. Le philosophe écossais Th. Reid (XVIIe siècle) affirme en ce sens que c’est un « principe premier » que nos facultés naturelles comme la perception ne sont pas trompeuses. Selon lui, on ne peut donc pas légitimement remettre en cause la fiabilité des sens ou même chercher à la prouver par la raison. La justification des croyances perceptives doit avoir un terme. Pour être justifié à croire que le téléphone vient de sonner, doit-on vraiment savoir au préalable qu’on n’est pas la proie d’un Malin Génie ou que notre audition est bonne ? Selon une position qu’on qualifie aujourd’hui de « fiabiliste », cela n’est pas nécessaire. Selon le fiabilisme (défendu notamment par A. Goldman), une croyance est justifiée si elle résulte d’un processus fiable d’acquisition de la croyance (la perception ou le témoignage par exemple). Nul besoin selon le fiabiliste de démontrer cette fiabilité. Dès lors, nos croyances perceptives seraient prima facie justifiées : nous serions justifiés en premier instance à les avoir en l’absence de raisons légitimes de ne pas les entretenir (voir notamment l’article de Pryor sur ce point). Croire qu’on vous a administré des drogues hallucinogènes ou que vous êtes en train d’assister à un spectacle de magie constituent par exemple de bonnes raisons de vous méfier de vos perceptions. En l’absence de telles raisons, vous pouvez continuer à croire ce que vos sens vous présentent comme étant le cas et même acquérir un savoir perceptif (même si l’erreur reste possible). Mieux, certains philosophes (comme G.E. Moore) considèrent que l’on peut s’appuyer sur ce qu’on sait grâce à nos sens, par exemple qu’il y a une table devant nous, pour conclure que nous savons que les hypothèses sceptiques sont fausses. Mais, une telle conclusion est-elle admissible ? Pouvons-nous vraiment affirmer savoir que nous ne sommes pas trompés par un Malin Génie ?

Quoi qu’il en soit, à l’épistémologie sceptique qui cherche à légitimer les croyances perceptives, il est ainsi possible de préférer une épistémologie qui se fonde sur la confiance naturelle que nous accordons à nos sens, même si cette confiance peut parfois être mise à mal. On pourrait objecter que c’est précisément cette confiance que le sceptique cherche à remettre en cause de manière systématique. N’est-ce pas vraiment faire œuvre de philosophie que de soumettre nos croyances perceptives aux doutes sceptiques et donc de considérer ces doutes de nature philosophique comme légitimes ?

Conclusion

La réflexion philosophique sur la perception se situe au carrefour de multiples champs philosophiques (philosophie de l’esprit, ontologie et épistémologie). Une part importante de la réflexion vise, on l’a vu, à examiner la plausibilité de notre conception ordinaire de la perception comme moyen d’être en contact direct avec le monde et de le connaître. Cet examen suppose notamment un éclaircissement de la nature des qualités sensibles qui invite à réfléchir plus spécifiquement sur chaque sens en particulier, voire sur leur possible interaction.

Bibliographie

Vous pourrez expérimenter plusieurs illusions acoustiques sur le site de D. Deutsch : http://deutsch.ucsd.edu/psychology/pages.php?i=201 .

La date figurant entre parenthèses après le nom de l’auteur correspond à l’année de première publication de l’ouvrage ou de l’article cité dans sa langue d’origine.

– ARISTOTE (366 av., J-C), De Anima. Traduction fr. par R. Bodéüs. Paris : Garnier-Flammarion, 1993.

Une tentative de comprendre le fonctionnement des sens et leur rôle dans l’acquisition de la connaissance.

– ARMSTRONG, D. M. (1961), Perception and the Physical World. London: Routledge and Kegan Paul Limited.

Une tentative pour assimiler la perception à une forme de croyance au sujet du monde.

– BERKELEY, G. (1710), A Treatise Concerning the Principles of Human Knowledge. Traduction fr. par D. Berlioz, Paris, GF, 1991.

L’auteur y défend avec courage et subtilité la thèse selon laquelle le monde n’existe pas indépendamment de la perception que nous en avons (idéalisme).

– BOUVERESSE, J. (1995-2004), Langage, perception et réalité (2 tomes). Nîmes : Éditions J. Chambon.

Cet ouvrage en 2 volumes offre une réflexion pertinente et historiquement informée sur divers thèmes liés à la perception.

– CASATI, R. et DOKIC, J. (1994), La philosophie du son. Nîmes : Éditions J. Chambon.

Les auteurs de cet ouvrage proposent une discussion passionnante de l’ontologie du son et tentent de défendre une forme de réalisme au sujet du son sans le réduire pour autant à une propriété purement physique.

– CALVERT A., SPENCE C. and STEIN B. (2004), The Hanbook of Multisensory Processes. Cambridge, MIT Press.

Ce recueil d’articles offre une étude poussée de l’interaction entre les différents sens (entre la vue/l’audition, l’odorat/le goût par exemple).

– CHISHOLM, R. M. (1957), Perceiving. A Philosophical Study. Ithaca: Cornell University Press.

Cet ouvrage défend une conception de la perception comme simple manière d’être affecté causalement par le monde (plus connue désormais sous le nom de théorie « abverbiale » de la perception).

– DESCARTES, R. (1641), Méditations Métaphysiques in R. Descartes, Œuvres et Lettres. Paris : Éditions Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 1953.

Ouvrage qui, à travers l’hypothèse d’un Dieu trompeur, propose une remise en cause de toutes nos croyances, notamment perceptives, pour mieux les protéger au final des doutes sceptiques.

– DOKIC, J. (2004), Qu’est-ce que la perception ? Paris : Vrin.

Ce petit livre fournit une présentation claire du débat entre des différentes positions philosophiques concernant la nature de la perception.

– DRETSKE, F. I. (1969), Seeing and Knowing. London: Routledge and K. Paul Ltd.

Cet ouvrage propose notamment une réflexion sur la distinction entre perception épistémique/anépistémique (indépendante de la croyance).

– GOLDMAN, A. I. (1979), « What is Justified Belief? ». Traduction fr. in J. Dutant et P. Engel (eds.) Philosophie de la connaissance, Paris, Vrin, 2005, pp. 187-220.

Cet article expose et défend la position fiabiliste en épistémologie.

– HUME, D. (1748), An Enquiry Concerning Human Understanding. Traduction fr. par A. Leroy revue par M. Beyssade, Paris, Garnier-Flammarion, 2006.

Dans cet ouvrage, Hume propose une réflexion (teintée de scepticisme) concernant la possibilité pour la perception de justifier les croyances perceptives que nous avons au sujet du monde.

– HUSSERL, E. (1913), Ideen zu einer reinen Phänomenologie und phänomenologischen Philosophie, I. Traduction fr. par P. Ricoeur, Paris, Gallimard, 1950.

Un exposé classique de l’idée selon laquelle certains états mentaux, notamment perceptifs, sont intentionnels.

– MATTHEN, M. (dir.) (2015), The Oxford Handbook of Philosophy of Perception. Oxford: Oxford University Press.

Cet ouvrage imposant couvre la grande majorité des questions philosophiques concernant la perception. Les développements contemporains de la philosophie de la perception n’y sont pas oubliés.

– MERLEAU-PONTY, M. (1945), Phénoménologie de la perception. Paris : Gallimard.

Ce livre se propose notamment de souligner et d’analyser le rapport étroit entre la perception et l’action.

– McDOWELL, J. (1994), Mind and World. Harvard: Harvard University Press. Traduction fr. par C. Alsaleh, Paris, Vrin, 2007.

Une défense influente mais controversée de l’idée selon laquelle l’expérience perceptive suppose l’exercice de capacités conceptuelles.

– MOORE, G. E. (1939), « Proof of an External World », Proceedings of the British Academy, Vol. XXV. Traduction fr. in F. Armengaud, G. E. Moore et la genèse de la philosophie analytique. Paris : Klincksieck, 1985, pp. 174-195.

Cet article expose une stratégie anti-sceptique (désormais influente) consistant à partir du savoir perceptif que nous pensons détenir pour en conclure que les hypothèses sceptiques sont fausses.

– PROUST, J. (dir.) (1997), Perception et intermodalité. Approches actuelles de la question de Molyneux. Paris: P.U.F.

Cet ouvrage traite du problème de l’interaction entre les sens à travers le problème dit de Molyneux. Un aveugle de naissance qui retrouverait le vue pourrait-il reconnaître sans les toucher la forme des objets?

– PRYOR, J. (2000), « The Skeptic and the Dogmatist ». Noûs, Vol. 34, N°4, pp. 517-549.

Cet article expose et défend l’idée que les croyances perceptives sont prima facie justifiées.

– REID, T. (1764), An Inquiry into the Human Mind on the Principles of Common Sense. Edinburgh: Edinburgh University Press, 1997. Traduction fr. M. Malherbe, Paris, Vrin, 2012.

Une défense du sens commun contre les philosophies sceptiques.

– ROCK, I. (1984), Perception, New-York, W.H Freeman and Compagny. Traduction fr. par D. Mestre, De Boeck and Larcier, 2001.

Un ouvrage accessible qui offre un examen scientifique de plusieurs phénomènes perceptifs (illusions géométriques, perception du mouvement, perception en trois dimensions etc.).

– RUSSELL, B. (1912), The Problems of Philosophy. London: Oxford University Press. Traduction fr. par F. Rivenc, Paris, Payot, 1989.

Une défense du réalisme indirect de la perception.

– SACKS, O. (2007), Musicophilia, Tales of Music and the Brain. New-York: Alfred A. Knopf Editions. Traduction fr. par C. Cler, Editions du Seuil, Paris, 2009.

Cet ouvrage propose une réflexion scientifique sur les hallucinations auditives à partir des descriptions qu’en font certains patients qui sont atteints de ces troubles perceptifs.

– SEARLE, J. (1983), Intentionality. Cambridge: Cambridge University Press. Traduction fr. par C. Pichevin, Paris, Editions de Minuit, 1985.

Cet ouvrage propose une défense et une explicitation de l’idée selon laquelle l’intentionnalité serait une caractéristique essentielle de la perception.

Yannick Chin-Drian
Université de Lorraine
chindrian88@gmail.com

Comment citer cet article? 
Chin-Drian, Y. (2020), « Perception », version Grand Public, dans M. Kristanek (dir.), l’Encyclopédie philosophique, URL: http://encyclo-philo.fr/perception-gp/