La philosophie de A à Z

Publié en janvier 2019

Otto Neurath philosophe social est un des représentants les plus importants du Cercle de Vienne. Economiste de formation, il se distingua par une conception du langage des sciences inspirée par le projet d’une interlingua pour les sciences, qui est une idée d’origine linguistique consistant en une « international auxiliary language » de caractère construit conçu au départ pour être au service de la communication entre scientifiques. Violemment opposé à la métaphysique, il est parmi les membres du Cercle de Vienne celui qui lui donna son orientation la plus engagée contre toutes formes de dualisme entre idée et réalité, théorie et pratique, langage et empirie, et même, dans les termes de Wittgenstein, fait et énoncé. On lui doit l’idée d’un mouvement pour l’unité des sciences, dirigé par le physicien Philipp Frank aux USA, et poursuivie avec le pragmatiste américain Charles Morris et le philosophe logicien Rudolf Carnap, à savoir : l’Encyclopedie des sciences unifiées dont la parution sous le titre d’ensemble des Foundations for the Unity of Science aux Etats-Unis, interrompue par la 2e guerre mondiale, se poursuivit après la guerre jusqu’en 1951, incluant le groupe de Berlin à la tête duquel se trouvait aussi Hans Reichenbach. Otto Neurath en avait formulé le projet dès 1935 à Paris en présence de Louis Rougier, qui était le correspondant français du Cercle de Vienne. C’était à l’occasion du Congrès sur l’unité de la science qui l’approuva. Le lecteur y trouve regroupés les travaux les plus accomplis des grands représentants du Cercle de Vienne et de leurs héritiers anglo-américains après l’exil, c’est à dire à une période où le Cercle disséminé hors d’Europe avait perdu ses attaches avec le contexte viennois. Ainsi, décontextualisé, l’empirisme logique entrait dans la philosophie analytique d’après-guerre par la porte du pragmatisme américain, avant de devenir progressivement, grâce à l’accueil que Quine réserva ensuite à Carnap mais aussi à l’exil d’autres membres importants comme Herbert Feigl, un des courants majeurs intégrés à la philosophie analytique. Sous cette expression on entend désormais cette discipline fondée sur la logique de Frege et Russell ainsi que les discussions qui suivirent sur le sol américain autour de l’analyticité, dont se nourrit l’enseignement dispensé dans les universités américaines.

Il est à noter que parmi les sciences, la physique y occupe une place prépondérante, ce qui contribue à marquer un changement crucial de paradigme qui fait passer des mathématiques qui, jusqu’à Husserl représentèrent l’idéal de la science, aux sciences de la nature. A l’idéal syntaxique de la vérité succède ainsi l’épreuve empiriste de la signification des énoncés d’une théorie d’où l’expression d’empirisme logique. Un nouage inédit de l’empirisme avec la logique s’ensuit qui sous le nom de « tournant linguistique » réclame que l’on parle du monde d’ici-bas avec les outils d’une langue impeccable. Il est remarquable de constater que ce mouvement de philosophie que la guerre conduisit à s’exiler outre Atlantique naquit d’abord sur le continent, alors que la philosophie analytique identifiée à la philosophie de l’analyse logique du langage et du langage ordinaire, telle qu’on la voyait en tous cas en France, est longtemps apparue, jusque dans les années 1980, comme un héritage de source typiquement anglo-saxonne. Otto Neurath par ailleurs marqué par la philosophie pratique du jeune Marx dans le contexte austro-marxiste de la Vienne de cette époque, est sans doute le seul à avoir incarné jusqu’au bout une conception « verbaliste » (B. Russell) engagée donnant à la conception du Cercle de Vienne une allure offensive de « mouvement  social » tourné contre toute forme de fondationalisme métaphysique, ce qui lui fut parfois reproché.


Table des matières

1. De la guerre à la planification économique d’inspiration socialiste 

2. « la conception scientifique du monde » d’un utopiste constructiviste

a. Le Cercle de Vienne une philosophie sociale

i. Controverses au sein du Cercle : l’unité en question

b. Marxisme de Neurath leader de l’aile gauche du Cercle de Vienne

i. Le bateau de l’ingénieur social
ii. L’encyclopédisme

3. Les lumières sociales au service d’un engagement de démocratisation de la culture

a. A l’écart de l’école de Francfort
b. Un futurisme du bonheur

4. L’encyclopédisme : Otto Neurath et le tournant de la « pensée visuelle »

Bibliographie


1. De la guerre à la planification économique d’inspiration socialiste 

Fils d’un professeur d’économie à l’Ecole supérieure des sciences de l’agriculture à Vienne, Otto Neurath né en 1882, ne cache pas ce qu’il doit pour son parcours au « monde des idées » propre au 19e siècle qui fut celui de son père à savoir sa passion pour l’économie alors qu’il était étudiant. Témoin, le titre parlant Geldzins im Altertum d’un premier travail portant sur le commerce de l’argent dans l’Antiquité grecque dont la lecture par le sociologue Ferdinand Tönnies en 1903 pour un public d’étudiants de son séminaire, à Salzbourg fit sensation. Cette première orientation vers l’économie et le commerce dans l’Antiquité que confirma l’obtention de son doctorat à Heidelberg où il travailla en association avec le département de sociologie de Max Weber, lui valut le poste de professeur d’économie à l’Académie de Vienne en 1907, l’année-même de son mariage avec Anna Shapire sa première femme. Il occupa ce poste jusqu’à ce qu’éclate la première guerre mondiale. Mais c’est l’expérience munichoise purement organisationnelle de la socialisation de la Bavière en 1919, à la quelle il participa suite à son engagement dans le corps de l’armée sur le front Est des Balkans, qui lui donna l’idée d’ouvrir un département d’économie de la guerre en faisant de celle-ci une discipline à part entière. Loin de nourrir des vues politiques, il déclarait alors découvrir « ce qu’était le socialisme » (témoignage de G. Neumann, ingénieur, in « Memories of Otto Neurath », Empiricism and sociology, ed. Marie Neurath et Robert Cohen, ch. 1, 1973). Cependant, comme il le reconnaissait, un tel « socialisme » ne pouvait aller jusqu’à prendre une dimension révolutionnaire sans la participation active et éclairée du peuple de travailleurs. Ce processus de socialisation qui, par ailleurs ne dura que trois semaines, était donc à ses propres yeux incomplet. Ce qui n’empêcha pas que Neurath au moment de l’épisode munichois fût soupçonné de bolshévisme et emprisonné quelques mois. C’est grâce au soutien de l’austro-marxiste Otto Bauer alors ministre des affaires étrangères, que Neurath, arguant de sa tâche plus administrative que politique, de planificateur, réussit à sortir de prison.

Karl Popper qui fit sa connaissance en 1919 invoque dans son témoignage l’influence qu’exerçait sur Otto Neurath une figure typique de « l’esprit autrichien » de l’ingéniorat social (Cf. William Johnston, The Austrian Mind)  représenté par Josef-Popper-Lynkeus, son propre oncle, dont on sait que les Fantaisies d’un réaliste (en français chez Gallimard, 1987) intéressa grandement Freud. Ce rappel indique assez la nuance qu’il convient d’apporter à cette déclaration de « socialisme » (selon le témoignage de G. Neumann, ingénieur cité plus haut, v. Memories) dans laquelle il est plus juste d’entendre une combinaison singulière d’individualisme et de « demi-socialisme » (attribué par Popper à Josef Popper-Lynkeus).

Toujours est-il que l’articulation de cette conception même nuancée avec la conviction d’avoir à construire l’économie à partir de cette discipline autonome de l’économie de guerre qu’il exerça au bureau central de planification à Munich, le désignait pour participer après 1921 au mouvement de « reconstruction sociale » dans la municipalité viennoise. Différents débats sur le logement moderne faisaient de la question esthétique de l’habitat une véritable politique à cette époque là. Otto Neurath que l’architecture intéressait (il participa au CIAM plus tard), prit parti en faveur de la cité-jardin représenté par Karl Ehn, contre l’esthétique des Höfe, autre conception de logements sociaux. En 1925, on le voit participer encore au mouvement du Bauhaus-Dessau avec Carnap et Hans Hahn, par des conférences sur l’habitat social. Il a alors à son actif, après celle du musée de l’économie de guerre à Munich, la direction du Musée de planification de la ville de Vienne dont est sorti en 1925 son fameux Musée économique et social. Ce musée dont Josef Frank, frère du physicien, fut l’architecte, dut fermer en 1934 sous la pression des évènements politiques. Il fut alors transféré à la Haye en Hollande où Otto Neurath s’exila avec Marie devenue sa femme, et son équipe, notamment le graphiste allemand Gerd Arntz qui dessinait les pictogrammes. Ce musée devait exposer la « méthode viennoise » de statistiques par l’image Bildstatistik destinée à rendre visible un langage quantifié exact et universellement saisissable grâce à des pictogrammes. Ceux-ci consistaient en « diagrammes animés » sur les formes de vie des hommes, en particulier les travailleurs. Il s’agissait déjà rien moins que de présenter visuellement ces « corrélations sociales » qui étaient au programme de son « behaviourisme social ». Dans « les mémoires de Neurath » où elle raconte plus tard l’épisode de son décès alors qu’il tenait dans les mains l’Iphigénie de Goethe, Marie Neurath rappelle qu’elle avait suivi Otto Neurath à Londres en 1940 pour poursuivre sa collaboration avec lui afin de promouvoir cette technique de statistique par l’image ou, selon l’expression anglaise Isotypes ou « international system of typographical visual education ». Il existe depuis un département de tels Isotypes à Reading university en Angleterre.

Inspirée d’instituts russes que Neurath visita dans les années 30, cette technique avait cependant, disait-il, une efficience supérieure à la propagande marxiste, en contribuant, par l’activisme et la diffusion, à une stratégie transformatrice d’une amélioration des formes de vie qui revenait à l’ingénieur social et rejoignait le combat d’émancipation sociale par l’accès de tous à la connaissance, sans faire couler le sang, c’est à dire sans en passer par la lutte des classes.

2. « la conception scientifique du monde » d’un utopiste constructiviste

En cette période d’entre-deux-guerres se dessine une multiplicité d’initiatives d’apparence hétérogène allant jusqu’à inspirer des applications concrètes comme par exemple le texte écrit sous pseudonyme d’une « Planification juive en Palestine » publié à Berlin en 1921. Cet écrit présenté comme anonyme signé Wilhelm, prénom du père d’Otto Neurath, montre qu’Otto Neurath ne séparait pas son engagement de son rôle de « constructeur technico-social » attentif à concilier « la multiplicité des aspirations individuelles » avec une « économie communautaire libre ».

L’aspect polymorphique de la personnalité scientifique d’Otto Neurath s’avère en effet vite déroutante si l’on manque d’y voir le fil continu qui en mobilise le dynamisme à travers des domaines aussi différents que, outre celui de l’économie, l’habitat et l’architecture, la philosophie du langage, la logique et la syntaxe, l’interlinguistique inspirée par les travaux du linguiste danois Otto Jespersen (Ecole de Copenhague), l’éducation visuelle, l’encyclopédisme puisé à l’histoire des sciences qui va, comme il disait, des « hiéroglyphes aux Isotypes ». Cette diversité d’intérêts prend corps dans l’engagement socio-économique et politique d’un philosophe « entre science et guerre » que l’on voit se déployer d’étape en étape dans ses écrits sur le chemin de la réalisation d’utopies constructives ou «  réalisation hic et nunc d’une pensée technique ». Il se réclamait d’une méthode élaborée à partir d’une situation de guerre, pour l’opposer à un ingéniorat social ambiant foncièrement non-technique auquel il reprochait d’être sans application et par conséquent stérile.

a. Le Cercle de Vienne, une philosophie sociale

En contraste avec le schéma de l’arbre métaphysique cartésien, le programme de l’unité de la science plaçait le fondement des vérités dans la réalité empirique. Mais quel « fondement » ? Tel fut l’enjeu des questions que souleva le langage de la construction de l’unité de la science, unité toute logico-linguistique de leurs énoncés. Les principaux désaccords portèrent en effet sur le choix d’une sorte de langue symbolique à la fois uniforme et dénivelée selon les domaines d’objets ainsi sur le modèle de la Construction logique du Monde (Logische Aufbau der Welt, 1928) de Carnap, dans laquelle les énoncés élémentaires dits « protocolaires » seraient exprimés. Dans cette querelle sur les énoncés protocolaires, se sont opposés les membres du Cercle de Vienne sur le « style » d’expression formelle le meilleur, phénoménaliste ou physicaliste. Il fallait qu’il soit le plus intersubjectif possible, c’est à dire qu’il exclue toute désignation de contenu (mode matériel). Plus un langage est formel et chasse de ses mailles une référence à un contenu, plus il rassemble en unifiant. Seule une langue métaphysiquement neutre, réduite à des prédicats de choses physiques et débarrassée de toute référence à l’ego et à la substance, était donc à même de remplir ce programme. Neurath est celui qui mena le plus loin cette exigence en particulier dans un échange serré avec Carnap.

La base du projet carnapien de la Construction logique du monde encore entachée de concessions auto-psychologiques au vécu même sous la forme de quasi-expériences formellement traitées, semblait à Neurath encore loin d’atteindre au statut de ce « slang universel »  recherché.

Quelle physionomie de la science unifiée à laquelle correspondrait un tel « universalisme » Neurath réservait-il à ce programme ?  La réponse pourrait résider dans le statut « pluri-registres » à savoir l’unification des langages des différentes sciences traitant du réel empirique, par opposition aux « Sciences de l’esprit » (Geisteswissenschaften ou moral sciences en anglais). Cependant, loin d’unifier les sciences en une seule, de caractère systématique et pyramidal ou même, pour Neurath, de délimiter les sciences de la nature à partir des sciences de l’esprit dont elles seraient distinctes, on voit le programme de Neurath s’écarter de la « constitution » par Carnap d’une base unitaire formellement exprimée sur un modèle d’étagement hiérarchique des énoncés des sciences emprunté à la théorie russellienne des types. Neurath n’en reste pas à ce que Carnap voulut édifier en mettant à profit le symbolisme fourni par la théorie des relations de Russell pour intégrer en elle, dans ses strates supérieures, des énoncés qui pourraient encore relever des sciences de l’esprit, comme si, ainsi « rationnellement reconstruite », la science était considérée à l’arrêt. C’est prise dans le devenir que l’architecture syntaxique de la science, considérée en marche, devait être considérée tandis que ses énoncés de base s’avéraient révisables au point de perdre leur statut de protocoles de base. Ainsi le voulait le « physicalisme » de Neurath face au phénoménalisme de Carnap, de manière à ce que, de la physique ordinaire aux énoncés relatifs aux objets des sciences sociales et de la psychologie parmi lesquels pouvait être incluse la psychanalyse freudienne, aucun énoncé renvoyant à des expériences ou états mentaux, les miens ou ceux d’un autre, ne figure qui ne soit pas retraduit en termes physicalistes, donc rendus équivalents à des « énoncés physiques » intersubjectifs. Ainsi au programme d’inspiration physicaliste selon le vœu de Neurath, que Carnap présenta dans « Psychologie en langage physique » (in Erkenntnis, vol. 3, 1932-33), Neurath réagit encore. Soucieux en effet d’éradiquer tout risque de « solipsisme méthodologique » dont la position de Carnap lui semblait encore entachée, il recommande le « behaviourisme social » orienté vers l’établissement de corrélations sociologiques qui permet de traiter comme des évènements physiques de tous les jours des énoncés d’une « pensée-langage » (Speech-thought) de caractère intégralement intersubjectif, tel un énoncé de perception « j’ai entendu récemment une mélodie » (exemple de Neurath) susceptible d’être ramené à une expression de pensée-langage passée ou aux stimuli qui l’ont provoquée. Neurath va jusqu’à suggérer que le marxisme comporte une telle sociologie empirique, laquelle se profile en Union soviétique comme aux Etats-Unis.

Aussi voit-on que, à la différence de ses co-équipiers en quête d’un critère libéralisé de la signification, Neurath n’eut pas à relâcher les contraintes logiques de la vérification des énoncés de façon à inclure des énoncés des sciences plus « humaines » comme ceux de l’éthique ou la sociologie puisque, anti-dualiste convaincu, peu lui importait au fond une réponse à la question sur la « nature » des relations entre les énoncés et le réel qu’il leur faudrait atteindre. Prenant le parti antimétaphysique le plus radical, il ne fit que pousser toujours plus loin un certain « matérialisme philosophique » requérant principalement « une activité de pensée et de langage » orientée vers la paix en vue d’une communauté mondiale. Il voyait ainsi la rationalité constructive de la « Conception scientifique du monde » telle que l’expose le Manifeste du Cercle de Vienne où le lecteur reconnaît sa patte, et c’est bien à une vision formulée dans une tonalité plus marxiste qui s’affirme dans les écrits qu’il signe seul où il appelle à travailler « selon des principes purement socialistes » à former l’homme futur dans un esprit empiriste et positiviste, que renvoient les mots de la fin du Manifeste sur la Conception scientifique du Monde qui « sert la vie et que la vie « reçoit ». Et si les principaux représentants du Cercle dont Schlick au départ fut « l’âme », ont âprement discuté entre eux à propos du meilleur langage formel dans lequel traduire ces énoncés des différentes branches de la science, c’est à Neurath que le Cercle doit d’avoir avancé de façon efficacement collaborative en cherchant à étendre l’application de l’analyse logique du langage et de l’axiomatisation à toutes les sciences dont les fondements demandaient à être clarifiés  de façon à ce que, des énoncés, ne reste plus que l’expression formelle de leur structure. Irriguée par un optimisme certain, cette vision pouvait ainsi assurer que la controverse sur les énoncés de base de l’unité de la science à laquelle Neurath donna son orientation rassembleuse ne mettait pas en danger l’unité proclamée de la science sur les deux fronts de la théorie de la connaissance qu’il combattait: l’empirisme dont il était fait profession, et le parti-pris d’un certain fondationnalisme logico-linguistique.

En effet, l’idée réductionniste de « protocoles » défendue par Carnap mais aussi, par Schlick qui entendait « fonder » sur eux la connaissance exprimable et par là-même empirique, ne plaisait pas à Neurath qui lutta pied à pied contre la thèse selon laquelle la science devait s’unifier logico-linguistiquement sur une base « incorrigible ». Carnap comme Schlick lui paraissaient nourrir des vues témoignant certes différemment d’un reste d’attachement à la métaphysique du fondement. Ainsi, à l’encontre du phénoménalisme carnapien dans l’Aufbau, Otto Neurath fit valoir un « style » comme il le qualifiait lui-même de « physicalisme radical » (1934), tout à fait opposé à celui dont se réclamait Schlick. Convaincu qu’un langage est d’emblée public puisque toute pensée est d’essence au départ collective, il allait jusqu’à soutenir, en visant un Russell qu’il qualifiait de pseudo-rationaliste, que l’hypothèse d’un penseur solitaire tel Robinson sur son ile est une absurdité (dans une conférence prononcée à l’ Aristotelian Society, sous le titre de : « Universal Jargon and Terminology », 1941).

Thomas Uebel va jusqu’à suggérer qu’une telle conception montre que, s’il avait eu connaissance des écrits du sociologue des sciences Ludwig Fleck, son contemporain venu de Lwow, il aurait embrassé sa thèse du « penser collectif » (Overcoming Logical positivism, note 16, p 345). Ceci dit, pour être à ce point débarrassé de toute métaphysique d’énoncés atomiques purs, il fallait au langage une véritable purge conduisant à en éliminer toute dimension suspecte d’ingrédients privés ou mentaux. Se réclamant d’un tel éliminativisme, Neurath en appelait à une sorte de « nettoyage », comme dans une machine à penser de Jevons dont il aimait rapprocher l’opération de formulation syntaxique automatiquement exempte d’erreurs logiques. La supériorité de cette procédure sur toute échelle d’élucidation, consistait en ce que il devenait possible d’y soumettre le langage trivial ordinaire encore chargé d’imprécisions, afin de le rendre capable d’intégrer dans ses connexions transversales, différents états de la science unitaire historiquement disponible, tout en restant d’emblée accessible à l’enfant comme à l’adulte, à l’homme ordinaire comme au savant. Sous cet angle, on peut bien en effet reconnaître, comme le fait Thomas Uebel, dans le combat d’Otto Neurath contre toute forme de protocole pur, un véritable « argument contre le langage privé » qui souffre d’être comparé avec celui de Wittgenstein, bien que sa formulation ne recoure pas au critère du suivi d’une règle (comme le fera l’auteur des Recherches philosophiques). A travers ces points rassemblés dans l’article « Protokollsätze » sur les énoncés protocolaires, un article majeur de la revue Erkenntnis 1932/33 devenue le journal scientifique du Cercle, résonne la voix de Neurath telle qu’elle s’affirmait depuis le début des discussions avec le Cercle de Vienne, notamment avec Carnap, qui ont suivi la parution de la « brochure jaune ».

Aussi voit-on que l’engagement de Neurath contre la métaphysique va jusqu’à se retourner contre ses sources machiennes. Pourtant c’est à lui Neurath que revient l’impulsion première, dans cette partie de l’Europe, d’un mouvement, et non d’une doctrine, propre à prolonger, depuis le congrès tenu à Prague en 1929, ce qu’il avait lui-même appelé du nom d’Association Ernst Mach « Ernst Mach Verein ». Arguant de l’affinité qui liait ses membres à la philosophie du savant pragois Ernst Mach, l’auteur des Contributions à l’Analyse des sensations (1886), Neurath n’était pas sans préparer le terrain au physicalisme tel que la Conception scientifique du monde du Cercle de Vienne doit en concevoir bientôt le programme.

Certes, on reconnaît aussi dans ce « mouvement », une marque venue de Wittgenstein dont le Tractatus Logico-philosophicus, œuvre de 1918, qui constitue une œuvre de référence-clef à côté des œuvres de B. Russell et A. Einstein cités dans la brochure du Manifeste comme les deux autres grands représentants de la Conception scientifique du monde. Il reste que le désir de faire connaître publiquement son programme qui animait le Cercle de Vienne, était porté par Otto Neurath, le plus militant de tous. La déclaration de guerre anti-métaphysique, le slogan en faveur de la « désagrégation de l’a priori », l’appel à en finir une fois pour toutes avec la tradition métaphysique, tout cela n’emportait pas forcément l’adhésion des autres membres du Cercle de Vienne qui ne s’y reconnaissaient pas forcément, en particulier Schlick, mais aussi Wittgenstein qui déclina à plusieurs reprises l’invitation du Cercle à rejoindre ses réunions de travail. De fait, c’est moins l’inspiration sociale que le ton militant du manifeste, sa « grandiloquence » qui depuis Vienne, eurent quelques conséquences sur la réputation dont eut à souffrir ensuite ce que l’on appela avec quelque dédain le « néo-positivisme logique ». De fait, l’empirisme logique a eu du mal à apparaître autrement que comme une machine de guerre contre la tradition philosophique inaugurée par l’idéalisme platonicien avec pour but affiché, sous le slogan du « dépassement de la métaphysique », d’étendre internationalement une méthode d’élimination des scories du langage d’où tout non-sens spéculatif serait définitivement extirpé, grâce à l’outil logique. Le programme éliminativiste de ne garder que les énoncés doués de sens (de caractère synthétique et factuel) fit peur ainsi que l’appel à la « désagrégation de l’apriori » visant à libérer la science de ses « entités superflues » par l’application de ce rasoir d’Occam auquel la logique se laissait comparer (H. Hahn). C’est pourtant un tel programme que Moritz Schlick, le seul du groupe à occuper une position de professeur de philosophie à l’université de Vienne, eut, non sans réserves, à accepter en cadeau à son retour des Etats-Unis, alors même qu’il était choisi pour diriger le Cercle de Vienne.

i. Controverses au sein du Cercle : l’unité en question

Otto Neurath a constitué le premier Cercle de Vienne aux côtés du mathématicien Hans Hahn et du physicien Philipp Frank, tous deux marqués « à gauche », travaillant de concert à l’élaboration de la future Conception scientifique du monde dans le contexte de la municipalité socio-démocrate de « Vienne-la-rouge », à laquelle l’arrivée en 1923 de la personnalité militante du maire Karl Seitz, donna sa couleur. « Rouge » qualifiait Vienne, ainsi démarquée par rapport à la monarchie autrichienne (blanche). Ce sont pourtant, à partir du début des années 1920, ses échanges critiques avec le philosophe de la physique venu d’Allemagne, Rudolf Carnap, qui marque le plus son apport dans le champ de la philosophie du langage des sciences, eu égard aux questions de méthode dont débat la théorie de la connaissance et de la logique au nom de l’ « empirisme logique ». Face à Carnap, le plus théoricien de tous, Neurath demande que le Cercle se rallie à un mouvement qui a peine à se présenter sous l’étiquette empiriste. De fait, à partir du début des années 1930, les progrès de ce mouvement dont la vocation affichée se résume à la question qui occupe le Manifeste et passe pour toute nouvelle : « qu’est-ce que tu signifies avec tes énoncés ? » (question ainsi posée au coeur du Manifeste du Cercle de Vienne, v. notre Manifeste, PUF, 1985, p 116), se confondent avec les étapes d’une discussion fort serrée entre lui, Otto Neurath, toujours plus favorable à une conception holiste et cohérentiste privilégiant la confrontation des énoncés entre eux plutôt que la manière dont les énoncés de la science portent sur le réel, et Carnap, plus hésitant à quitter le sol de l’empirie. En réalité, le cohérentisme s’opposait surtout à la théorie de la vérité-correspondance de Schlick pour désigner en particulier les « décisions des chercheurs pour ou contre certains ensembles de propositions » (E. Nemeth, 1997). C’est bien, comme on l’a vu, dans cet esprit « behavioriste social » selon son expression appliquée à sa sociologie physicaliste, que Neurath se déclarait en effet prêt à déclarer « métaphysiques » donc à éliminer, y compris les énoncés prétendant porter sur le réel, cela en vertu de la conception selon laquelle ne vaut que la confrontation des énoncés entre eux.

Certes, la plus grande difficulté était celle d’avoir à renoncer à parler du « réel ». Neurath s’y attaquait en s’en prenant tantôt à Carnap qui tout en concédant à Neurath qu’il lui fallait renoncer à son solipsisme méthodologique, restait malgré tout attaché à maintenir des énoncé d’observation, tantôt à Schlick dont l’empirisme présuppose une forme d’attachement à l’emprise empirique d’une forme d’évidence. Quant à Wittgenstein, Neurath lui reprochait d’y renvoyer sur un mode non argumenté. Il laissait en somme planer un « quelque chose » – un réel en quelque sorte innommable, mais un « réel » – dont on ne peut cependant parler d’après la proposition 7 qui clôt son Tractatus (Erkenntnis 1930-31).

Au fond, le ver était dans le fruit car les membres du Cercle de Vienne eux-mêmes qui se réclamaient d’une activité d’élucidation des concepts et énoncés de la science, n’ont eu de cesse de revendiquer une forme de recours ou une autre à des énoncés sur le réel. Mais le combat de Neurath restait celui d’un militant infatigable contre un programme d’élucidation entaché d’une référence à des entités non linguistiques. Non seulement il disait non au commencement non linguistique de la science dont il lui semblait que le Tractatus Logico-philosophicus de Wittgenstein était encore empreint malgré sa visée logico-linguistique, mais il rejetait tout ce qui ressemblait à une thèse de la « vérification ostensive »  (O. Hanfling, Blackwell, Oxford, 1981) faisant de la connaissance un « bond hors du langage », comme c’est le cas dans la conception dualiste donc métaphysique de Schlick.

Fidèle à l’idée de la fondation de l’empirisme logique, Schlick il est vrai demeurait dans cette controverse sur la vérification du sens des énoncés engageant la confrontation du langage avec le réel, le plus réservé vis à vis de Neurath. Sous l’appellation difficile à traduire de Konstatierungen, constats ou observations survenant comme par flash, l’appel de Schlick au « fondement de la connaissance » maintenait comme irréductible la dualité entre langage et réalité. En postulant un « donné » empirique hors langage, c’était pensait Neurath reconduire la métaphysique.

S’il est vrai que Schlick avait en philosophe montré, dans sa Théorie de la connaissance générale (Allgemeine Erkenntnislehre 1918), le chemin à suivre dans son combat contre les philosophies de l’évidence intellectuelle sur le modèle cartésien, ou celles de l’intuition justifiée par le synthétique a priori (ou matériel a priori) dans ses différentes versions kantienne et husserlienne, sa conception de ces Konstatierungen de base, surgis du contact du réel au moment où, d’après lui, le vrai et la signification coïncident dans une saisie unique, demeurait malgré tout exposée frontalement à l’objection de Neurath selon laquelle les admettre était faire une part douteuse à l’expérience privée dans la vérité, ce qui contrevenait au critère d’intersubjectivité défendu par Neurath.

Il reste que Neurath, hostile à l’approche d’une grammaire de la structure du sens résolument distinguée de la vérité scientifique, ne pouvait marcher avec une conception du langage de la théorie de la connaissance accordant trop d’importance justement à la théorie de la connaissance au détriment de la visée sociale qui animait à ses yeux la conception syntaxique du langage de la science à laquelle il travaillait de concert mais aussi comme on l’a vu en lutte avec Carnap.Si les confrontations avec Carnap et Schlick ont sans doute renforcé la voix d’Otto Neurath donnant au Cercle sa tonalité militante d’engagement à l’encontre de la métaphysique, elles ont aussi mis en relief les difficultés portant sur la nature du « donné » ou contenu empirique, conduisant même à questionner l’authenticité de leur « empirisme respectif ». Autant, tous les membres du Cercle de Vienne s’accordaient en se réclamant du Tractatus Logico-philosophicus de Wittgenstein sur le programme d’une élimination par l’analyse logique d’énoncés tenus pour des non-sens dont le cas-type était la phrase d’Heidegger extraite de l’Etre et le Temps : « le néant néantise » que Carnap prend pour exemple de phrase à « dépasser » par l’analyse logique (« Le dépassement de la métaphysique par l’analyse logique du langage », 1931), autant la visée sociale d’Otto Neurath plus engagé politiquement que les autres, semble ne pas avoir été appréciée à sa juste mesure. Que le « style Neurath » en ait déconcerté plus d’un, à la veille de la 2e guerre mondiale, explique sans doute cet état de choses. La situation poussant les membres du Cercle à l’exil, n’a pas pu profiter à la bonne réception du « positivisme logique ». Il reste que la difficulté de sa réception en France où comme on sait le Cercle de Vienne est venu à Paris par deux fois en 1935 et 1937, ne vient pas que d’une résistance à son programme de la part des philosophes français. L’attaque frontale du synthétique a priori kantien, quoique modérée par une reprise de la terminologie kantienne réservée à la distinction de l’analytique et du synthétique à condition qu’elle s’applique aux énoncés plutôt que, comme chez Kant, aux jugements, ne pouvait guère leur plaire. Elle s’explique aussi en partie par la médiation française en la personne de Louis Rougier qui était philosophique proche de Schlick et organisa avec Neurath le congrès de 1935 à la Sorbonne sur l’unité de la science. Dans ce paysage, le fait que Jean Cavaillès, pourtant absent au congrès de 1935 à Paris, soit un des premiers et un des seuls à manifester un intérêt tout philosophique pour cette philosophie dont il avait entendu présenter le programme à Prague en 1934, est exceptionnel. Ce qui lui paraît remarquable est que le vocabulaire de cette philosophie prometteuse à ses yeux, privilégie la notion de « correspondance » de structure qu’il mentionne comme étant la plus intéressante. Son article sur « L’école de Vienne au congrès de Prague » paru dans un numéro de la Revue de Métaphysique et de morale de 1936, montre qu’il a retenu de Schlick, plutôt que du Tractatus Logico-philosophicus de Wittgenstein qui n’était pas à Prague en 1934, l’importance de « la notion de mise en correspondance » pour désigner la connaissance relationnelle d’un « invariant nécessaire » en place d’objet. Albert Lautman qui rappelle son étude souligne lui aussi cette vue proprement schlickienne au même congrès qui est retenue par Cavaillès en qualifiant le moment où apparaît « l’invariance de la relation » de saisie par un « acte d’intuition intellectuelle au delà du discours » se produit à un moment de contact entre l’esprit et le réel » sur le mode d’une « constatation intuitive de faits attendus » accompagnée de « joie » (« Le congrès international de philosophie des sciences » (du 15 au 23 septembre 1935, Variétés, Revue de Métaphysique et de morale, n° 1, 1936, Armand Colin). Cette interprétation qui laisse peu de place à Neurath pourtant présent en 1934 et que la présence de Ch. Morris au même congrès invite à ranger du côté des partisans de la philosophie pragmatiste américaine, est révélatrice du fait que la philosophie schlickienne mais aussi le projet logico-syntaxique de Carnap qui a fait paraître sa Syntaxe logique de la science la même année parlait bien davantage aux philosophes français.

b. Marxisme de Neurath leader de l’aile gauche du Cercle de Vienne

De l’attention portée à la critique logico-linguistique de la théorie de la connaissance scientifique, ou à la visée sociale, dépend encore la reconnaissance que l’on doit à la figure d’Otto Neurath en matière sociopolitique. Avec la réévaluation du contexte social et politique de ce combat, Otto Neurath sort de l’ombre, pour arborer un combat : celui du « Cercle de Vienne de gauche ». On trouve l’expression utilisée par Max Horkheimer qui, malgré ses critiques, salue en Neurath ce « critique du capitalisme » qui participa au mouvement de socialisation de la Bavière et en font un homme de gauche. A soi seul, le marxisme d’Otto Neurath, sur fond d’austro-marxisme à Vienne, mérite qu’on s’y attarde, même si le philosophe et Carnap à sa suite, déclaraient embrasser le « matérialisme » au sens doctrinalement neutre d’une méthodologie purement logico-mathématique.

i. Le bateau de l’ingénieur social

L’image neurathienne du « bateau » dont Quine ne cessa de se réclamer plus tard, illustre bien l’attitude « physicaliste » selon laquelle nous, à savoir les hommes de science en acte, sommes tels des marins qui devons réparer le bateau sur lequel nous nous trouvons, tandis qu’il continue de voguer en pleine mer, incapables que nous sommes de le déposer en cale sèche pour le remettre à neuf à partir de zéro. Cette image de la science en train de se faire apparaît très tôt dans les écrits d’Otto Neurath dès l’article sur les « voyageurs égarés de Descartes » de 1913. Dans ce texte à la fois anti-cartésien car il dénonce la séparation entre action et pensée pure, et pro-cartésien parce qu’il reprend à son compte la maxime cartésienne de la morale provisoire pour l’adapter à la pensée en action du philosophe engagé, se trouvent annoncées les principales thèses de Neurath que le lecteur peut trouver dans des articles plus tardifs comme « Enoncés protocolaires » (1931-32) adressé à Carnap. Cela veut dire pour ce « technicien des questions sociales » (comme il s’appelait lui-même) qu’il est impossible d’atteindre à des énoncés protocolaires de base incorrigibles car la science est toujours en devenir. Les énoncés dits « protocolaires » sont toujours « révisables ». Cette vue dynamise le langage de la science dans un sens qui marque un intérêt pour l’histoire des sciences en contraste avec la conception statique de Carnap. Contrairement à ce qui a pu être dit sur le Cercle de Vienne jugé apolitique et désincarné, Otto Neurath intègre à son programme une vision propre à politiser la question du langage en montrant sa dimension historique.

A ces particularités qui en font aussi un penseur des sciences sociales avant la lettre, s’ajoute l’esprit fougueux de cet ingénieur social plus épris d’internationalisation des connaissances en vue de la paix par la communication des savants, que d’ambitions doctrinales venant à projeter un système pyramidal du Savoir des savoirs. C’est au point que Russell qui voyait dans ses déclarations, un appel à réunification plus social que scientifique n’hésita pas à voir en lui un nouveau Leibniz allant même jusqu’à déclarer à l’époque du congrès de Paris de 1935 que son programme atteignait aux dimensions d’une véritable « Caractéristique ».

ii. L’encyclopédisme 

Ainsi promoteur des « Lumières sociales » (Sozialaufklärung), Otto Neurath inspiré par les encyclopédistes français dont il admirait les planches et dont il rapprochait sa passion d’enfant pour les hiéroglyphes égyptiens qui montrent la vie quotidienne, a forgé en économiste qu’il était au départ, une conception technique d’utopies sociales dont l’application était une affaire de décision et de volontarisme. Sa réalisabilité supposait en effet dépassé le dualisme selon lequel le pensée est suspendue, tandis que s’impose dans le seul registre de l’action qui n’attend pas l’application de la maxime de la morale provisoire. Otto Neurath recommande en effet, dans un article intitulé « le voyageur égaré de Descartes et le motif auxiliaire » (1913) d’étendre à la pensée cette maxime que Descartes réservait à l’action. Dans cet article, tout Neurath s’y trouve déjà. Pour prouver que la pensée qui n’est pas séparée de l’action, n’attend pas non plus, il convient non seulement de rejeter le dualisme cartésien, en étant en somme plus cartésien que Descartes, mais aussi de renverser le platonisme de « l’application » de la pensée à la réalité. L’antiplatonisme de la conception neurathienne de l’utopie à construire ici et maintenant, en résulte ainsi qu’un sens inédit du mot-même d’

« utopie » désolidarisé de l’Idée et d’emblée constructif.

Cet antiplatonisme rejoint par certains aspects l’approche de l’application développée par le second Wittgenstein, lui aussi marqué par la praxis de l’ingéniorat en opposition au platonisme. Tous deux sont des philosophes de « l’application » par opposition à une vision idéaliste de la projection de modèles sur la pratique. Ce n’est pas au réel de s’ajuster aux modèles qu’on projette sur lui. C’est aux modèles construits et conventionnels de se plier progressivement au réel lui-même moyennant approximations. Là-dessus, Neurath et Wittgenstein se rejoignent.

Mais Wittgenstein était à la fois très proche et très lointain d’Otto Neurath. Otto Neurath le rejoint sans doute sur le comparatisme des énoncés entre eux soit la thèse du cohérentisme qui a opposé Neurath à ses compagnons de route du Cercle, et la critique subséquente du « mythe du donné », mais il s’est violemment attaqué à sa « mystique » de l’ineffabilité portée par la proposition 7 qui clôt le Tractatus Logico-philosophicus parce qu’il y voyait un renoncement au langage de la science. Le procès de l’ineffabilisme vise également l’illusion d’un silence avant le langage, donc une concession suspecte à la compréhension non linguistique du vécu dont se faisaient forts les partisans de l’herméneutique dans le prolongement d’Husserl (Felix Kaufmann représentait ce dernier courant). Or il ne fallait pas aux yeux de Neurath que la Conception scientifique du monde contînt une trace de phénoménologie allemande.

3. Les lumières sociales au service d’un engagement de démocratisation de la culture

a. A l’écart de l’école de Francfort

du mouvement anti-idéaliste du Cercle de Vienne, il s’est exprimé chez Neurath non seulement à travers l’aspect plus marxiste de l’application, ce qui s’explique par l’austro-marxisme auquel ami d’Otto Bauer, Neurath n’était pas étranger, mais aussi, dans le contexte d’une Europe bientôt aux prises avec l’idéologie raciste du 3e Reich, par une critique dirimante du fascisme allemand. Cette critique qui n’est pas sans contribuer à sa façon à la dénazification qui s’annonce après-guerre, figure dans des séries d’articles dirigés contre les éléments les plus représentatifs d’une doctrine totalitaire de la Cité-état articulée avec la vision eugéniste de la race pure qui est au cœur du mythe platonicien des métaux. Plusieurs articles ont été écrits par Otto Neurath en 1944-45 dans le Journal of Education, notamment : « Comprendre est-ce tout pardonner ? Otto Neurath et la République de Platon, en 1944-45 », (voir les Cahiers de philosophie du langage, opus cité, p 150). Outre que ces écrits datent des mêmes années, il est frappant de constater une certaine proximité entre les critiques d’Otto Neurath avec les propos anti-historicistes de Karl Popper dans son Open Society.

Dominante, la voix d’Otto Neurath qui a compté dans l’orientation du Cercle de Vienne vers une philosophie sociale, n’a guère été entendue même par l’Ecole de Francfort qui défendait à la même époque une conception plus fondamentalement marxiste et donc tenue comme moins bourgeoise, de l’histoire et de l’action sociale. Le différend avec Max Horkheimer en particulier montre que la visée sociale d’Otto Neurath, tout homme de gauche qu’il fût, ne faisait pas le poids aux yeux de ses membres.

b. Un futurisme du bonheur

C’est en plein labeur qu’Otto Neurath s’éteint en 1945, terrassé par une attaque. Il laissait inachevé son grand projet au service d’une démocratisation de la culture en laquelle il voyait une « humanisation de la connaissance » – plutôt, écrit-il, qu’une « popularisation » – , destinée à diffuser les moyens de réunir les esprits par la communication de la science à tous niveaux, pour tout âge, quelles que soient la classe d’origine et la langue. Avec Schlick (mort assassiné en 1936 sur les marches de l’université de Vienne), il partageait en effet une philosophie du bonheur (« félicitolologie ») à laquelle se mêlait pour lui en particulier un idéal espérantiste de linguiste bien d’époque dont le visionnarisme lui a été reproché. En réalité, et à la différence de Schlick, cette philosophie du bonheur défendait un épicurisme dont le marxisme lui paraissait une forme moderne.

Dans la conviction que « les images réunissent » alors que les mots divisent, Neurath aimait à signer en utilisant un tampon marqué à l’effigie d’une tête de petit éléphant affichant au bas de la correspondance, selon ses humeurs, tantôt le sourire tantôt la tristesse. Son parti-pris en faveur de l’image reflète avant tout le pédagogue qu’il fut en tant que pionnier de l’éducation visuelle. Cependant, parler de son engagement de pédagogue n’est pas rajouter un métier à un autre qui serait plus spécifiquement celui du philosophe linguiste et économiste engagé. L’urgence éducationnelle d’avoir à se donner les moyens techniques de la diffusion des connaissances notamment par l’exhibition des faits sociaux et la diffusion de l’information à leur sujet, a servi le principe d’efficacité dont se réclamait une véritable philosophie de la pensée visuelle.

4. L’encyclopédisme : Otto Neurath et le tournant de la « pensée visuelle »

Selon cette perspective tournée vers le futur qui n’est pas sans évoquer les courants avant-gardistes russes se réclamant dans les années 1920 d’une pensée d’ingénieur constructeur d’utopies, Neurath a en effet inauguré une approche perceptuelle de la signification du langage qu’il appelait une « Uebersicht in Bilder », impliquant en effet une sensitivité visuelle aux signes. Il aimait à déclarer que « l’éducation visuelle est supérieure à l’éducation par les mots ». Les « mots divisent, les images réunissent ». Au lecteur de sa critique de la physionomique d’Oswald Spengler développée dans le texte intitulé Anti-Spengler (1921), il paraît hors de doute que la part visuelle de la pensée bien comprise a une importance très grande. Neurath objecte en effet à Spengler d’avoir défendu une conception de la physionomique viciée par une théorie discutable des « Arch-symboles » de la culture. A l’opposé d’une caractérologie physionomique sélectivement axée sur des types d’humains selon un comparatisme arbitraire, la physionomie devrait au contraire se présenter comme un Album semblable au projet de Francis Galton qui serait la contrepartie visuelle d’une Darstellung telle que l’Encyclopédie l’envisage en exhibant des corrélations multiples et variées exprimées en symboles entre les formes de langage, bien sûr sans qu’il soit fait recours à des explications justificatives en termes d’origine ou de lois de développement. A ce propos, il est à noter que Neurath utilise également l’expression que l’on trouve chez le second Wittgenstein d’« Aehnlichkeiten » ou « affinités de ressemblances de famille » en référence au procédé galtonien de la « photographie composée » dans un article intitulé « Prognosen and Terminologie in Physik, Biology, Soziologie » qu’il prononça au Congrès de 1937 à Paris et publiée dans Erkenntnis la même année. On peut qualifier cette perspective neurathienne de l’Encyclopédie de la science unifiée de « Synopsis » qui est le mot de Goethe pour la vision non explicative des formes de plantes que Wittgenstein utilise après lui pour l’appliquer à la grammaire. Une telle syntaxe en laquelle Neurath voyait une somme philologique de caractère scientifique ne devait pas dans son esprit totaliser ces formes hiérarchisées dans un système pyramidal unique au nom d’une grammaire universelle, mais plutôt montrer à quoi devait ressembler un système de règles déployant à l’œil autant de traits de Satzzeichen qu’il y a de langages.

Bibliographie

Selection d’articles d’Otto Neurath :

Neurath, Otto, « Die Verrirten des Cartesius und das Auxiliarmotiv » Jahrbuch der Philosophische Geschichte. A.d. Univ. Wien, 1913.

Neurath, Otto : « Physikalismus », Scientia, 1931.

 Neurath, Otto, 1931-32 . « Soziologie im Physikalismus » Erkenntnis, II, 1931-32, in

Ayer, A-J (ed .) Logical Positivism, A Debate, 1959, New-York, The Free Press, précédé d’une histoire du mouvement logico-positiviste.

Neurath, Otto. 1934 « Radikaler Physikalismus und Wirkliche Welt », Erkenntnis.

Neurath Otto 1933/1987. « Unified Science and Psychology ». In Unified Science, ed. Brian McGuinness, 1-23. Dordrecht: Reidel Publishing.

Neurath, Otto. 1935/1987. What Is Meant by a Rational Economic Theory? » In Unified Science, ed. Brian McGuinnes, 67-109. Dordrecht: Reidel Publishing.

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Neurath, Otto. 1937/1987. « The New Encyclopedia ». In Unified Science, ed. Brian McGuinness, 132-141. Dordrecht: Reidel Publishing.

Neurath, Otto. 1939. Modern Man in the Making. New York: Alfred A. Knopf.

Neurath, Otto. 1941. « Universal Jargon and Terminology », Proceedings of the Aristotelian Society, New Series 41, p 127-148, 1940-41. Repr. In Neurath Philosophical Papers, 1913-1946, p 213-229, ed. trad. R.S. Cohen et M. Neurath, Dordrecht ; Reidel.

Neurath, Otto and Joseph A. Lauwerys. 1945. « Plato’s Republic and German Education », The Journal of Education 77 (907): 57-59; (910): 222, 224; (913): 394.

Ecrits d’Otto Neurath réunis par champs : économie, sociologie, marxisme et politique, philosophie, architecture, esthétique de l’habitat, encyclopédie des langages des sciences, éducation visuelle

Gesammelte ökonomische, soziologische und sozialpolitische Shriften, d’Otto Neurath, 1882-1945, in R. Haller et U. Höfer (coeds.) Vienne, Hölder-Pichler-Tempsky, 1998.

Planung, Rationalität, Vielfalt, 1999 Elisabeth Nemeth et Richard Heinrich (coeds), « De l’économie de guerre à l’économie en nature (« in kind ») » 1919, dite « administrée », ou « dirigée », propre à donner une forme rationnelle à la vie des gens, ch 5 de Empiricism and Sociology, op. cit. p 123

Otto Neurath, Philosophical Papers, 1913-1946, ed. et trad. R. Cohen et M. Neurath, Dordrecht, Reidel, 1984.

Gesammelte philosophische und methodologische Schriften, R. Haller, H. Rutte (coeds.), Verlag Hölder-Pichler-Tempsky, 2 vol. Vienne, 1981.

Gerd Arntz : Arbeiterbildung in der Zwischenkriegszeit, Otto Neurath,

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Gideon Freudenthal, “Otto Neurath: From Authoritarian Liberalism to Empiricism”, in: Marcelo Dascal / Ora Gruengard (Eds., 1989), Knowledge and Politics. Boulder, San. Francisco, London: Westview Press 1989, pp. 207-240.

« Memories of Otto Neurath », cf. Empiricism and sociology, eds. Marie Neurath and Robert S. Cohen, Reidel Publ. Company, Dordrecht-Holland, Boston- USA, p 7

Correspondance entre Otto Neurath et Rudolf Carnap :

Jordi Cat et Adam Tamas Tuboly (eds.), New Perspectives on Otto Neurath’s Life and Works: With the 1940-45 Neurath-Carnap Correspondence. Dordrecht: Springer, 2018, à paraître.

Le Cercle de Vienne et son « manifeste »

(« brochure jaune » de 1929, en partie rédigée par Otto Neurath)

En français, in Manifeste du Cercle de Vienne (dir. A. Soulez), PUF, 1985, reed. Vrin, 2010.

Le Manifeste La conception scientifique du Monde (1929) :

Otto Neurath : « Wissenschaftliche Weltauffassung », Arbeiter Zeitung, Vienne, 13, Oktober, p 17, repr. in Neurath Gesammelte philosophische und methodologische Schriften, 1981, p 345-347.

Avec R. Carnap et H. Hahn : Wissenschaftliche Weltauffassung: Der Wiener Kreis, Wien, 1929, vom Verein Ernst Mach, Artur Wolf Verlag, 1929, republié en quatre langues, français (traduction tirée de notre Manifeste du Cercle de Vienne), anglais, italien et espagnol, Springer, Friedrich Stadler et Thomas Uebel ‘(coeds.), SpringerWienNew-York, 2012

François Schmitz, Le Cercle de Vienne, Vrin, 2009

Otto Neurath, Le développement du Cercle de Vienne, Paris, Hermann, 1935.

Travaux sur Otto Neurath ou regroupant quelques uns de ses écrits :

Antonia Soulez (dir), Manifeste du Cercle de Vienne, PUF 1985, 2e édition, Vrin, 2010. Dans ce volume, le lecteur trouve l’article « Enoncés protocolaires ».

Jan Sebestik et Antonia Soulez (coord. colloque international à Paris), Actes : Le cercle de Vienne, doctrines et controverses, Klincksieck, 1983, reed. L’Harmattan, 2002.

Pierre Jacob : De Vienne à Cambridge, Gallimard, 1980.

Robert S. Cohen et Marie Neurath : Empiricism and Sociology Dordrecht/ Boston, 1973. Préface de Marie Neurath.

Sir Alfred Ayer (ed): Logical Positivism, New York, Free Press, 1959

Aspect visuel :

Sur cette question, voir de Jordi Cat : Visual Education, dans la Stanford Encyclopedia of philosophy (supplement to Otto Neurath, automne 2017 ed.).

Marie Neurath et Robin Kinross : Le transformateur, Principes des diagrammes Isotype, Edition B 42, 2013.

Robin Kinross sur les Isotypes de Neurath dans Le Cercle de Vienne doctrines et controverses, A. Soulez et J. Sebestik coord. 2006.

Voir aussi de Paul Neurath, son fils : «Recollections on the Beginnings of the Picturial Statistics and ISOTYPE » Fundamenta Scientiae, 5, pp 201-8, 1984.

Et sa conférence dans notre Cercle de Vienne, doctrines et controverses, (eds. J. Sebestik et A. Soulez) Klincksieck, reed. L’Harmattan, 2002.

Note sur : I.S.O.T.Y.P.E.S. ou : International System of Typographic Picture Education ou méthode de statistiques par l’image (langage de symboles). Otto Neurath créa une fondation pour sa promotion en 1933 à la Haye.

Sur l’empirisme logique, plus général

Pierre Jacob : L’empirisme logique, Editions de minuit, 1980.

Christian Bonnet et Pierre Wagner : L’âge d’or de l’empirisme logique, Vienne-Berlin-Prague (1929-1936), où l’on trouve deux articles d’Otto Neurath traduits en français : « la sociologie dans le physicalisme (1932), et « L’encyclopédie comme modèle » (1936), Gallimard, 2006.

Friedrich Stadler : The Vienna Circle and Logical Empiricism, Vienna Circle Institute Yearbook, Kluwer Academic Publ. 2003, Dordrecht/Boston/London.

Elisabeth Nemeth et Nicolas Roudet coeds. : Paris-Wien, Enzyklopädien im Vergleich, SpringerWienNewYork, 2005.

Le Cercle de Vienne, doctrines et controverses, Actes, colloque international, Klincksieck, 1983, reed. L’Harmattan, 2002, coeds. Sebestik et Antonia Soulez

Keith Lehrer et Johann Christian Marek coeds. Austrian Philosophy Past and Present, Essays in honour of Rudolf Haller, coeds., Kluwer Academic Publ. Boston/Dordrecht/London, 1997.

Werner DePauli-Shimanovich, Eckehart Köhler et Friedrich Stadler  coeds.: The Foundational Debate, Vienna Circle Institute, Yearbook, Kluwer Academic, publ. 1995.

Friedrich Stadler (ed.) : Scientific Philosophy, Origins and Developments, Vienna Circle Institute, Yearbook, Kluwer Academic Publ. 1993.

Otto Neurath, L’ingénieur social et l’utopie :

Nancy Cartwright, Jordi Cat, Thomas Uebel, Lola Fleck : Otto Neurath, Philosophy between science and politics, Cambridge, Cambridge University Press, 1996.

Thomas Uebel, Overcoming Logical Positivism from Within, the Emergence of Otto Neurath’s naturalism in the Vienna Circle’s Protocol sentences Debate, GA : Rodopi/ Amsterdam- Atlanta, 1992.

Otto Neurath, avec R. Carnap et Ch. Morris,

Foundations of the social sciences, Chicago, Univ. Chicago Press, (Int. Encycl. Unified Science) 1944.

Foundations of the Unity of Science, 2 vol. Chicago University Press, 1951.

Elisabeth Nemeth et Friedrich Stadler (coeds.) : Encyclopedia and utopia: the life and work of Otto Neurath (1882-1945), Springer, 1996, où l’on trouve l’article d’Otto Neurath « Visual education ».

Rudolf Haller ed. : Schlick und Neurath- Ein Symposium, Rodopi, Amsterdam, 1982.

Cahiers de philosophie du langage, publ. L’Harmattan, n° 2, 1994 (Antonia Soulez en coll. Elisabeth Nemeth), numéro spécial consacré à « Otto Neurath, un philosophe entre science et guerre ».

Ces Cahiers contiennent aussi en traduction française due à Françoise Willmann un article de 1913 de Neurath « Les voyageurs égarés de Descartes et le motif auxiliaire » ainsi que le texte anonyme sur un plan d’économie juive en Palestine, 1921.

Antonia Soulez « La construction des utopies comme tâche de l’ingénieur social en 1919 » in

Philippe Soulez, Les philosophes et la guerre de 14, Presses universitaires de Vincennes, 1988, p 237-250.

Le débat avec l’école de Francfort,  le marxisme :

Ch. Bonnet et E. Nemeth (ed.), Wissenschaft und Praxis, Springer, 2016.
Voir « le marxisme d’Otto Neurath » de Ronan de Calan, chapitre 6.

John O’Neill et Thomas Uebel : Horkheimer and Neurath: Restarting a Disrupted Debate, in European Journal of Philosophy, avril 2004, vol. 12, n° 1, p 75-105. Titre traduit en français par « Horkheimer et Neurath : Redémarrer un débat perturbé »

A propos de deux articles l’un de Max Horkheimer : « The Latest Attack on Metaphysics » (1937) contre Otto Neurath, et l’autre d’Otto Neurath : « Inventory of the Standard of Living » (1937). Tous deux publiés dans le volume 6 de Zeitschrift für Sozialforschung (Journal for Social Research), publié en 1937.

Ronan de Calan : « Le marxisme de Neurath », in: Ch. Bonnet et E. Nemeth (ed.), Wissenschaft und Praxis, Springer, 2016, p. 91-103.

Hans-J. Dahms : Positivismusstreit, Die Auseinandersetzung der. Frankfurter Schule mit dem logischen Positivismus, dem amerikanischen. Pragmatismus und dem kritischen Rationalismus, Suhrkamp Verlag, Frankfurt/Main, 1994, 2004.

Rainer Hegselman (ed.) Otto Neurath, Wissenschaftliche Weltauffassung, Sozialismus und Logischer Empirismus, Suhrkamp Verlag, Frankfurt am Main, 1979.

Max Wartofsky : « Positivism and politics. The Vienna Circle as a social Movement », in R. Haller (ed.), 1982, p 79.

Autres :

Signalons la thèse soutenue en 2015 de Basak Aray, sur « la philosophie politique de l’empirisme logique, Otto Neurath et le Cercle de Vienne de gauche », à paraître comme livre publié chez Lambert-Lucas, Limoges, 2018.

Historique :

William M. Johnston, The Austrian Mind, an intellectual and social history, 1848-1938. Berkeley and Los Angeles, University of California Press,1972.Otto Neurath : vie et œuvre :

Adam Tuboly ed., New Perspectives on Otto Neurath’s Life and Works , Springer, 2017.

La réception :

4 mars 2017  ENS rue d’Ulm, pour les 6O ans du CNFHPST

Nos travaux sur le Cercle de Vienne, Wittgenstein, Otto Neurath, et les relations avec les medias :

http://www.cnfhpst.org/les-60-ans-du-comite

Antonia Soulez, « La réception du Cercle de Vienne aux congrès de 1935 et 1937 à Paris ou le ‘style-Neurath’ » in

Michel Bitbol et Jean Gayon : (reed.) L’épistémologie française, 1830-1970, Editions matériologiques, 2015 (1e ed. PUF 2006).


Antonia Soulez
Université Paris 8
antonia.soulez2@gmail.com

Comment citer cet article?
Soulez, A. (2019), « Neurath », version académique, dans M. Kristanek (dir.), l’Encyclopédie philosophique, URL: http://encyclo-philo.fr/neurath-a/