La philosophie de A à Z

Publié en janvier 2018

Résumé

Toute lectrice et tout lecteur qui est en train de lire cette phrase a déjà au moins une fois dans sa vie été malade. D’une légère toux ou d’un simple engourdissement de la jambe au réveil le matin à une maladie cardio-vasculaire, une trisomie 21, un trouble de la personnalité antisociale ou un cancer, en passant à travers la grippe ou les maux de tête, la maladie est omniprésente dans nos vies – plus généralement, dans celle des organismes -, et son concept semble inclure des cas aussi divers que ceux mentionnés, mais semble également exclure d’autres cas tels que l’homosexualité ou la drapétomanie (la tendance des esclaves afro-américains de fuir leur servitude), alors que d’autres cas sont davantage controversés tels que les menstruations.

Quels critères justifiés, non-arbitraires et suffisants qui tranchent entre les cas de maladies et de non- (ou pseudo-) maladies y a-t-il ? Qu’est-ce que la maladie ?

Cette entrée encyclopédique sur le thème de la maladie commence par présenter deux intuitions générales que nous avons sur la maladie (Sec. 1). Puis, nous utiliserons ces deux intuitions pour distinguer entre trois groupes de théories de la maladie, selon qu’ils se basent sur la première (Sec. 2), la seconde (Sec. 3) ou les deux intuitions (Sec. 4).

1. Deux intuitions sur la maladie

Une façon commode et cohérente de présenter diverses théories de la maladie est, tout d’abord, de les regrouper en fonction des mêmes intuitions sur lesquelles elles se basent. Dans le cas de la maladie, ces intuitions générales sont au nombre de deux.

a. La maladie comme valeur létale

Une première intuition que nous avons au sujet de la maladie est que, quand nous attribuons à un sujet (e.g., « le foie », « le pancréas », etc.) le prédicat « _est malade » – e.g., dans le cas d’un cancer du foie ou du pancréas – nous évaluons négativement ce sujet, par opposition au jugement que le sujet est en bonne santé (ou sain). En un mot, dire d’un sujet qu’il est malade est un jugement évaluatif négatif ; la maladie est donc une valeur négative.

Se pose alors la question : quelle valeur négative la maladie est-elle spécifiquement ? S’il est commun de soutenir que la santé (ou la vie) est une valeur positive spécifique, à savoir une valeur vitale (Mulligan 2009 ; Scheler 1921 [1991]), alors il est intuitif que la maladie (ou la mort) est conséquemment une valeur létale.

Analyser en plus amples détails les concepts impliqués par cette première intuition est précisément le but de certaines des théories de la maladie.

b. De la maladie comme dysfonction biologique

Une seconde intuition que nous avons au sujet de la maladie est que, quand nous jugeons que, e.g., dans le cas d’un engourdissement de la jambe, la jambe d’une personne est malade, nous voulons dire par là que la jambe de cette personne ne fonctionne pas correctement (ou qu’elle dysfonctionne). Ainsi, la seconde intuition sur la maladie que nous avons est que la maladie est une dysfonction biologique. Plus précisément, la maladie est un certain processus biologique, à savoir un processus biologique déviant (ou dysfonctionnant) par rapport à une norme (ou une fonction normale).

De même, analyser de manière plus approfondie les concepts impliqués par cette seconde intuition sur la maladie est le but de certaines des théories de la maladie.

2. Axiologisme au sujet de la maladie

Le premier groupe de théories de la maladie se focalise exclusivement sur l’intuition que la maladie est une valeur négative spécifique, à savoir une valeur létale. Qu’est-ce qu’une valeur létale ? Ou, plus généralement, qu’est-ce qu’une valeur négative ?

On peut distinguer entre deux théories de la maladie du groupe « axiologisme au sujet de la maladie » en fonction des différentes analyses qu’elles donnent de la première intuition.

a. Subjectivisme au sujet de la maladie

Le subjectivisme au sujet de la maladie est une théorie célèbre en philosophie de la médecine. Elle a été défendue et nommée de diverses (incorrectes) façons, notamment « normativisme (sur la maladie) » et « constructivisme (sur la maladie) » (Ereshefsky 2009). Une théorie subjectiviste au sujet des valeurs négatives soutient qu’une valeur négative est un état indésirable ou un état envers lequel nous avons une attitude défavorable (Cooper 2002 ; Tappolet 2012). Selon cette théorie, la maladie serait donc simplement un état dans lequel nous désirons ne pas être : e.g., le mal de tête que j’éprouve en corrigeant une énième fois un article de philosophie serait simplement un état indésirable.

Rares sont les philosophes de la médecine qui argumentent plus loin en spécifiant en quoi la maladie est une valeur létale (et pas simplement une valeur négative). Nordenfelt, dans une série de papiers influents (1987 [1995] ; 2000 ; cf. aussi Venkatapuram 2013), a, toutefois, soutenu, à proprement parler, un subjectivisme au sujet de la maladie (et pas seulement au sujet des valeurs négatives) en argumentant que la maladie est un état indésirable spécifique, dans la mesure où il empêche le sujet de réaliser ses buts vitaux, et où les but vitaux d’un sujet «  […] sont nécessaires et jointement suffisants pour […] le bonheur minimal [du sujet] » (Nordenfelt 1987 [1995], 97 ; traduction personnelle) : e.g., une trisomie 21 serait une maladie, dans le sens où elle empêche la personne atteinte de cette maladie d’être minimalement heureuse, i.e., ici d’être un être humain pouvant vivre d’une manière autonome et rationnelle.

Le subjectivisme au sujet de la maladie n’est évidemment pas exempt d’objections. Cette théorie reposant sur le subjectivisme au sujet des valeurs négatives, les charges habituelles contre ce subjectivisme sont également valables dans cette situation, notamment la charge que le subjectivisme au sujet des valeurs (négatives) mets la charrue avant les bœufs : un sujet désire ne pas avoir x parce que x a une valeur négative – et non l’inverse (Massin 2010).

La maladie est-elle toujours un mal pour son porteur ? Sommes-nous nécessairement irrationnels si nous désirons être malades ? Les partisans de ce que Ogien (2017) appelle le « dolorisme » peuvent rejeter notre première intuition sur la maladie en argumentant que la maladie est, en réalité, un mal pour un bien (e.g., une supériorité morale et intellectuelle sur le bien-portant).

Une autre objection fréquente contre le subjectivisme au sujet de la maladie est qu’il ne suffit pas de faire appel à la notion de valeur létale (à la Nordenfelt (2000)) pour exclure des cas typiquement jugés comme des non-maladies (Schramme 2007) : e.g., un athlète devient malheureux suite à sa non-participation aux JO 2024, où participer aux JO 2024 était pour lui un but vital. Ne pas participer aux JO 2024 n’est intuitivement pas un cas de maladie même pour un athlète. De même, si une légère toux est bel et bien une maladie, alors on voit mal en quoi elle empêcherait un sujet de réaliser l’un de ses buts vitaux. Une base biologique semble nécessaire ici.

b. Objectivisme au sujet de la maladie  

Une seconde théorie de la maladie reposant sur la première intuition est, par opposition au subjectivisme au sujet de la maladie, l’objectivisme au sujet de la maladie. Cette théorie peu fréquente repose sur l’idée de base que les valeurs négatives ne doivent pas être analysées en termes d’états indésirables. Comment comprendre alors l’idée que la maladie est une valeur négative spécifique, à savoir létale ?

L’objectivisme au sujet de la maladie est une théorie néo-aristotélicienne, selon laquelle la maladie est une valeur létale, dans le sens où elle prive son porteur d’accomplir son but (ou son « telos ») (Foot 2001 ; Megone 2000 ; 2007 ; Pellet 2016 ; Thompson 1995). Selon cette théorie, e.g., un cœur malade est un cœur en train d’être privé d’accomplir son but (ou simplement, d’être ce qu’il est), i.e., un organe pompant le sang (dans le but de le faire circuler), où l’on ajoutera qu’il est vital pour un cœur d’être un organe pompant le sang et de le faire circuler.

Une objection habituelle dans la littérature contre cette théorie objectiviste est qu’elle est trop inclusive (Cooper 2007), car elle compte au nombre des maladies ce qui n’en est intuitivement pas une : e.g., la laideur ou la stupidité (dans la mesure où la laideur ou la stupidité peut être considérée comme privant son porteur d’accomplir son telos, i.e., pour un organisme d’être beau ou intelligent. De même, si l’un des buts de l’être humain est la volonté d’avoir une descendance par reproduction sexuelle, alors l’homosexualité peut être considérée comme une maladie, dans la mesure où l’homosexualité empêcherait le sujet de vouloir avoir une descendance par reproduction sexuelle.

Une autre mauvaise objection (Glackin 2016) est qu’il est impossible d’évaluer négativement un porteur (de maladie) sans un arrière-plan de faits sociaux contextuels.

3. Dysfonctionnalisme au sujet de la maladie

Le second groupe de théories de la maladie – que l’on peut appeler « dysfonctionnalisme au sujet de la maladie » – se focalise, quant à lui, exclusivement sur l’intuition que la maladie est une dysfonction biologique. Qu’est-ce qu’une dysfonction biologique ?

De nouveau, nous pouvons distinguer entre deux théories majeures de ce groupe en fonction de l’analyse explicite qu’elles donnent de ce qu’est une dysfonction biologique. (Bien entendu, l’on peut argumenter qu’il y a certainement presque autant de théories implicites des dysfonctions biologiques qu’il y a de théories des fonctions biologiques, mais il n’est pas lieu de passer en revue ici toutes les théories des fonctions biologiques).

a. Théorie bio-statistique de la maladie

La théorie de la maladie vraisemblablement la plus influente reposant sur l’intuition que la maladie est une dysfonction biologique est celle que l’on peut nommer « théorie bio-statistique de la maladie » – pendant exact de la fameuse théorie bio-statistique de la santé de Boorse (1977 ; 1997 ; 2014). Selon la théorie bio-statistique de la maladie, la maladie est un processus biologique déviant d’une norme statistiquement établie sur la base de la contribution des processus du porteur (de la maladie) au succès reproducteur (ou à la valeur sélective ou adaptative) (fitness) de l’organisme entier (au sein d’une classe de référence), i.e. à la capacité pour l’organisme de survivre et de se reproduire (Sachse 2011) : e.g., un foie est malade, si et seulement si la contribution des processus du foie à la valeur sélective de l’organisme (dont le foie est une partie ou un sous-système) se trouve en deçà (ou au-delà) de la contribution statistiquement établie (i.e., au sein d’une classe de référence idéale et établie à partir de ses membres) des processus du foie à la fitness de l’organisme entier.

La théorie bio-statistique de la maladie est sans doute la théorie de la maladie la plus discutée dans la littérature (Cooper 2002 ; Ereshefsky 2009 ; Giroux 2009 ; Kingma 2007). Nous ne pouvons faire justice dans cette entrée encyclopédique à toutes les objections soulevées, mais la plupart attaquent l’idée que la théorie bio-statistique de la maladie ne tient pas compte de notre première intuition sur la maladie, i.e., que la maladie est une valeur létale (principalement comprise dans son acception subjectiviste). On retiendra ici la fameuse devise de Canguilhem (1966 [2015], 118) : « En matière de normes biologiques, c’est toujours à l’individu qu’il faut se référer ».

Une autre critique peu discutée dans la littérature est la suivante : pourquoi la fonction normale d’un certain sous-système statistiquement établie à partir d’une classe de référence devrait-elle être jugée à l’aune de sa contribution à la fitness de l’organisme entier (et pas, e.g., à la terre entière, ou même au cosmos) ? A cette objection contre la théorie bio-statistique de la maladie selon laquelle toute partie d’un système doit être jugée en fonction de sa contribution à un tout, l’on retrouve souvent une même blague du type « Quand était-ce la dernière fois que mes ongles ont sauvé ma vie ? »

b. Théorie téléologique de la maladie

Une seconde théorie de la maladie se basant exclusivement sur l’intuition que la maladie est une dysfonction biologique comprend la notion de dysfonction biologique en termes néo-aristotéliciens d’incapacité de réaliser pour le porteur (de la maladie) son telos (Megone 2000 ; 2007) : e.g., si le dessein (telos ou « design ») des ailes des aigles est de permettre aux aigles de voler, alors tout ce qui empêche les ailes des aigles de réaliser leur dessein est considéré comme une dysfonction biologique des ailes des aigles ; ou, e.g., si la grippe est basiquement considérée comme une infection virale spécifique, alors le porteur ou l’ « hôte » en question (i.e., une partie de la cellule) est incapable de réaliser son telos (i.e., de synthétiser certaines protéines).

Une objection évidente émise à l’encontre de la théorie téléologique de la maladie est que la notion même de téléologie est incompatible avec la biologie évolutionnaire (du moins, post-Darwinienne), car la théorie téléologique de la maladie supposerait l’existence d’un Créateur ou d’un « Designer », i.e., d’intentions (Allen 1996 [2003]).

4. Théories hybrides de la maladie

Finalement, au vu des objections adressées envers les théories particulières de la maladie appartenant à la fois au groupe « axiologisme au sujet de la maladie » (reproché, e.g., de ne pas avoir de base biologique) et au groupe « dysfonctionnalisme au sujet de la maladie » (reproché, e.g., de ne pas tenir compte du caractère évaluatif de la maladie), il n’est guère étonnant que des théories hybrides de la maladie tentant de pallier aux manquements des théories de la maladie se basant exclusivement soit sur la première intuition soit sur la seconde aient rapidement vu le jour en philosophie de la médecine. En effet, une théorie hybride de la maladie capable de prendre en considération de façon cohérente et unifiée les deux intuitions sera jugée plus complète qu’une théorie non-hybride.

Nous présentons ici deux de ces théories.

a. Théorie de la maladie comme dysfonction nuisible

La théorie hybride de la maladie sans doute la plus célèbre est celle proposée par Wakefield (1992), que l’on peut nommer « théorie de la maladie comme dysfonction nuisible ». Comme son nom l’indique, cette théorie analyse la notion de maladie de la manière suivante :

Une condition est une maladie (disorder), si et seulement si (a) la condition cause du tort (harm) ou une privation de bénéfice à la personne telle qu’elle est jugée par les normes de sa culture (standards of the person’s culture) (le critère évaluatif), et (b) la condition résulte dans l’incapacité de quelque mécanisme interne d’accomplir sa fonction naturelle, où la fonction naturelle est un effet qui fait partie de l’explication évolutionnaire de l’existence et de la structure du mécanisme (le critère explicatif).

(Wakefield 1992, 384 ; traduction personnelle)

En un mot, selon cette théorie de la maladie, la maladie doit à la fois être jugée comme un tort et à la fois être considérée comme une dysfonction biologique (entendue dans un certain sens) : e.g., un trouble de la personnalité antisociale ne sera jugé une maladie que dans la mesure où l’antisocialité cause au porteur un tort dans une culture où la socialité est considérée comme une norme et où une fonction naturelle de l’être humain est d’être social.

Cependant, on peut objecter ici que la notion de tort n’est pas nécessaire pour une théorie de la maladie. En effet, si l’on interprète la notion de tort comme étant intimement liée à la notion de mal-être (ou le sentiment que cela procure à un organisme d’être malade), comme semble le penser Wakefield (1992), alors l’on dira qu’il est de nombreux cas où l’on jugerait intuitivement qu’une personne est malade sans qu’elle le sente (e.g., une personne ne remarquant son cancer que lors du stade 3 (i.e., les métastases)). De même, parce qu’être un odieux psychopathe ne lui a jamais causé du tort, niera-t-on vraiment qu’Hannibal Lecter est malade, ou doit-il vraiment souffrir d’avoir un certain trouble de la personnalité antisociale pour être jugé malade ?

Inversement, une fonction normale peut aussi intuitivement être liée à l’idée qu’elle cause du tort au porteur en question : e.g., si l’on considère les menstruations comme une fonction normale, il n’en reste pas moins qu’elles peuvent être considérées comme nuisibles ou simplement dérangeantes pour le porteur en question (ou causant un mal-être au porteur).

En outre, nous pouvons objecter à cette théorie que, selon la condition (a) ci-dessus, il n’était donc en aucun cas faux pendant une certain période historique de considérer la drapétomanie comme une maladie, parce que, selon cette culture historique, la servitude ne causait absolument aucun tort à celles et ceux asservis. Cependant, nous dirions intuitivement que la drapétomanie ne fut et ne sera jamais une maladie (dans quelle que culture et à quelle qu’époque que ce soit).

b. Essentialisme au sujet de la maladie

Une seconde théorie hybride de la maladie évidente est celle qui conjugue l’objectivisme au sujet de la maladie avec la théorie téléologique de la maladie (Foot 2001 ; Megone 2000 ; 2007 ; Pellet 2016 ; Thompson 1995). En effet, l’objectivisme au sujet de la maladie comprend la notion de valeur létale en termes de privation du telos du porteur (de la maladie), de même que la théorie téléologique de la maladie analyse la notion de dysfonction biologique en termes d’incapacité pour le porteur (de la maladie) d’accomplir son telos.

D’après cette théorie, que l’on peut appeler « essentialisme au sujet de la maladie », la maladie est, donc, une privation du telos du porteur (de la maladie), et cela même constitue pour le porteur un mal (ou est une valeur négative, à savoir létale).

Une objection qui peut être soulevée contre l’essentialisme au sujet de la maladie est qu’elle fait de la santé une valeur positive (ou un idéal de perfection à atteindre). En ce sens, l’essentialisme au sujet de la maladie suit la conception de la santé promulguée par le Préambule à la Constitution de l’OMS: « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». Cependant, nombreux sont les philosophes qui défendent une conception déflationniste de la santé comme simple absence de maladie (Boorse 1977).

Bibliographie 

Allen, C. (1996 [2003]). Teleological Notions in Biology. In E. N. Zalta (Ed.), Stanford Encyclopedia of Philosophy.

Courte entrée, mais expose clairement les points principaux du débat autour de la téléologie.

Boorse, C. (1977). Health as a Theoretical Concept. Philosophy of Science, 44(4), 542-573. doi : 10.1086/288768

Un classique. Cité partout. Donc, à lire absolument. L’auteur défend une thèse déflationniste de la santé.

Boorse, C. (1997). A Rebuttal on Health. In J. M. Humber, & R. F. Almeder (Eds.), What is Disease ? (pp. 1-134). New York : Humana Press.

(Très longue) réponse de Boorse à ses critiques de 1977. Exposition de sa fameuse théorie bio-statistique de la santé.

Boorse, C. (2014). A Second Rebuttal on Health. Journal of Medicine and Philosophy, 39(6), 683-724. doi : 10.1093/jmp/jhu035

Encore une réponse d’un Boorse (qui semble excédé) à ses critiques de 1997. Déjà un classique.

Canguilhem, G. (1966 [2015]). Le normal et le pathologique. Paris : Presses Universitaires de France.

Un classique. Défend une théorie fausse, mais à lire absolument (un sentiment unanimement partagé parmi tous les Français).

Cooper, R. (2002). Disease. Studies in History and Philosophy of Biological and Biomedical Sciences, 33(2), 263-282. doi : 10.1016/S0039-3681(02)00018-3

Propose sa propre théorie (fausse) ultra politiquement correcte de la maladie. Critique assez mauvaise de la théorie bio-statistique de la maladie – répondue dans Boorse (2014).

Cooper, R. (2007). Aristotelian Accounts of Disease: What are they Good for?. Philosophical Papers, 36(3), 427-442. doi : 10.1080/05568640709485208

Plutôt bonne critique des approches néo-aristotéliciennes de la maladie. S’en prend notamment à Megone (2000).

Ereshefsky, M. (2009). Defining ‘health’ and ‘disease’. Studies in History and Philosophy of Biological and Biomedical Sciences, 40(3), 221-227. doi : 10.1016/j.shpsc.2009.06.005

Bonne présentation de diverses théories de la maladie, malgré beaucoup d’approximations conceptuelles.

Foot, P. (2001). Natural Goodness. Oxford, UK: Clarendon Press.

Excellent livre d’une excellente philosophe néo-aristotélicienne. Malheureusement peu cité aujourd’hui en philosophie de la médecine. Le livre de base pour qui s’intéresse au néo-aristotélisme (ou ce qu’il en reste) en philosophie de la médecine.

Giroux, E. (2009). Giroux, É. 2009. Définir objectivement la santé: une évaluation du concept bio statistique de Boorse à partir de l’épidémiologie moderne. Revue Philosophique de la France et de l’Étranger, 134(1), 35–58.

Bonne reformulation de la théorie bio-statistique de Boorse (1997). Critique la notion de classe de référence.

Glackin, N. S. (2016). Three Aristotelian Accounts of Disease and Disability. Journal of Applied Philosophy, 33(3), 311-326. doi : 10.1111/japp.12114

Assez mauvaise critique des approches objectivistes au sujet de la maladie. L’auteur fait typiquement dans le politiquement correct.

Kingma, E. (2007). What is it to be healthy ?. Analysis, 67(2), 128-133.

Excellente critique de la théorie bio-statistique de Boorse (1997). Attaque également la notion de classe de référence.

Massin, O. (2010). Introduction à la philosophie des valeurs. mss non-publié.

Excellente introduction donnée par un expert dans le domaine. Enrichissant.

Megone, C. (2000). Mental Illness, Human Function, and Values. Philosophy, Psychiatry, & Psychology, 7(1), 45-65.

Répond aux critiques contre son approche néo-aristotélicienne de la maladie. Un quasi sans faute.

Megone, C. (2007). Mental Illness, Metaphysics, Facts and Values. Philosophical Papers, 36(3), 399–426.

Rejette la distinction entre faits et valeurs. Une approche courante pour une théorie hybride de la maladie d’inspiration néo-aristotélicienne.

Mulligan, K. (2009). Values. In R. Le Poidevin, P. Simons, A. McGonigal, & R. P. Cameron (Eds.), The Routledge Companion to Metaphysics (pp. 401-412). Londres ; New York : Routledge.

Excellente présentation des diverses positions sur la nature des valeurs. A lire absolument.

Nordenfelt, L. Y. (1987 [1995]). On the Nature of Health : An Action-Theoretic Approach. Dordrecht : Springer.

S’il existe un bon livre à lire sur le subjectivisme au sujet de la maladie, c’est celui-là. Vidé de son aspect subjectiviste, le livre serait quasi parfait.

Nordenfelt, L. Y. (2000). Action, Ability and Health : Essays in the Philosophy of Action and Welfare. Dordrecht : Springer.

Excellente mise à jour de la pensée de l’auteur depuis son 1987 [1995].

Ogien, R. (2017). Mes Mille et Une Nuits : La Maladie comme Drame et comme Comédie. Paris : Albin Michel.

Tout dernier ouvrage du regretté Ruwen Ogien. L’auteur mêle habilement les genres de l’essai philosophique avec celui du journal intime. Livre d’un dépressif que seuls les dépressifs apprécieront. On en ressort avec davantage de connaissances sur la psychologie du cancéreux que sur une thèse philosophique.

Pellet, F. (2016). Qu’est-ce que la maladie ?. Blog Philosophie und Gesundheit / Philosophie et Santé (Philosophie.ch).

Véritable condensé de la présente entrée encyclopédique. L’auteur suggère brièvement une approche néo-aristotélicienne.

Préambule à la Constitution de l’Organisation Mondiale de la Santé. New York, signé le 22 juillet 1946.

Rien à dire.

Sachse, C. (2011). Philosophie de la biologie : Enjeux et perspectives. Lausanne : Presses polytechniques et universitaires romandes.

Excellente introduction (pour étudiants) principalement à la philosophie de la biologie évolutionnaire, mais bourrée de fautes d’orthographes et de coquilles.

Scheler, M. (1921 [1991]). Der Formalismus in der Ethik und die materiale Wertethik : Neuer Versuch der Grundlegung eines ethischen Personalismus. Halle : Max Niemeyer ; tr. fr. M. de Gandillac, Le formalisme en éthique et l’éthique matériale des valeurs : Essai nouveau pour fonder un personnalisme éthique. Paris : Gallimard.

Classique incontournable en phénoménologie, malgré le fait que l’auteur reste peu discuté aujourd’hui dans ce contexte.

Schramme, T. (2007). A qualified defence of a naturalist theory of health. Medicine, Health Care and Philosophy, 10, 11-17. doi : 10.1007/s11019-006-9020-8

Bon point contre la théorie de Nordenfelt (1987 [1995] ; 2000), mais l’auteur veut parler de trop de choses en sept pages. Trop ambitieux.

Tappolet, C. (2012). Valeurs et émotions, les perspectives du néo-sentimentalisme. Dialogue, 51(1), 7-30. doi : 10.1017/S0012217312000212

Excellent article qui argumente en faveur d’une approche subjectiviste des valeurs. S’il existe un bon papier qui défende le subjectivisme au sujet des valeurs, c’est bien celui-là.

Thompson, M. (1995). The Representation of Life. In R. Hursthouse, G. Lawrence, & W. Quinn (Eds.), Virtues and Reasons: Philippa Foot and Moral Theory (pp. 247-296). Oxford, UK: Clarendon Press.

Excellent article prônant une approche néo-aristotélicienne de la maladie. A lire absolument, malgré une certaine lourdeur conceptuelle.

Venkatapuram, S. (2013). Health, Vital Goals, and Central Human Capabilities. Bioethics, 27(5), 271-279.

Assez bon article pour un non-philosophe. Critique, puis étend la théorie subjectiviste de Nordenfelt (1987 [1995] ; 2000).

Wakefield, J. C. (1992). The Concept of Mental Disorder: On the Boundary between Biological Facts and Social Values. American Psychologist, 47(3), 373-388.

Très discuté et cité dans la littérature. Tentative qui a le mérite de présenter une théorie hybride de la maladie.


François Pellet

Université de Münster
Francois.Pellet@uni-muenster.de

Comment citer cet article?
Pellet, F. (2018), « Maladie », version Grand Public, dans M. Kristanek (dir.), l’Encyclopédie philosophique, URL: http://encyclo-philo.fr/maladie-gp/