La philosophie de A à Z

Résumé

Pour mieux comprendre les controverses entourant la liberté d’expression, il faut mieux la connaître, et pour ce faire, il faut comprendre ses justifications philosophiques profondes. En effet, personne ne croit que la liberté d’expression est une fin en soi : on désire plutôt protéger l’expression pour servir d’autres valeurs ou objectifs sociaux. Les deux justifications philosophiques les plus importantes qui sont à la base de la liberté d’expression sont la recherche de la vérité et les valeurs démocratiques. Nous verrons dans cet article qu’en fonction de la justification choisie, les conclusions tirées à propos de la nature, de la portée et des limites de la liberté d’expression sont très différentes. Ces justifications seront mises à l’épreuve de cas concrets controversés, en particulier le cas des discours haineux. On constatera donc que la liberté d’expression est un principe contesté et complexe, et qu’il est donc d’autant plus déplorable d’en faire un usage rhétorique en parlant d’une liberté absolue.

1. Introduction

On le constate aisément chaque jour, la liberté d’expression est un sujet polémique qui suscite régulièrement la controverse. Conçu historiquement comme un rempart face aux volontés de contrôle et de censure des gouvernements et des églises, ce principe est maintenant revendiqué de toutes parts, à gauche comme à droite, dans des contextes dépassant largement la simple question du contrôle de la parole par l’État. On peut toutefois déplorer le niveau de ces débats, dans lesquels la liberté d’expression est souvent employée comme une sorte de formule magique creuse et sans contenu. On l’invoque trop couramment comme une incantation visant à se mettre instantanément du côté de la vertu, car personne ne voudrait bien sûr être contre la liberté d’expression. Or, si c’est bien un truisme et une platitude de réitérer l’importance de cette liberté, il apparaît toutefois que toutes et tous ne s’y attachent pas pour les mêmes raisons, et ne s’entendent pas sur ses limites.

Il importe donc de se tourner vers les justifications philosophiques qui sous-tendent la liberté d’expression, car celle-ci n’est manifestement pas une fin en soi : on désire protéger les discours pour réaliser certaines valeurs ou objectifs sociaux, comme la recherche de la vérité ou la délibération démocratique, et non pas parce que l’expression aurait une importance en soi. Personne ou presque ne croit non plus que la liberté d’expression devrait être absolue : même ses plus intransigeants défenseurs reconnaissent qu’il est blâmable de crier au feu dans un cinéma bondé, de faire des menaces de mort ou de la diffamation.

Comment alors déterminer les limites de la liberté d’expression? En examinant ses justifications philosophiques fondamentales. Ces justifications nous indiquent pourquoi l’expression est importante et permettent du même coup de déterminer la vigueur et la portée de la protection qui devrait lui être accordée. En somme, ces justifications nous disent pourquoi les discours et les paroles constituent un bien unique et pourquoi il devrait être protégé. Cependant, l’histoire ne s’arrête pas là : pour juger de la légitimité morale d’un discours ou d’une publication, il faut ensuite examiner les conséquences négatives de sa propagation, et tenter de déterminer s’il devrait tout de même être protégé. Or, nous verrons bientôt qu’en fonction de l’approche philosophique que l’on adopte, les avis divergent parfois drastiquement lorsqu’il s’agit de déterminer quels discours sont légitimes et lesquels sont hors limites.

Enfin, ces questions sont cruciales car elles ne concernent pas seulement les juges et les législateurs : si la liberté d’expression est bien sûr un principe politique et juridique qui détermine les limites du pouvoir étatique en matière d’expression, de nombreux cas se situent au-delà de ce simple cadre légal. Par exemple, si les caricatures de Mahomet de Charlie Hebdo étaient manifestement légales, la question de la légitimité morale de leur publication est bien différente et a suscité de nombreux débats.


2. L’argument de la vérité

Le premier argument, ou plutôt la première famille d’arguments à considérer est l’argument de la vérité. Cette approche remonte jusqu’à l’œuvre du poète anglais John Milton au 17ème siècle, et a exercé une grande influence sur la vie politique américaine et sur sa jurisprudence. Elle demeure très influente et populaire dans les discussions contemporaines.

John Stuart Mill est l’auteur qui a décrit cet argument sous sa forme la plus influente. Son point de départ et sa prémisse fondamentale est la faillibilité humaine : Mill nous rappelle qu’en tant qu’êtres humains, nous sommes prompts à l’erreur, et que nous ne pouvons espérer atteindre de vérité absolue. Il faut donc faire preuve d’humilité en matière de connaissances : Mill nous appelle à admettre que nous ne possédons pas la science infuse, et par conséquent que nous devons rester ouverts d’esprit et faire preuve de tolérance face aux opinions qui diffèrent des nôtres : elles nous semblent peut-être fausses ou absurdes, mais il est tout à fait possible que ce soit nous qui soyons dans l’erreur.

Pour Mill, « Étouffer une discussion, c’est s’arroger l’infaillibilité. » (1959, p. 17) Ainsi, censurer une idée ou interdire un débat, c’est décider pour la société entière que le débat est clos et que les connaissances à ce sujet sont maintenant hors de toute remise en question.

Or, Mill avance que la seule manière de se rapprocher de la certitude et de la vérité est de confronter nos idées à celles des autres. Seule la compétition entre une grande diversité d’opinions peut faire émerger la vérité : il est donc essentiel d’assurer une liberté de contradiction presque totale. Pour Mill, il est presque toujours néfaste de censurer une opinion, car même une croyance fausse peut contribuer à l’émergence de la vérité. En effet, elle peut contenir des parcelles de vérité qui peuvent être incorporées au sein de l’opinion vraie, mais elle va surtout servir d’adversaire utile aux bonnes théories.

Selon Mill, si une opinion vraie n’est pas discutée et mise à l’épreuve régulièrement par des opinions rivales, elle va perdre de sa vigueur et devenir un « dogme mort », une sorte de superstition orthodoxe dont on a oublié la justification. Pour avoir, au contraire, des « vérités vivantes », il faut qu’elles soient confrontées à des idées fausses, qu’elles entrent régulièrement en compétition dans une sorte de « marché des idées ».

La conclusion à tirer de ces observations, pour Mill, est que la liberté d’expression doit être presque absolue. Les conséquences négatives de la censure sur la recherche de la vérité sont en effet si graves que seule la crainte d’un danger clair et présent et de torts physiques devrait nous faire considérer la restriction d’un discours. Il s’agit essentiellement de la position adoptée par la Cour suprême américaine dans son interprétation du premier amendement de la constitution. Par exemple, affirmer que les marchands de blé sont des affameurs est tout à fait légitime en temps normal, mais c’est une tout autre chose que de faire la même déclaration devant une foule enragée, prête à envahir la maison d’un marchand et de sa famille.

Toutefois, un certain nombre de critiques ont été avec le temps adressées à cet argument (et c’est certainement ce que Mill aurait souhaité!). Selon la première critique, le problème avec l’argument est qu’il nous oblige à considérer la recherche de la vérité comme l’objectif prioritaire de notre société, aux dépens d’autres valeurs comme le respect, la dignité ou l’égalité démocratique. Or, cette hiérarchisation des valeurs pose problème dans certains cas, et notamment lorsque l’on parle des discours haineux.

Par exemple, que faire si un suprématiste blanc souhaite tenir une conférence publique dans laquelle il compte affirmer des thèses ouvertement racistes? Si l’on se fie à l’argument de la vérité, il faut le laisser parler : à moins qu’il ne fasse un appel direct et immédiat à la violence contre des personnes identifiables, il serait illégitime de le censurer. Pour justifier cette décision, les partisans de l’argument peuvent avancer que même si l’on est hostile à l’idéologie de la suprématie blanche, il est important de ne pas censurer ces idées afin de se garder la possibilité de les réfuter et de débattre. C’est l’idée que « la lumière du soleil est le meilleur désinfectant » : plutôt que d’interdire les discours que l’on considère néfastes, il faut les combattre avec un contre-discours. Ainsi, comme le pensait Mill, la confrontation des idées fera émerger la vérité de l’antiracisme au grand jour.

Toutefois, cela signifie que les partisans de l’argument de la vérité sont prêts à accepter les conséquences négatives causées par les discours haineux en échange du progrès en matière de vérité que ces discours vont indirectement rapporter. Or, on peut se demander si le compromis en vaut la peine, considérant les torts nombreux et avérés qui peuvent être causés par les discours haineux. On peut également et surtout relever que ces conséquences négatives sont très inégalement réparties au sein de la société, dans la mesure où ce sont essentiellement les personnes racisées qui vont les subir. Il y a donc des enjeux de justice à prendre en compte, au-delà de la valeur de la vérité.

Une autre critique adressée à l’argument de la vérité concerne l’efficacité de sa recommandation. En effet, on peut se demander pourquoi, dans un libre marché des idées, la vérité triompherait forcément, comme si elle disposait d’un avantage intrinsèque sur la fausseté. En d’autres mots, pourquoi la vérité sortirait-elle systématiquement vainqueur de la confrontation des idées?

On pourrait répondre à cela que c’est la rationalité humaine et notre capacité de raisonnement qui assurent, en général, que la vérité émergera du libre affrontement des idées. Toutefois, on ne manque pas de données empiriques et d’études en sciences sociales pour douter de notre rationalité : on sait aujourd’hui très bien que celle-ci est limitée, que notre raisonnement est imparfait, souvent biaisé, que nous faisons fréquemment des erreurs logiques, etc. En outre, cette confiance en la raison humaine est manifestement en contradiction ou en tension avec l’idée de la faillibilité humaine en matière de connaissance, idée qui était à la base de l’argument de la vérité. Le nombre de gens qui partagent des fausses nouvelles, ces fameuses fake news, en est un bon indice. Certaines recherches laissent même croire que l’on peut être influencé par une information, même lorsque l’on sait pertinemment qu’elle est fausse! (Levy, 2017)

On peut donc reprocher à l’argument de la vérité de se baser sur une vision idéalisée du raisonnement humain, mais également sur une conception utopique du débat public. En effet, si l’on reprend un instant la métaphore du libre marché des idées, on peut se demander à quel point ce marché est égalitaire, si ses acteurs sont sur un pied d’égalité. Or, tout comme on peut craindre que les inégalités de richesse dans le marché économique perturbent son fonctionnement, on peut redouter que certains acteurs du marché des idées finissent par le dominer. Par exemple, nous savons qu’il existe une tendance mondiale à la concentration des médias dans les mains d’une minorité très fortunée, et par le fait même très influente : ne pouvons-nous pas craindre que ces acteurs finissent par littéralement inonder le marché avec leurs idées, étouffant les voix plus marginales? Il en résulterait possiblement une sorte de monopole des idées, très loin de l’idéal de Mill qui voulait une confrontation libre entre la plus grande variété d’idées possible. Toutefois, un partisan de l’argument de la vérité pourrait répliquer que si ces risques sont bien réels, ils ne sont pas inévitables, tandis que les dangers de la censure, eux, ne sont plus à démontrer.

Cela étant dit, il est possible de reconnaître la force de l’argument de la vérité sans en accepter la recommandation pratique, ou en en limitant la portée. Par exemple, il pourrait servir de justification très convaincante pour la liberté académique. Cela illustre bien que plusieurs justifications puissent être valides de façon complémentaire, par rapport à différents contextes et à différentes catégories de discours.

3. L’argument de la démocratie

La seconde approche la plus populaire se nomme l’argument de la démocratie. Sous sa forme originale développée par Alexander Meiklejohn, il s’agit d’un argument fondé sur la souveraineté du peuple dans un régime démocratique. Ainsi la liberté d’expression serait essentielle dans une démocratie car le peuple souverain a besoin d’informations afin d’exercer son pouvoir, notamment en votant de façon informée, mais aussi parce que le peuple doit être libre de critiquer le gouvernement. En outre, si l’on considère que dans un régime démocratique le gouvernement n’est que le serviteur du peuple souverain, il en découle que la censure est absurde : en effet, il est impensable que le serviteur présélectionne les informations qui seront accessibles au souverain. Ce sont les citoyens eux-mêmes qui doivent choisir.

Toutefois, cette approche fondée sur la souveraineté du peuple se heurte à un paradoxe. Que faire lorsque le peuple souverain exige que le gouvernement censure un discours? Les valeurs démocratiques pèsent ici des deux côtés de la balance : d’un côté, il faudrait respecter le libre choix des citoyens souverains, et de l’autre, on croit que la démocratie requiert la liberté d’expression pour son bon fonctionnement.

Ce paradoxe peut être évité en faisant appel à une autre valeur démocratique fondamentale, l’égalité. En effet, les théories de la démocratie insistent régulièrement sur le fait que chaque citoyen et citoyenne doit avoir la possibilité de s’exprimer, de participer à la délibération publique qui débouche sur la prise de décision collective. C’est seulement à cette condition qu’un gouvernement démocratique peut être légitime. Ainsi, censurer un discours reviendrait à empêcher un membre de la communauté politique de s’exprimer sur un pied d’égalité avec ses concitoyens, et donc d’écorcher la légitimité démocratique de l’autorité qui opère la censure.

Cet argument peut amener à des conclusions surprenantes, notamment dans le cas des discours haineux. Pour Ronald Dworkin, les lois contre les discours haineux sont inacceptables car elles réduisent inéquitablement au silence des individus sur la base de leurs opinions. Ainsi, ces derniers peuvent considérer le pouvoir démocratique et ses lois antidiscriminatoires comme illégitimes, puisqu’ils n’ont pas pu exprimer leur point de vue à ce sujet dans le débat public. Ils ont en quelque sorte été exclus du débat public, ce qui constitue une atteinte à l’égalité démocratique.

Cela dit, l’argument démocratique peut également être utilisé pour s’opposer aux discours haineux. Par exemple, Charles Girard affirme que les discours haineux, si on les tolère, risquent de délégitimer, voire d’écraser les voix des minorités. Par exemple, un slogan raciste placardé sur un mur peut créer un climat de peur et réduire au silence les communautés ciblées, ou encore susciter une méfiance ou même une hostilité envers les victimes, qui ne seraient alors plus libres de s’exprimer également dans le débat public. Ce genre de discours haineux peuvent en effet affecter l’environnement social et le rendre hostile ou empoisonné pour certaines personnes, et ainsi restreindre leurs opportunités de s’exprimer. Ainsi, on peut craindre que de tolérer les discours haineux aille contre la liberté d’expression conçue comme une valeur démocratique.

Toutefois, l’argument de la démocratie se heurte à un autre problème, qui concerne sa capacité à déterminer la portée de la liberté d’expression, c’est-à-dire à déterminer quelles catégories de discours doivent être protégées. En effet, il semble que ce sont les discours politiques, ou plus largement tous les discours qui contribuent à former l’opinion publique, qui tombent sous la protection de ce principe. Mais outre le fait que cet ensemble peut sembler trop large, on peut également faire remarquer qu’il peut être très difficile de déterminer quel discours est politiquement pertinent et donc protégé, et lequel ne l’est pas.

Par exemple, le discours commercial (la publicité par exemple) est généralement exclu des discours protégés. Est-ce toujours vrai lorsqu’il s’agit d’une publicité de Nike répondant aux accusations de maltraitance de ses employés étrangers? Un texte portant sur les dangers des OGM est-il « politique » et donc protégé, ou bien « professionnel » et donc non-protégé? Lorsqu’un médecin prévient son patient des risques liés à l’avortement, est-ce un discours politique ou professionnel? Si un manuel de médecine qui contient des images d’organes sexuels n’est pas lu par des étudiants, mais seulement par des voyeurs, est-ce que ce texte est « pornographique » ou « scientifique »? On peut donc craindre que l’argument de la démocratie oblige les juges (et les citoyens) à se perdre dans des pièges conceptuels qu’ils ne pourront régler que par des décisions arbitraires.

4. Conclusion

Bref, nous avons pu constater lors de cet exposé que la liberté d’expression est loin d’être un principe monolithique, et qu’il est tout à fait insatisfaisant ou même trompeur de l’invoquer comme une formule magique sans réfléchir à ses justifications profondes. Ce constat doit donc amener à une grande vigilance dans les débats publics, dans lesquels il est trop facile et trop courant de se réclamer de la liberté d’expression pour sa valeur rhétorique, dans le but de se mettre à l’abri des critiques et d’éviter de réfléchir aux conséquences des discours ou à la responsabilité qui accompagne cette liberté. On conclura donc qu’on ne peut faire l’économie d’une réflexion approfondie et renouvelée sur les valeurs fondamentales et parfois conflictuelles qui sous-tendent ce principe essentiel de toute société démocratique.

5. Bibliographie

Pour une introduction générale, courte, mais rigoureuse sur le sujet, on consultera l’ouvrage Free Speech: A Very Short Introduction de Nigel Warburton. L’œuvre est parsemée d’exemples et couvre un vaste éventail de sujets et d’applications, notamment la liberté artistique, qui n’a pas pu être abordée dans cet article, faute d’espace.

Pour pousser plus loin la réflexion, Free Speech: A Philosophical Enquiry de Frederick Schauer est un incontournable. Plus technique et plus détaillé, il constitue une enquête approfondie d’une foule de distinctions et d’arguments essentiels à une compréhension plus poussée de la liberté d’expression.

Enfin, en français, on se tournera vers l’ouvrage récent de Denis Ramond, La bave du crapaud : Petit traité de liberté d’expression. Il s’agit d’un livre ambitieux qui fait le tour des controverses et des enjeux centraux du problème dans un langage clair et accessible, avec quelques prises de position de l’auteur.

Alexander, L. (2005). Is There a Right to Freedom of Expression? Cambridge : Cambridge University Press.

Dworkin, R. (2009). Foreword. [Chapitre de livre]. Dans Hare, I., and J. Weinstein (dir.). (2009). Extreme Speech and Democracy, v-ix.

Fish, S. (1994). There’s no such things as free speech. Oxford : Oxford University Press

Girard, C. (2015). Pourquoi punir les discours de haine. Esprit, 418, 11-22.

Levy, N. (2017). The Bad News About Fake News. Social Epistemology Review and Reply Collective, 6(8), 20-36.

Meiklejohn, A. (1948). Free Speech and it’s relation to self-government. New York : Harper & Brothers Publishers.

Mill, J. S. [1859] (1975). On Liberty. Oxford : Oxford University Press.

Scanlon, T., (1972). A Theory of Freedom of Expression. Philosophy and Public Affairs, 1(2), 204–226.

Schauer, F., (1982). Free Speech: A Philosophical Enquiry. Cambridge : Cambridge University Press.

Warburton, N. (2009). Free Speech: A Very Short Introduction. Oxford University Press.

François Toutée
Université du Québec à Montréal
toutee.francois@gmail.com

Comment citer cet article? 
Toutée, F. (2019), « Liberté d’expression », version Grand Public, dans M. Kristanek (dir.), l’Encyclopédie philosophique, URL:  http://encyclo-philo.fr/liberte-dexpression-gp/