La philosophie de A à Z

Résumé

L’expression « causalité mentale » spécifie un type de causalité impliquant des états ou des événements mentaux comme les croyances, les désirs, les sensations ou les perceptions. Communément, et de façon massive, l’expression s’utilise pour rendre compte de l’interaction entre un événement mental et un événement physique. Ma croyance qu’il pleut, par exemple, peut être mentionnée comme la cause de mon comportement lorsque je prends un parapluie ou encore cette douleur soudaine au pied comme la cause de ma grimace, contraction musculaire de mon visage. En l’occurrence, ces deux exemples, le premier comme cause intentionnelle et le second comme cause non intentionnelle, sont des cas de relation causale du « mental » au « physique ». Il se peut toutefois, à l’inverse, qu’il existe une causalité du « physique » au « mental », comme l’inhalation d’un parfum qui déclenche un souvenir ou la piqûre d’un insecte qui provoque une douleur. Enfin, lorsque je crois qu’une grave maladie est écartée et que cela me cause un sentiment de soulagement ou lorsque je désire réaliser ce que je considère être une prouesse et qu’une anxiété soudaine me saisit, nous parlons alors dans ces cas-là de relation causale du « mental » au « mental ». Quelle est la nature de la relation causale spécifique entre le domaine mental et physique ? Le problème est-il le même suivant que l’on conçoit les états mentaux comme appartenant à une âme immatérielle ou comme une propriété du cerveau ? Ou faut-il penser que ce problème a évolué au fil de l’histoire, alors que les philosophes, au moins pour la plupart, se sont mis à préférer la seconde conception à la première ? Comment expliquer, dans tous les cas, qu’une chose mentale puisse causer quelque chose de physique ? Après avoir survolé l’histoire de ce problème, puis en avoir exposé sa forme contemporaine, nous présenterons les principales solutions qui ont été proposées pour résoudre le problème sous sa forme contemporaine.


Table des matières

1. Préliminaires

a. L’importance de la causalité mentale
b. L’ontologie cartésienne et la causalité mentale

2. La cadre ontologique contemporain

a. L’identité du mental et du physique
b. La relation de causalité
c. Le dualisme des propriétés
d. La survenance du mental

3. Le problème

a. La pertinence causale du mental
b. La distinction entre les types de propriétés
c. La clôture causale du domaine physique
d. La non-surdétermination causale du mental
e. L’espace logique des solutions

4. Les réponses au problème

a. L’exclusion causale du mental
b. La réponse du physicalisme non réductionniste
c. L’appel aux tropes

Bibliographie 


1. Préliminaires 

a. L’importance de la causalité mentale

Ce que l’on appelle le problème du corps et de l’esprit (Mind-Body Problem) se fonde sur l’existence d’une distinction entre l’une et l’autre de ces entités. Le problème de la causalité mentale émerge lorsque l’on cherche à expliquer comment sont reliés le corps et l’esprit.

L’interaction causale de l’esprit avec le monde et en particulier son influence sur nos comportements est un fait essentiel déterminant notre conception de ce que c’est que d’être un agent. En effet, concevoir l’être humain comme un agent, c’est le concevoir comme un être capable d’agir et dont les actions peuvent être expliquées causalement en faisant référence à ses croyances et ses désirs. C’est précisément l’idée qu’il existe une causalité mentale qui nous permet d’expliquer et de prédire le comportement d’autrui en citant ses états mentaux comme des causes de ce comportement. Ainsi, ce qui rend vraie une explication comme « C’est parce qu’il croit qu’il y a un carton de lait dans le réfrigérateur que René se rend dans la cuisine » est l’efficacité causale, présumée, d’états mentaux, en l’occurrence, ici, une croyance. Quant à ce qui nous incite à accorder de la valeur à cette explication, c’est bien notre statut d’agent accomplissant des changements dans le monde physique. Une telle conception de l’explication qui fait appel à la causalité mentale se retrouve en psychologie ou en économie. Une représentation mentale ou cognitive est ce qui permet à un individu de réagir face à une situation. Et comment ne pas évoquer les croyances des investisseurs, voire leurs sentiments décrits en termes d’« indices de confiance », avant de prendre la décision de s’engager ou non dans un secteur de l’économie ?

On peut donc avancer l’hypothèse d’un pouvoir causal, pouvoir qu’aurait un agent de modifier le monde physique. En revanche, si cela n’était pas le cas, si la causalité mentale n’était qu’une illusion, autrement dit si nous vivions dans un monde où elle aurait été exclue au profit d’une causalité seulement physique, un monde dans lequel nous n’aurions aucun intérêt à la défendre, on pourrait se demander ce que deviendrait ce qui nous constitue en tant qu’agent. Certes, dans un tel monde, la psychologie du sens commun permettrait toujours de faire des prédictions et continuerait de fournir des explications à nos comportements, mais cette absence de causalité mentale nous conduirait vers une sorte d’illusion de contrôle de nos actes. Dans ce monde sans causalité mentale, mes croyances et mes désirs ne seraient pas les causes véritables de mon comportement, quand bien même on continuerait à les désigner comme telles. Ce ne serait donc pas moi, en tant qu’agent conscient et désirant, qui causerais mon comportement, mais un processus physique neurobiologique sous-jacent. Autrement dit, ce ne serait pas mes propriétés mentales qui seraient efficaces dans la production de ce comportement mais un groupe de propriétés neurophysiologiques initiant en aveugle mes actions.

Si un agent se définit comme un être capable de produire des actions, comme aller chercher du lait dans un réfrigérateur ou encore ouvrir un parapluie, son agentivité est aussi requise pour l’exercice de son libre-arbitre et sa responsabilité morale. En effet, quel sens aurait un comportement réduit à de simples mouvements physiques ? Nos délibérations, nos prises de décision font de nous le responsable de ce que fait notre corps. C’est pourquoi les questions de savoir comment il est possible que nos croyances, nos désirs et les autres états mentaux parviennent à guider nos actions ou comment ce que nous pensons, voulons, ressentons et percevons constitue la cause de certains mouvements de notre corps sont des questions qui, certes concernent les sciences empiriques telles que la psychologie et les neurosciences mais qui exigent avant tout une réponse philosophique. En effet, alors que les sciences cherchent à expliquer certaines corrélations au moyen de la relation de cause à effet, l’introduction d’une causalité mentale dans une explication soulève un type de problème foncièrement philosophique. Pour certains chercheurs, les événements mentaux auxquels on voudrait attribuer un pouvoir causal, comme les volitions, possèdent en réalité les traits d’un épiphénomène, c’est-à-dire d’un effet qui lui-même est dépourvu de pouvoir causal (Wegner 2002) ou, au mieux, possèdent un droit de veto sur les processus neurophysiologiques inconscients qui initient nos actions, et peuvent ainsi en altérer le cours (Libet 2007). Néanmoins, et même si ces derniers ont raison, ce que l’on appelle communément « l’efficacité causale du mental » exige une explication que seule une métaphysique cohérente de la causalité mentale dans le monde physique pourra nous livrer.

b. L’ontologie cartésienne et la causalité mentale

Bien que l’on puisse faire remonter à Platon dans son dialogue le Phédon la conception de l’âme comme entité immatérielle, susceptible de survivre à la mort du corps, c’est à Descartes que l’on doit la démonstration d’une distinction radicale entre la chose pensante (res cogitans), immatérielle et la chose corporelle (res extensa), étendue dans l’espace.

Ainsi, selon Descartes, le corps et l’esprit sont deux substances distinctes. Dans la « Sixième Médidation » (1641) Descartes nous décrit, au moyen d’une explication mécaniste, comment les deux substances interagissent. Lorsque je ressens de la douleur au pied écrit-il, la physique nous apprend qu’elle se communique via notre réseau de nerfs jusqu’au cerveau faisant ainsi « une impression à l’esprit qui lui fait sentir quelque chose » (AT IX, p. 69). Dans Les Passions de l’âme (1649, art. 34), donnant alors un rôle central à une certaine partie du cerveau, la glande pinéale, il établit le lien entre les deux substances. C’est donc dans ce qu’il désigne comme le « siège de l’âme » que le signal termine sa course causant dans la substance non physique ce que l’on ressent comme une sensation et qui devient elle-même la cause d’un autre signal en sens inverse. Ainsi l’action de l’esprit sur le corps, c’est-à-dire l’action de l’âme sur la machine du corps se trouve alors pleinement expliquée.

Cet éclairage ne peut suffire à écarter la question du « comment », c’est-à-dire la question de savoir comment une substance, dont l’attribut est la pensée, peut bien causer un mouvement dans une autre substance qui, elle, est étendue. C’est la question que pose Élisabeth de Bohème à Descartes, dans sa correspondance (lettres des 16 mai et 20 juin 1643). Ce que cherche à comprendre Élisabeth, c’est comment une substance, dont l’attribut est la pensée, peut causer un mouvement dans une autre substance qui, elle, est étendue. Pour qu’une substance matérielle puisse être mue par une autre substance, estime Élisabeth, l’« attouchement », c’est-à-dire un contact entre les deux substances, est requis. Or comment une substance immatérielle, qui par définition se situe en dehors de l’espace, peut-elle remplir cette condition ?

L’idée selon laquelle la causalité requiert un contact survivra chez Hume (1739). En effet, une des deux caractéristiques que Hume formule comme étant à l’origine de notre concept de causalité est l’existence d’une contiguïté entre la cause et l’effet, ou entre chacun des éléments d’une chaîne causale. En effet, pour Hume la cause doit être contiguë à son effet, à la fois dans l’espace et le temps (Traité de la Nature Humaine, 1.3.2). C’est également ce que Descartes soutient dans les Méditations au sujet des corps et des causes de leurs mouvements :

Par le corps, j’entends tout ce qui peut être terminé par quelque figure ; qui peut être compris en quelque lieu, et remplir un espace en telle sorte que tout autre corps en soit exclu ; qui peut être senti, ou par attouchement, ou par la vue, ou par l’ouïe, ou par le goût, ou par l’odorat ; qui peut être mû en plusieurs façons, non par lui-même, mais par quelque chose d’étranger, duquel il soit touché et dont il reçoive l’impression. (Méditation seconde, AT IX, p. 20)

C’est ainsi à l’intérieur du système dualiste qu’émerge l’interrogation d’Élisabeth. En effet, selon Descartes, le monde est constitué de substances qui possèdent un attribut essentiel et des modes. Un attribut est ce qui fait de la substance le genre de substance qu’elle est. L’attribut principal de la substance matérielle ou physique est l’étendue, c’est-à-dire la spatialité. Ainsi, une substance physique occupe une région définie de l’espace à chaque instant, elle possède ainsi une forme et une dimension bien définies. Cette forme et cette dimension sont les modes d’extension, c’est-à-dire, des manières d’être étendues. En revanche, l’attribut principal de la substance mentale, qui ne possède pas l’attribut de l’étendue, est la pensée. Il faut noter que Descartes donne ici au terme de « pensée » une acception plus large que celle que nous lui donnons aujourd’hui. Ce que nous considérons comme des états mentaux tels qu’une sensation, une image, une émotion, une croyance, sont pour Descartes des modes ou des manières de la pensée. Il ne peut ainsi exister des substances étendues pensantes ou des substances pensantes étendues. Demeure alors le problème de l’interaction entre les substances : comment deux substances radicalement différentes peuvent-elles interagir ?

La distance métaphysique, instaurée par la séparation des deux substances, semble exclure toute possibilité de contact entre elles. Cependant, Descartes soutient que l’interaction causale entre le corps et l’esprit doit être prise comme primitive et que nous serions dans l’erreur à vouloir rechercher la relation de causalité entre le mental et le physique sur le modèle de la causalité physique.

Élisabeth répondra qu’il lui « serait plus facile de concéder la matière et l’extension à l’âme, que la capacité de mouvoir un corps et d’en être ému, à un être immatériel » (Élisabeth à Descartes, 20 juin 1643, AT III, p. 685). Comme on le voit, raisonnablement, la lectrice de Descartes cherche l’intelligible et, pour cela, elle se fait insistante sur deux points : la relation causale et l’ontologie des deux substances.


2. La cadre ontologique contemporain

Pour une très grande majorité de philosophes – à l’exception entre autres d’E. J. Lowe (2006), d’Alvin Plantinga (2006) et Dean Zimmerman (2010) – le dualisme cartésien des deux substances ne constitue plus aujourd’hui le cadre ontologique à l’intérieur duquel le problème de la causalité mentale se pose. En effet, le point de vue aujourd’hui dominant, si l’on pense l’esprit comme une substance, est de se référer à une substance physique unique. On parle de monisme matérialiste ou encore de physicalisme.

Historiquement, ce cadre s’est dessiné dans les années 50 et 60 du XXème siècle lorsque U. T. Place (1956), H. Feigl (1958), J. J. C. Smart (1959) soutinrent que les états mentaux sont littéralement identiques à des états du cerveau. C’est vers ce type de théorie qu’il nous faut maintenant nous tourner.

a. L’identité du mental et du physique

L’idée générale que les états mentaux sont identiques à des états du cerveau peut se décliner de deux manières. On peut en effet faire une différence entre les types d’états mentaux (une douleur vive) et les événements mentaux particuliers qui constituent des occurrences de ces types (telle sensation de douleur vive ressentie par un sujet déterminé à un instant déterminé).

L’identité des types signifie que lorsque nous identifions un état mental de tel ou tel type, par exemple comme étant une sensation de douleur vive, la propriété d’être une douleur vive n’est autre qu’une certaine propriété neurobiologique, l’activation des fibres C. Cela implique non seulement que chaque événement mental correspondant à une occurrence de douleur vive est identique à un événement neurobiologique, mais encore que toutes les douleurs vives tombent sous le même type d’état neurobiologique. Certes, nos concepts d’états mentaux, comme la douleur, sont différents de nos concepts d’états neuraux, mais l’identité des types ne requiert pas l’identité de nos concepts. L’identité est, ici, une identité entre les propriétés. C’est sous cette forme que la théorie de l’identité a été initialement défendue par Place, Feigl et Smart. On peut la formuler rigoureusement de la façon suivante :

Physicalisme des types. Pour chaque propriété mentale M réellement instanciée, il existe une certaine propriété physique P, telle que M = P.

La seconde variante de la théorie de l’identité, que l’on peut qualifier de plus faible, revient à identifier seulement les événements mentaux, c’est-à-dire l’occurrence d’une propriété mentale, à un événement physique, c’est-à-dire l’occurrence d’un événement physique. Par rapport à la théorie de l’identité des types, on perd l’idée que le fait d’être une sensation de brûlure est la même chose que le fait d’être une activation de fibres C. Une douleur ou une croyance sont des événements mentaux tandis que l’excitation de fibres neurales est un événement physique. Plus précisément, les premiers sont décrits en termes mentaux et le second dans un vocabulaire purement physique (Davidson, 1970). On dira, avec Davidson, qu’un même événement peut exemplifier une propriété M (mentale) et une propriété tout à fait différente, P (physique). De cette façon, une occurrence particulière de douleur dans une dent, par exemple, exemplifie la propriété mentale d’être une douleur, M. Cependant, toujours suivant Davidson, cet événement peut être décrit différemment ou tomber sous d’autres types de propriétés. Cette occurrence particulière de douleur peut posséder la propriété d’être causée par une carie ou encore de m’avoir réveillé au milieu de la nuit, etc. Si l’on souscrit à la théorie de l’identité des occurrences, c’est-à-dire à un physicalisme qui affirme à propos de la conscience que les occurrences mentales sont identiques à des occurrences physiques, cet événement d’éprouver une douleur dans une dent est aussi un événement du cerveau qui possède la propriété, par exemple, d’être une stimulation de la fibre C. Un même événement peut donc tomber sous un genre physique et sous un genre mental, autrement dit, posséder une propriété mentale et une propriété physique.

Physicalisme des occurrences. Pour chaque événement mental particulier x, il existe un événement physique particulier y, tel que x = y.

Toutefois, l’adhésion à un espace métaphysique moniste solde-t-elle pour autant le problème de l’interaction entre le physique et le mental ?

b. La relation de causalité

A un niveau général, les théories contemporaines des relata de la causalité peuvent se diviser entre celles qui soutiennent que ce sont des événements (Davidson, 1967, Kim, 1976) et celles pour lesquelles ce sont des faits (Mellor, 1995), voire ni des faits ni des événements mais des processus (Salmon, 1984) ou des états de choses (Armstrong, 1997). Présentement, nous prendrons en compte le point de vue standard selon lequel les événements sont les relata de la relation causale.

La causalité comprise comme relation entre événements se divise, au moins, en deux modèles différents (Hall, 2004). L’un exprime une dépendance entre les événements et prend appui sur ce que, dans la littérature, on nomme la dépendance contrefactuelle (Lewis, 1973, 2004, Bennett, 1987, Paul, 2009). Ainsi, un événement c est la cause d’un autre événement e dans le cas seulement où e dépend de c, c’est-à-dire dans le cas où si c ne s’était pas produit, e ne serait pas arrivé. Le second modèle, quant à lui, considère que la relation causale entre deux événements distincts c et e comme une relation de production. L’idée est que la cause a le pouvoir de faire advenir l’effet. Une différence importante qu’introduit ce second modèle est que l’existence d’une relation de causalité dépend entièrement et uniquement des événements eux-mêmes et de leurs propres propriétés et relations. Selon cette intuition, les structures locales et intrinsèques de la séquence d’événements expliquent la relation causale (Salmon, 1984, Kistler, 1999, Dowe, 2000), ce qui n’est pas le cas si on conçoit la causalité comme une relation de dépendance contrefactuelle. En effet, pour évaluer ce qui se serait passer dans d’autres circonstances, nous devons faire appel à des régularités déjà observées concernant d’autres objets, d’autres temps et d’autres lieux.

Manifestement, ces deux intuitions expriment deux approches difficilement conciliables. La première implique que la relation causale entre les événements est extrinsèque, c’est-à-dire entièrement dépendante d’une régularité de faits qui se sont produits ailleurs et dans un autre temps. En revanche, la seconde repose sur les seuls faits singuliers qui composent la relation de causalité en dehors de toute régularité. Ce concept de causalité comme production exige alors de se demander ce qui, dans un événement c, est responsable du fait que e se soit produit.

Le choix en faveur de l’un ou de l’autre de ces modèles pour expliquer la causalité mentale ne sera pas sans conséquences lorsqu’il s’agira de bâtir une solution au problème. Une seconde clarification, susceptible de modifier la compréhension de la causalité mentale, concerne la nature même des relata, ici, les événements.

La notion d’événement se divise au moins en deux modèles différents : (i) comme particuliers (Davidson, 1969) ou (ii) comme exemplification d’une propriété à un moment t (Kim, 1976). Pour Davidson, « les événements sont des individus non répétables, datés, comme l’éruption particulière d’un volcan » (1970, p. 280), et la relation causale ne s’explique que comme persistance de régularités entre les événements. En conséquence, c’est l’existence des lois qui assure la connexion causale entre les événements.

L’événement comme exemplification par un objet d’un attribut (relation ou propriété) à un moment ou sur une période donnée (Kim, 1973, 1976, Bennett, 1988) est alors défini plus finement. Schématiquement, si on considère P comme étant l’attribut, o l’objet, et t le temps, on spécifie l’événement d’avoir P pour o à t [o, P, t]. Ainsi, selon ce mode d’individuation, ce qui constitue l’événement est un attribut unique. On dira que la propriété P, constitutive de l’événement à t, est exemplifiée par l’objet o. Précisons que P n’est pas la propriété exemplifiée par l’événement [o, P, t] mais par le particulier o. Il peut en effet se produire qu’il y ait d’autres propriétés instanciées dans l’événement [o, P, t] du fait d’avoir P comme propriété constitutive.

D’une manière générale, ce qui fait d’un événement une cause est l’instance d’une certaine propriété entrant en relation avec une autre propriété instanciée par l’événement qui en est l’effet. C’est pourquoi lorsque l’on parle de la pertinence causale d’une propriété mentale, cela signifie que la possession de cette propriété mentale par un individu, à un moment donné, cause un certain effet.

c. Le dualisme des propriétés

L’interaction entre le cerveau et le corps apparaît d’emblée plus accessible à notre compréhension que l’interaction entre l’âme et le corps. En effet, il n’existe pas d’obstacle philosophique à l’explication des relations de causalité entre le cerveau et les différentes parties et organes du corps. Qu’un événement dans le cerveau soit à l’origine d’une chaîne causale entraînant le déplacement d’un animal ou d’un être humain ne froisse pas, en effet, le jugement de notre sens commun. Néanmoins, le problème de la causalité persiste. C’est que nous sommes enclins à maintenir notre croyance que ces événements dans le cerveau, que nous qualifions de « mentaux », causent certes nos comportements, mais qu’ils le font en tant que mentaux, c’est-à-dire en vertu de certaines propriétés qui ne sont pas physiques. C’est ainsi qu’en posant un autre dualisme, celui des propriétés, à l’intérieur de ce monisme ontologique, on explique comment le corps et l’esprit interagissent.

Alors que certains éléments du monde, les pierres par exemple, n’ont que des propriétés physiques, certains autres, situés relativement haut dans une hiérarchie ontologique, peuvent posséder deux types de propriétés. Le dualisme des propriétés est donc un monisme qui permet à deux types différents de propriétés d’être exemplifiées ou co-exemplifiées par le même possesseur. Une personne x, par exemple, peut mesurer 1,85m et posséder la propriété mentale de croire que Florence est située à l’Est de Sienne. Le dualisme des propriétés revient alors à soutenir que les phénomènes mentaux sont des propriétés non physiques de phénomènes physiques. Bien que de types différents, ces propriétés sont néanmoins des propriétés du même genre d’objet. Pour le dire d’une manière qui prend en compte la conclusion de l’argument ontologique : quelque chose qui possède des propriétés mentales possède nécessairement des propriétés physiques.

C’est pourquoi rejeter le dualisme des substances n’est pas rejeter le mental. On précise simplement que les personnes ont un esprit, mais non à la manière dont elles possèdent un bras ou un cerveau. Avoir un esprit s’interprète alors comme la possession d’une certaine propriété ou d’une certaine capacité que les humains et certains animaux, voire d’autres structures biologiques (et pourquoi pas non biologiques), possèdent. Pour l’exprimer d’une façon très générale, l’esprit est une propriété large et complexe possédée seulement par certains systèmes physiques. Un grand nombre de propriétés plus étroites se manifestent dans ces systèmes, comme avoir des pensées, éprouver des émotions, des douleurs ou faire l’expérience de certaines sensations, prendre des décisions, etc. Certaines autres propriétés, encore plus spécifiques à l’intérieur de ces catégories, peuvent être précisées, comme éprouver une douleur dans une dent, croire que la pluie tombe, ou vouloir se rendre à Dublin, etc.

Ce glissement entre la question « Comment la relation causale entre la substance pensante et la substance étendue est possible ? » et la question « Comment l’esprit, selon une métaphysique moniste, cause un comportement ? » revient à reconsidérer les relata de la relation de causalité. En effet, si à l’intérieur de l’ontologie cartésienne il s’agit d’expliquer l’interaction causale entre deux substances de natures différentes, à l’intérieur du monisme il s’agit d’expliquer comment deux instances de propriétés de types différents, mais appartenant à une même substance, entrent en relation causale. C’est pourquoi lorsque nous cherchons à expliquer comment la croyance de René qu’il y a un carton de lait dans le réfrigérateur cause son comportement, c’est-à-dire le fait qu’il se rend dans la cuisine, nous parlons d’un événement, en l’occurrence d’une croyance, comme entité de la cause, et d’un autre événement, un déplacement, comme entité de l’effet. Cette modification des relata, qu’impose l’abandon du cadre cartésien, revient à dire que l’esprit cause des comportements en vertu de ses propriétés mentales. Selon cette théorie, on dira que ce qui cause le comportement de René est liée à la manifestation d’une certaine propriété mentale intentionnelle.

En introduisant le dualisme des propriétés, le problème de la causalité mentale devient alors celui de la pertinence ou encore de l’efficacité causale des propriétés mentales. En effet, si la compréhension contemporaine de la causalité mentale, centrée sur les propriétés, semble rendre le problème plus accessible à notre compréhension, une difficulté nouvelle voit le jour lorsque l’on pose la question du lien entre la substance matérielle, porteuse des propriétés mentales, et les propriétés mentales elles-mêmes. Alors que l’on peut attribuer uniquement des propriétés physiques à la substance physique, on admet qu’aucune substance ne peut posséder des propriétés exclusivement mentales. Ainsi, lorsque l’on soutient que les propriétés mentales sont fondées dans la constitution physique de l’agent, on doit pouvoir rendre compte de cette dépendance entre le physique et le mental. Or, la position dualiste contemporaine est une position non réductionniste. Cela signifie que la propriété mentale qu’a un organisme ou une personne ne peut pas être réduite aux propriétés de sa constitution physique. Soutenir cette option, c’est soutenir le fait que la propriété mentale, en tant que mentale, confère à celui qui la possède ses propres pouvoirs causaux. Le problème corollaire, engendré par l’abandon du dualisme cartésien, devient alors celui du lien et de la cohabitation de ces deux types de propriétés qu’auraient les organismes ou les personnes, qui eux sont entièrement physiques. En conséquence, si l’interactionnisme cartésien entre deux substances reste une énigme, le déplacement du problème en direction des propriétés laisse ouverte la question du lien entre le mental et le physique. Toutefois, le recours au concept de survenance apparaît comme un éclairage possible du lien que le mental et le physique entretiennent – et comme nous le verrons, c’est à partir de ce lien que le problème contemporain de la causalité mentale se tisse.

d. La survenance du mental

Le principe de survenance appliqué au mental, revient à poser une relation de dépendance du mental sur le physique ou, sa converse, de détermination du mental par le physique. Autrement dit, rien dans le mental ne pourrait exister, à moins qu’il ne soit strictement occasionné par le physique. A l’intérieur du physicalisme, on peut dire, selon la survenance, qu’il n’existe pas de monde possible qui serait identique au monde actuel dans chacun de ses aspects physiques et qui pourrait être différent dans ses aspects biologiques ou psychologiques (Davidson, 1980). Ainsi, si le physicalisme est vrai alors chaque chose dans le monde est physique ou survient sur le physique.

La survenance est habituellement comprise comme une relation entre deux classes de propriétés (Kim, 1982, Horgan, 1993). Cette relation exprime une dépendance entre ces deux classes. L’idée basique de dépendance s’exprime ainsi : si les propriétés A dépendent des propriétés B, alors les propriétés B déterminent les propriétés A. Si les propriétés B déterminent les propriétés A, alors il n’est pas possible que les propriétés B soient fixes et que les propriétés A puissent encore varier. Autrement dit, il existe une relation de co-variation entre les propriétés A et les propriétés B. Cette co-variation est à la base de l’idée intuitive de la survenance, à savoir que si deux situations sont indiscernables quant aux propriétés B, elles le sont aussi quant aux propriétés A. Appliquant cette intuition à deux êtres physiquement identiques en tous points, on peut dire alors qu’ils partagent aussi les mêmes propriétés mentales. Ce principe peut se formuler ainsi :

Principe de survenance : Les propriétés A surviennent sur les propriétés B, si et seulement si pour tout individu quelconque x et y, si x et y sont B-indiscernables, c’est-à-dire si x et y sont indiscernables dans toutes leurs propriétés physiques, alors elles sont A-indiscernables.

Ce qu’indique la survenance du mental sur le physique (qui sera dite « forte » ou « faible » selon une certaine force modale de nécessité métaphysique) est que le mental ne peut pas exister en dehors du physique et ainsi flotter librement en dehors de tout ancrage dans le monde physique. On peut dire alors de la survenance qu’elle est l’indicateur de la dépendance du mental sur le physique. Voyons maintenant comment ce cadre ontologique génère un problème pour la causalité mentale.


3. Le problème

Un problème philosophique est comme un nœud dans notre esprit à propos d’une question fondamentale que nous ne parvenons pas à défaire. La façon dont nous cherchons à le résoudre peut alors avoir des implications bien au-delà de l’espace logique de ses solutions. Le problème de la causalité mentale, parce qu’il questionne l’ontologie, est de cette nature. Souvent, il se présente comme un ensemble de propositions qui, lorsqu’on les considère individuellement, semblent vraies, ou extrêmement plausibles, mais qui, lorsqu’elles sont considérées ensemble, sont contradictoires. Le problème de la causalité mentale, telle que la pose la littérature contemporaine (Esfeld, 2005, 2012, McDonald, 2006, Gibb, 2013) se présente donc comme un ensemble de propositions qui, à première vue, nous paraissent vraies et que nous aimerions toutes bien garder.

Voici les quatre propositions :

1) Les causes mentales ont des effets physiques. (pertinence causale)

2) Les propriétés mentales ne sont pas des propriétés physiques. (distinction)

3) Chaque événement physique a une cause physique suffisante. (complétude)

4) Il n’existe pas de cas régulier de surdétermination causale des événements physiques. (non surdétermination)

Essayons maintenant d’expliciter le contenu de chacune de ses propositions.

a. La pertinence causale du mental

Dès lors que l’on place au centre du travail causal le rôle effectif des propriétés, on est amené à distinguer, dans la relation causale, les propriétés pertinentes de celles qui ne le sont pas. C’est, en effet, en vertu de la possession de certaines propriétés qu’une cause est agissante. Autrement dit, chaque cause d’un effet possède un grand nombre de propriétés, mais parmi cet ensemble de propriétés, un grand nombre d’entre elles ne jouent aucun rôle dans la relation causale. Prenons un exemple : le fait qu’une boule de billard soit de couleur rouge ou qu’elle ait été fabriquée dans une ville de l’ouest de la France ne sera d’aucune pertinence causale dans l’explication de son mouvement. En revanche, sa masse, la force avec la laquelle une autre boule l’aura heurtée seront des propriétés pertinentes dans l’explication causale de son mouvement. Cependant, être d’une couleur déterminée peut être une propriété pertinente dans la cause d’un certain autre effet. Un détecteur de couleur peut, par exemple, capter une sensibilité chromatique précise. Par conséquent, affirmer qu’un état mental peut causer un état physique ou, pour le dire plus précisément, qu’un événement mental peut causer un événement physique, impose d’ajouter que c’est en vertu de l’existence de propriétés mentales pertinentes que certains événements mentaux causent des effets physiques.

La question de la pertinence est une question qui concerne les propriétés. La question de savoir si un événement mental particulier peut causer un effet doit être séparée de la question de savoir si un événement mental peut causer un effet en vertu de la propriété mentale exemplifiée par un individu. L’intuition préliminaire qui préside à notre concept d’agent nous fournit des raisons de penser que les propriétés mentales sont des propriétés pertinentes dans la relation causale. C’est ce que je pense qui produit une différence dans ce que je fais : j’actionne ce corps, je saisis un objet. Reste que cette pertinence spécifique des propriétés mentales contient la seconde proposition : la distinction.

b. La distinction entre les types de propriétés

Le problème que soulève la distinction entre les propriétés est, tel un effet boomerang, celui du retour de la pertinence. La distinction peut-elle être séparée de la pertinence ? Comme la couleur de la boule de billard est une propriété inerte dans le cas de son déplacement, la propriété mentale, candidate à la pertinence causale d’un effet dans le domaine physique, tel que mon déplacement vers la cuisine, ne peut-elle pas à son tour être une propriété inerte ?

La pertinence des propriétés mentales associée à la distinction nous dit que les effets physiques peuvent avoir des causes mentales qui sont distinctes des causes physiques. Le problème de la causalité mentale consiste donc à savoir si une instance de propriété mentale peut causer une instance de propriété physique. Lorsque j’instancie la propriété d’éprouver une certaine douleur M (propriété mentale), j’instancie également une certaine propriété P du cerveau (propriété physique). Il y a identité entre les individus qui possèdent M et P. Néanmoins M et P sont distincts. Comment une telle distinction est-elle possible ? Mais surtout, en vertu de quelle propriété mon comportement est-il causé ? On pourrait dire que lorsque je forme l’intention de me diriger vers l’endroit où est rangée l’aspirine, c’est un certain événement mental qui est la cause de mon déplacement. Or, cet événement est aussi un événement physique (un état de mon cerveau). En ce sens, il est identique à cet événement cérébral. Cependant, il se distingue par mon intention qui, elle, est une propriété purement mentale.

C’est ainsi que les deux premières propositions de la pertinence et de la distinction constituent ensemble la première face du problème de la causalité mentale. L’une et l’autre éclairent une même caractéristique métaphysique : l’existence de propriétés mentales dont les instances sont des relata d’une relation de causalité. Cependant, comme on s’en aperçoit, si l’adhésion à la première proposition paraît puissante, l’acceptation de la seconde pourrait bien apparaître quelque peu équivoque. Toutefois, le problème de la causalité mentale se manifeste vraiment lorsque nous admettons un troisième principe et que nous le confrontons aux deux précédents : la clôture causale ou complétude du domaine physique.

c. La clôture causale du domaine physique

Pour un physicaliste, il est inconcevable de prendre en compte dans des lois physiques des forces ou des entités qui ne seraient pas physiques. Si de telles forces ou entités non physiques causaient des événements dans le monde physique, elles violeraient un principe à la base même de notre conception des lois naturelles, à savoir que tout événement physique a une cause physique suffisante. En effet, fixant des causes physiques, on fixe tous les effets physiques. Pour qualifier cette détermination des effets physiques par des causes physiques, on utilise le terme de « complétude » ou de « clôture causale » du domaine physique (Crane, 1995, Papineau, 1993, 2000). Ce terme ne signifie pas que la science physique est la science complète de toutes les choses. Ce terme exprime plutôt l’idée que les causes physiques suffisent pleinement à rendre compte des effets physiques.

Le principe de complétude exprime une façon de parler des applications de la causalité à l’intérieur du domaine physique. Il signifie que même si une chaîne causale nous fait passer du physique au non physique, le monde physique est causalement clos. Ainsi, un événement physique quelconque, dans la mesure où il est causé, a une cause physique ou peut causer un autre événement physique. C’est ce qui permet de conclure que lorsque des phénomènes mentaux sont des causes de phénomènes physiques, il y a aussi une cause physique suffisante qui explique ces mêmes phénomènes physiques. La conséquence de l’application d’un tel principe aux phénomènes physiques, dont on cherche à isoler la cause, permet ainsi de prendre toujours en compte des causes appartenant à la sphère physique. C’est pourquoi, en supposant que le mouvement de mon bras en direction du verre d’eau posé devant moi a une cause – et nous avons de bonnes raisons de le croire ! – il y a une cause physique suffisante qui explique ce mouvement.

Le principe de la clôture causale du domaine physique légifère donc sur un domaine précis de relations causales : les phénomènes physiques recevant une cause (Montero, 2003). Cela signifie que le domaine physique a un caractère causal explicatif suffisant en soi. Cette étendue partielle de la clôture ne fait donc pas du principe un outil d’exclusion de la cause mentale et reste, de ce fait, entièrement compatible avec le dualisme. Il ne prétend pas non plus que tout ce qui existe dans le monde est physique. « Aussi loin que s’étend la clôture causale, il peut bien y avoir des entités et des événements en dehors du domaine physique, et des relations causales pourraient exister entre ces objets non physiques. » écrit J. Kim (2005). La seule chose que garantisse le principe est que s’il existe une influence causale provenant de l’extérieur du domaine physique vers l’intérieur de ce même domaine, il existe aussi une cause physique suffisante. Un tel principe est cependant contesté au niveau quantique. En effet, la décomposition radioactive d’une particule n’est pas déterminée par un état de choses qui lui-même détermine pleinement cet effet. L’interprétation de la cause suffisante exprimée dans le principe ne pourra être alors formulée que de façon probabiliste. Dans ce cas, si l’interprétation quantique est correcte, c’est le principe même de clôture qui semble être faux. Toutefois, en admettant que le principe de la clôture dise seulement ce qui arrive en l’absence d’une autre cause qui pourrait apparaître comme non physique, nous prenons appui sur le fait que le domaine physique est fondamentalement non mental – et que le succès de la physiologie a prouvé que nous avions de bonnes raisons d’admettre qu’il n’y a pas de forces mentales agissant sur le monde physique. C’est ainsi que l’on peut considérer ce principe comme une simple présupposition méthodologique de la science physique. Toutefois, on peut se demander si à l’intérieur du domaine physique nous avons encore besoin d’une explication qui ne serait pas physique. David Lewis (1967), dans son article « An argument for the Identity Theory », précise la portée du principe de complétude :

[Cette prémisse] n’exclut pas l’existence de phénomènes non physiques ; elle n’est pas une thèse ontologique en soi. Elle nie seulement que nous n’ayons jamais besoin d’expliquer un phénomène physique par un phénomène non physique. Les phénomènes physiques sont physiquement explicables, ou s’ils sont vraiment inexplicables, c’est soit parce qu’ils dépendent du hasard (d’une manière qui peut toutefois être physiquement expliquée) soit parce qu’il s’agit de principes premiers méthodologiques acceptables. Des phénomènes non physiques de toutes sortes peuvent coexister avec les phénomènes physiques, jusqu’à partager le même espace/temps, pourvu seulement que les phénomènes non physiques soient entièrement inefficaces relativement aux phénomènes physiques. (Lewis, 1966, p. 24, nous traduisons)

Comme on le voit dans ce passage, de l’explication suffisante à l’exclusion de toute possibilité de pénétration du non physique dans le domaine physique, il y a un pas qui pourrait bien être contenu dans la proposition elle-même. Cependant, dire, en raison de la présence d’une cause physique suffisante, que nous n’avons pas besoin d’expliquer les phénomènes physiques par des phénomènes non physiques ne signifie pas que nous ne pouvons pas expliquer causalement un phénomène physique en faisant appel à un phénomène non physique. Si un événement physique a une cause mentale, nous pouvons aussi tracer un chemin entièrement physique partant de cet événement vers sa cause physique, sans ne jamais rencontrer d’élément non physique. Autrement dit, la route causale qui part de l’effet physique vers sa cause utilise une description entièrement physique. Nous pouvons, néanmoins, conserver la possibilité pour une cause non physique d’avoir un effet physique sans violer le principe. On peut même dénier qu’une influence causale mentale constituerait une violation de la clôture causale du domaine physique. Si, comme E. J. Lowe (2003), on soutient que la cause mentale ne nécessite aucun transfert d’énergie, alors au moment où les événements mentaux causent des effets dans le domaine physique, ces causes ne peuvent être visibles d’un point de vue purement physique. Il serait donc impossible, du point de vue physique, de détecter le moindre trou dans l’histoire causale.

Toutefois, que se passerait-il réellement, compte tenu du principe de complétude, si par hypothèse, une cause non physique traversait la route causale physique. Un tel événement, aussi curieux soit-il, pourrait ne pas venir perturber le principe. En effet, dans le domaine de l’expérimentation physique, une cause non physique ne pourrait se manifester que par un comportement physique inattendu et nouveau de l’un de ses objets. La science physique accompagne régulièrement l’enregistrement de comportements insolites des phénomènes qu’il lui faut expliquer. Un électron, par exemple, peut se diviser en deux sans cesser d’être la même particule. C’est pourquoi, si une cause non physique intervenait dans le domaine physique, elle ne modifierait pas la méthode soutenue par la complétude. A supposer qu’une apparente violation de la clôture causale du domaine physique se produise et que celle-ci doive pouvoir être détectée et confirmée sur une base empirique, nous pourrions être tentés de penser et d’admettre que le domaine physique n’est pas clos ou n’est pas complet. Cependant, cette « violation », un objet par exemple qui se comporterait d’une façon bizarre et inattendue, n’en serait pas une. En effet, en entrant dans le domaine physique, ce nouvel événement ne ferait que modifier ou compléter une loi naturelle existante. De sorte que si une entité mentale caractérisée comme non physique produisait un effet dans le domaine physique, elle ne pourrait pas être considérée, en raison de cette interprétation exclusive du principe, comme une cause non physique. Il n’y aurait alors le choix qu’entre deux solutions : soit l’exclusion de cet événement hors du physique – auquel cas, il ne serait d’aucune utilité dans l’explication causale d’un événement physique, soit son intégration au domaine physique. Autrement dit, si un tel événement considéré comme non physique se produisait pour en causer un autre dans le domaine physique, cela montrerait seulement que le domaine physique n’a pas reçu une description complète. En adoptant cette clause d’exclusivité du domaine physique, on résout, certes, le problème de la causalité mais… avant même qu’il ne se pose ! En effet, l’introduction de la clôture exclusive, posée comme pétition de principe, retire toute solution crédible au problème.

Si donc on interprète le principe de façon exclusive, l’hypothèse de l’introduction d’un événement causal caractérisé comme non physique dans la chaîne causale physique donne à la complétude une force de régénération infinie. En conséquence, rendant disponible une cause physique substituable à toute cause mentale on pourra se dispenser de faire appel à cette dernière. Or, rien ne nous empêche de concevoir que deux causes, l’une mentale et l’autre physique, viennent chacune expliquer, le même phénomène physique. Par exemple, le mouvement de mon bras peut recevoir une explication faisant appel à une cause mentale suffisante, telle que mon intention de me saisir du verre d’eau placé devant moi. Il n’est donc nullement nécessaire d’interpréter le principe de clôture causale comme exclusif. On peut dès lors le concevoir sans exclure la possibilité que des propriétés mentales puissent conférer des pouvoirs causaux à leurs porteurs susceptibles de causer un événement physique. En conséquence nous prendrons le parti d’interpréter ce principe sous sa forme la plus faible, à savoir que pour tout effet dans le domaine physique, il existe une cause physique suffisante.

Alors que les deux premières propositions satisfont nos intuitions en faveur de la causalité mentale, la troisième proposition, celle de la clôture causale, fait naître une compétition entre les propriétés mentales et physiques. C’est pourquoi, à moins de faire cohabiter deux types de propriétés différentes qui seraient causalement responsables d’un même effet, il nous faut expliquer comment les trois premières propositions du problème peuvent être cohérentes entres elles. Mais pour que le problème éclose, pour qu’au-delà de la recherche de la cohérence des trois premières propositions une contradiction apparaisse, une quatrième proposition est nécessaire.

d. La non-surdétermination causale du mental

Lorsque l’on associe les principes de la pertinence et de la distinction avec celui de la complétude, il semble que nous rencontrions un cas de surdétermination causale, c’est-à-dire que nous nous trouvons en présence de deux causes différentes concourant de concert pour produire un même effet. Supposons ainsi que vous ayez l’intention de calmer une douleur dentaire. Cette intention (M) est la cause de votre déplacement vers l’armoire à pharmacie qui contient le paracétamol (P*). Ainsi, formellement nous pouvons énoncer que :

(1) M cause P*.

Cependant, l’acceptation du principe de clôture nous enjoint aussi de prendre en compte l’ancêtre causal physique de l’occurrence de P* comme cause suffisante. En effet, un ensemble d’états neurophysiologiques (P), constitué de diverses transmissions neuronales, saura expliquer causalement l’ensemble de vos mouvements. Nous avons donc aussi :

(2) P cause P*.

Est-ce que cela signifie que votre déplacement P* est le jeu de deux causes suffisantes et pertinentes, l’une mentale et l’autre physique ? Si l’on suit les trois propositions, nous sommes en présence d’une cause mentale suffisante, l’intention de calmer une douleur, mais également d’une cause physique suffisante, un état neuronal. Nous pouvons donc écrire :

(3) P cause P* et M cause P*.

Nous sommes bien ici en présence de deux causes, P et M, pour un même effet, P*. Mais est-ce un cas de véritable surdétermination causale ?

La conjuration des assassins de César, par exemple, est un véritable cas de surdétermination causale. Les vingt-trois coups de poignard dans le corps de César forment un ensemble de causes, chacune suffisante pour lui donner la mort. L’énoncé (3) quant à lui, montre deux causes distinctes qui concourent à la réalisation de l’effet P*. Un tel cas de surdétermination causale est particulièrement bien illustré dans l’exemple de deux tireurs situés à deux endroits différents et visant la même cible. En appuyant au même moment sur la gâchette de leur arme et en causant la mort de leur victime, nous nous trouvons en présence, chose extrêmement rare, de deux causes indépendantes responsables du même effet. Ainsi, si le premier tireur n’avait pas tiré, le second l’aurait fait, entraînant la mort de la victime. La question qui va alors se poser sera celle de savoir si dans le cas des occurrences de P et de M, nous sommes, oui ou non, en présence d’un tel cas de surdétermination dont on admet qu’il ne peut être qu’extrêmement rare et qu’il ne peut, en tout cas, pas être systématique. La réponse à cette question est cruciale, car si l’on admet que la proposition de non-surdétermination causale s’applique à tous les événements mentaux, alors la voie d’une exclusion de la cause mentale pourrait bien être ouverte.

Mais sommes-nous vraiment en présence d’un cas de surdétermination même dans l’exemple « standard » du peloton d’exécution ? En effet, une des balles peut atteindre fatalement la victime quelques millièmes de seconde plus tôt avant que la seconde ne fasse son travail. La non-simultanéité parfaite des deux balles dans le corps de la victime n’empêche-t-elle pas de considérer qu’il s’agit là d’un cas de surdétermination ? On pourrait répondre, en effet, que nous avons à faire ici qu’à une apparence de surdétermination (Bunzl, 1979). Chacune des balles cause une mort différente de ce qu’elle aurait été si une seule balle avait causé la mort de la victime. Mais si l’on définit la mort comme la cessation de toute activité cardiaque et de toute activité cérébrale, alors deux causes indépendantes peuvent avoir provoqué l’une ou l’autre de ces ruptures d’activités. Ainsi, à partir du moment où chaque balle peut accomplir son travail fatal, on peut laisser de côté la manière dont la mort arrive et considérer que nous sommes bien en présence d’un cas de surdétermination causale. Autrement dit, la mort simpliciter, en dehors toute spécification, est surdéterminée.

Qu’un effet ne soit pas surdéterminé causalement de façon régulière est un principe général très largement admis. Ainsi, lorsque la deuxième proposition qui soutient la distinction entre la cause mentale et la cause physique donne à la propriété mentale la faculté de conférer un pouvoir causal propre à son porteur, il semble que nous soyons bien face à un cas de surdétermination causale. Mais ne pourrait-on pas reconnaître que dans le cas spécifique de la causalité mentale, la surdétermination causale ne soulève pas véritablement de problème ? Ou alors, si la proposition de non-surdétermination causale doit s’appliquer, même dans les cas de causalité mentale, une autre stratégie ne peut-elle pas consister à chercher à démontrer que les occurrences de causalité mentale sont différentes des cas véritables de surdétermination et qu’en conséquence, cette proposition est étrangère au problème ? Quelle modalité pourrait nous donner des raisons qui rendraient la proposition de non-surdétermination systématique impuissante dans les cas de causalité du mental au physique ?

Le cas standard de la surdétermination causale est un cas dans lequel les causes sont totalement indépendantes l’une de l’autre. Il résulte de deux causes situées dans deux régions spatio-temporelles différentes. En effet, chaque propriété pertinente confère à son instance le pouvoir de causer son effet. L’histoire causale de l’événement physique produit est alors susceptible d’être tracée par deux lignes causales entièrement différentes. Ainsi, dans la mesure où différents mécanismes causaux sont impliqués, nous avons affaire à un cas de véritable surdétermination impliquant deux ou plusieurs causes indépendantes.

Une cause mentale, quant à elle, surdéterminera un effet physique, seulement si de façon similaire au cas standard, c’est-à-dire de façon totalement indépendante, elle se produit en même temps qu’une cause physique. Le chemin mental et le chemin physique, suivant une trace totalement différente, nous montrent que nous avons bien à faire à deux causes. Un tel cas de surdétermination ne peut recevoir que deux explications : soit il s’agit d’une coïncidence totalement hasardeuse, soit les causes ont opéré en commun. Si on met le hasard de côté, il nous reste l’hypothèse que P et M auraient conjointement opéré pour causer P*. La cause de P* pourrait-elle alors être constituée conjointement par M et P ? Les énoncés (1) et (2) affirment que M et P constituent chacun une cause suffisante pour P*. Il est donc difficile de voir comment M et P ensemble pourraient conférer plus de pouvoir à leurs instances prises séparément. De plus, si M et P conjointement causent P*, M devra alors être nécessaire à la production de P*. Mais une telle éventualité reviendrait à violer la clôture du domaine physique.

Néanmoins, la distinction n’implique pas l’indépendance. En effet, l’arrière-plan physicaliste du problème contemporain offre une image métaphysique de la causalité mentale qui se comprend à travers le même mécanisme physique causal. Peut-on alors dans ce cas affirmer que nous sommes en présence d’un cas de surdétermination lorsque que P et M sont chacun suffisants pour P* ? La question de l’existence d’un lien entre le domaine mental et le domaine physique qui permet de soutenir à la fois la distinction et la dépendance du premier par rapport au second se trouve donc au cœur de la clarification des cas de surdétermination impliquant une cause mentale. Mais plus qu’une simple clarification, la découverte de ce lien est ce qui doit porter la solution au problème même de la causalité mentale. Avant de pouvoir répondre à cette question et avant d’enquêter sur la nature de ce lien, regardons comment se déploie l’espace logique des solutions au problème lorsqu’il prend en compte le principe de non-surdétermination.

e. L’espace logique des solutions

Les quatre propositions sont donc, chacune, sous-tendues par un principe :

1) Pertinence causale des propriétés mentales. Les causes mentales ont des effets physiques.

2) Distinction entre les propriétés mentales et physiques. Les propriétés mentales ne sont pas des propriétés physiques.

3) Complétude causale du domaine physique. Chaque événement physique a une cause physique suffisante.

4) Non-surdétermination causale. Il n’existe pas de cas régulier de surdétermination causale des événements physiques.

C’est donc la conjonction de ces quatre principes qui fait émerger le problème. Voyons maintenant comment se déclinent les incohérences que provoque l’introduction du quatrième principe :

a. Échec de la pertinence des propriétés mentales. Si les propriétés mentales sont distinctes des propriétés physiques (2), dans la mesure où il existe toujours une cause physique suffisante (3), alors il n’est pas possible que les propriétés mentales soient causalement pertinentes, s’il n’y a pas de surdétermination régulière (4). Il s’ensuit que (1) est faux. C’est l’exclusion du mental.

b. Échec de la distinction entre les propriétés mentales et physiques. Si les propriétés sont pertinentes dans la causalité mentale (1),si pour tout effet physique, il existe une cause physique (3) et s’il n’y a pas de surdétermination régulière (4), alors il n’est pas possible que les propriétés mentales ne soient pas des propriétés physiques. Il s’ensuit que (2) est faux. C’est l’identité des propriétés.

c. Échec de la complétude causale du domaine physique. Si les propriétés mentales sont pertinentes dans la causalité physique (1) et qu’elles sont distinctes des propriétés physiques (2) alors il n’est pas possible que tous les états physiques puissent avoir des causes complètes, si la surdétermination est exclue (4). Il s’ensuit que (3) est faux. C’est le dualisme des propriétés mentales irréductibles aux propriétés physiques.


4. Les réponses au problème

Les tentatives de résolution du problème voient principalement s’opposer deux thèses physicalistes : le réductionnisme et le non réductionnisme. Alors que le réductionnisme aboutit, via un argument d’exclusion du mental en tant que mental de son pouvoir causal (Kim, 1998, 2006), à la mutation de la propriété mentale en concept (Kim, 1998), la thèse non réductionniste tente de faire persister deux causes suffisantes (Loewer, 2001, Bennett, 2003). Enfin, l’introduction des tropes, en se réappropriant la théorie de l’identité, tente d’échapper à l’exclusion du mental en ouvrant une troisième voie (Robb, 1997, Erhing, 1999, 2011, Heil et Robb, 2003).

a. L’exclusion causale du mental

Ce que l’on nomme « l’exclusion causale du mental » est la tentative de rendre cohérents les principes de pertinence des causes mentales, de distinction entre le mental et le physique et de clôture du domaine physique, lorsque l’intuition de la surdétermination causale apparaît.

L’argument considère un cas de causalité du mental au mental : une instance de M cause une instance de M*. Or, selon le principe de survenance, on admet que l’instanciation de M* est aussi déterminée, non-causalement cette fois, par la base physique sur laquelle survient P*. Selon le principe de survenance, chaque fois qu’un individu possède une propriété mentale M à t, c’est en vertu du fait que cet individu possède une propriété physique P à t et que P nécessite, de façon asymétrique, M.

(4) M cause M* qui survient sur P*

Selon Kim (2005) il existerait une tension entre la détermination de M* survenant sur P* à t et la relation causale entre M et M*. En effet, à la question « pourquoi M* est-il instancié ? » on peut répondre « parce que M est instancié ou parce que P* l’est. » Quant à la tension entre M et P*, elle s’expliquerait par le fait que P* étant présent à t, quoi qu’il se soit passé précédemment, que M se soit produit ou non, M* est aussi présent à t. Et c’est cette tension entre les deux déterminations qui est à l’origine de l’argument.

Toutefois, pour que M cause M*, il doit causer P*. En effet, comment atténuer ses propres maux de tête si ce n’est en laissant agir les molécules analgésiques du médicament absorbé ? Dans ce dernier cas, mon désir (en finir avec ce mal de tête !) cause mon comportement (avaler une aspirine) conjointement avec ma croyance que le remède fera son effet (action de l’acide acétylsalicylique). Ainsi, lorsque l’on veut causer M*, et que M* survient sur P*, cela ne peut se faire qu’en vertu d’une propriété causalement suffisante pour P*. Je peux, en effet, raisonnablement douter de la télépathie, c’est-à-dire de l’action directe sur mes maux de têtes, et préférer l’ingestion du remède qui agira sur les processus sous-jacents sur lesquels ma douleur survient. Autrement dit, pour causer M*, il faut causer P*. Or, le principe de clôture causale du domaine physique apporte une bonne raison de croire que P* a aussi une cause physique suffisante, P. Mais alors comment M, instance de propriété mentale distincte de P, et qui lui est non réductible, peut-elle bien causer P* qui a déjà une cause suffisante ? A cette question, Kim répond que P préempte M comme cause de P* (2005). On peut cependant légitimement se demander pourquoi P apparaît ici comme une cause « privilégiée » par rapport à M ? Pourquoi exclure la possibilité empirique d’un mécanisme causal entre M et P* ? La réponse à cette question est donnée par l’application d’un principe qui fonctionne comme une contrainte générale auquel il paraît bien difficile d’échapper et ce, quelle que soit la conception que l’on se fait de l’explication. Le voici :

Principe d’exclusion explicative. Il ne peut y avoir, au plus, qu’une seule et unique explication complète et indépendante pour un événement quelconque. (Kim, 1988)

Ce principe signifie que si deux explications différentes d’un événement sont en compétition, et néanmoins prétendent l’expliquer complètement, l’une des deux exclut l’autre. Associé alors à l’individuation fine des événements comme instanciation d’une propriété à un instant t, (à moins que nous ayons affaire à un cas de surdétermination classique), le sens du terme « indépendant » se précise alors de façon tranchée :

Principe d’exclusion causale. Aucun événement simple ne peut avoir plus d’une cause suffisante se produisant à un temps donné – à moins qu’il ne s’agisse d’un véritable cas de surdétermination. (Kim, 2005)

La double détermination causale de P et de M produisant P* tombe alors sous le coup de l’exclusion causale de M.

Par conséquent, soit nous pensons que la propriété mentale est identique à la propriété physique (M est P), soit, si nous demeurons attachés au second principe de la distinction, nous admettons que la propriété mentale M « accompagne » la cause physique mais n’exerce aucun pouvoir causal, ce qui revient à une conception épiphénoméniste du mental. Une telle conclusion, arguant l’inefficacité causale du mental ou sa réduction, demeure bien évidemment inacceptable pour les tenants du physicalisme non réductionniste. C’est pourquoi afin de barrer la route à l’exclusion du mental, ceux-ci posent la question : « Peut-on affirmer que nous sommes bien en présence d’un cas de surdétermination causale lorsque P et M sont deux causes suffisantes de P* ? ».

b. La réponse du physicalisme non réductionniste

La thèse du physicalisme non réductionniste se construit à partir des principes de pertinence et de distinction et d’une acceptation de la clôture causale du domaine physique, à laquelle s’ajoute la relation de survenance. Soutènement physicaliste d’une thèse défendant l’irréductibilité et la pertinence causale des propriétés mentales, la survenance apparaît, pour la thèse réductionniste, comme l’élément instable de l’édifice.

Lorsque l’on soutient que la propriété M « accompagne » la propriété P, on évoque le lien de dépendance du mental sur le physique ou, sa converse, de détermination du mental par le physique, à savoir la relation de survenance. Comme toute thèse se revendiquant du physicalisme, la forme non réductionniste soutient que chaque chose dans le monde est physique ou survient sur le physique. Autrement dit, lorsque l’on affirme que le mental survient sur le physique on évoque une relation entre deux phénomènes qui, conjointement, varient. On peut noter que si M et P co-varient, on ignore ce qui explique cette co-variation : P pourrait causer M, ou M et P pourraient avoir une cause commune, ou encore M pourrait être constituée de P ou être réalisée par P. Ainsi, la relation de survenance, principal soutien métaphysique à la thèse du physicalisme non réductionniste, n’est donc pas un type particulier de relation entre les propriétés mentales et physiques et ne vient donc pas réellement éclairer l’ontologie des propriétés mentales.

C’est toutefois en raison de la relation de survenance de M sur P que Kim (2005) suggère que la surdétermination du mental n’est pas un cas standard de surdétermination causale. La notion courante de surdétermination requiert, en effet, deux chaînes causales indépendantes – voire plus –, qui conjuguent leurs pouvoirs vers un effet commun. La relation de survenance ne permet pas ce genre de situation, et c’est pourquoi l’exclusion causale explicative s’impose et laisse, du fait du principe de la complétude, l’intégralité du travail causal à P.

Le tenant du physicalisme non réductionniste, parce qu’il est physicaliste et qu’il reconnaît, lui aussi, la complétude du domaine physique, persiste cependant à vouloir faire exister les deux causes suffisantes et se voit ainsi contraint de montrer qu’en dépit de cette double causalité, l’argument de l’exclusion, soit ne s’applique pas, soit est faux. Pour se soustraire à la conclusion de l’argument de Kim, la stratégie du physicalisme non réductionniste prend alors l’une des deux voies suivantes :

a) Celle qui soutient que les cas de causalité du mental au physique sont de véritables cas de surdétermination et dans ce cas l’exclusion ne s’applique pas.

b) Celle qui traite la causalité mentale comme un cas de surdétermination systématique mais non véritable. Dans ce cas l’exclusion est fausse car si la cause d’un événement est systématiquement déterminée, cet événement peut avoir plus d’une cause suffisante à un moment donné, ce que dénie le principe d’exclusion.

La stratégie qui consiste à accepter l’existence d’une véritable surdétermination causale (a) pour les cas de causalité mentale revient à affirmer, en plus d’une coïncidence de deux causes distinctes opérant en même temps, que l’on pourrait parfois se dispenser de la cause mentale ou qu’en cas de défaillance de la cause physique, la cause mentale pourrait se substituer à elle. On peut, et ce pour deux raisons, aisément écarter cette première voie. En effet, vouloir se dispenser de la cause mentale alors que l’on cherche à l’expliquer n’a guère de sens. En outre, si on accepte que P* puisse être l’objet de deux causes distinctes, alors il existe un monde possible dans lequel M seul cause P*. Et dans un tel monde, le principe de clôture causale du domaine physique ne s’applique pas. Mais, manifestement, ce n’est pas le genre de surdétermination que le physicalisme non réductionniste cherche à défendre puisqu’il reconnaît la validité du principe de complétude. Il est donc clair que P* n’est pas surdéterminé par M et P de cette manière. Alors pour dénier que les cas de causalité mentale soient des cas de surdétermination causale indépendante, il faut montrer que l’on est en présence de deux causes suffisantes mais qui sont liées de telle sorte qu’on ne peut les identifier avec des cas de surdétermination standard.

Si l’on admet que la causalité mentale se présente comme un cas systématique de surdétermination mais non véritable (b), elle apparaît alors massivement. La co-occurrence d’une manifestation de douleur (M) et d’une activité cérébrale (P) visible par IRMf, semble bien former, en effet, deux causes (P*). Rejeter l’exclusion causale consiste alors à montrer que P* peut certes être l’objet de deux causes suffisantes mais que l’on ne peut pas les interpréter comme participant d’un cas standard de surdétermination. Autrement dit, que deux causes conjointes, P et M, tout en constituant chacune une cause suffisante pour P*, c’est-à-dire en conférant à leurs instances des pouvoirs causaux différents, constituent un cas de surdétermination systématique et dépendante (Loewer, 2001, Bennett 2003, Kallestrup, 2006), et qu’en conséquence l’argument de l’exclusion causale est faux.

Pour soutenir cette thèse le physicalisme non réductionniste se doit de faire appel à la réalisation multiple du mental. En effet, soutenir la surdétermination dépendante implique la vérité de l’énoncé contrefactuel : « Si M s’était produit sans P, P* aurait quand même été causé ». Pour motiver cette vérité, sans qu’elle puisse être interprétée comme une violation du principe de clôture, le physicalisme non réductionniste doit dire que dans un monde où P ne se produit pas, M ne constitue pas pour autant la seule cause de P*. Soutenir le principe de la survenance revient, en effet, à dire qu’il est métaphysiquement impossible pour un organisme quelconque de posséder M sans posséder une propriété physique de base. Mais si la propriété physique réalisatrice de M, comme l’explique la réalisation multiple, est un ensemble disjonctif de propriétés physiques, alors l’absence de P n’est pas une violation du principe de complétude du domaine physique. Ainsi, le recours à la réalisation multiple est ce qui permet au physicalisme de soutenir l’efficacité causale de M sans rompre avec le principe de complétude, tout en maintenant la distinction entre M et P.

Mais le recours à l’intuition de la réalisation multiple ne suffit pas au physicalisme non réductionniste pour justifier la surdétermination dépendante. En effet, dans la mesure où ce physicalisme soutient le principe de survenance, un processus causal physique sous-jacent se maintient. Quelle place donner alors à ce processus causal ? Autrement dit, quel concept de la causalité doit adopter le physicalisme non réductionniste pour rendre compte de cette surdétermination ?

Selon le concept de causalité qui sera adopté, la dépendance contrefactuelle ou la production, l’analyse de la surdétermination se verra interprétée différemment. Ainsi, suivant la dépendance contrefactuelle, les énoncés « M cause P* » et « P cause P* » s’expliquent ainsi :

(5) Si M ne s’était pas produit, P* ne se serait pas produit.

(6) Si P ne s’était pas produit, P* ne se serait pas produit.

Toute l’analyse conceptuelle de la notion de cause est ici guidée par l’idée qu’une cause fait une différence dans son effet (Lewis, 1973). Ainsi, c’est l’évidence de la vérité des énoncés (5) et (6) qui établit, à la façon d’une condition sine qua non, que l’instance de M et l’instance de P sont chacune la cause de l’instance de P*. En revanche, le concept de causalité comme production considère la cause comme ce qui produit, provoque ou génère un effet :

(7) M produit, provoque ou génère P*.

(8) P produit, provoque ou génère P*.

En conséquence, selon la conception de la causalité que l’on déploie, celle-ci provoque ou non l’exclusion du mental. En effet, la conception de la causalité comme production donne à l’exclusion causale un caractère analytique. Ce qui implique l’impossibilité a priori pour un effet d’avoir plusieurs causes suffisantes serait redevable à la conception de la causalité que l’on applique. Si P produit P*, M peut n’avoir plus rien à faire. En revanche, si M et P sont, en vertu de la survenance, dépendants contrefactuellement et que la causalité est elle-même entendue comme dépendance contrefactuelle, alors il n’y a aucun problème à concevoir une surdétermination causale systématique qui ne sera pas un cas standard. L’explication de la cause de P* mentionnera le fait que M survient sur une certaine propriété P qui est suffisante pour M et cause P*. Dans la mesure où il existe une chaîne de dépendance contrefactuelle de M à P*, M est une cause de P*. Ainsi, P et M apparaissent l’une et l’autre comme des causes dans le sens où si l’une ou l’autre ne s’était pas produite, P* ne se serait pas produit non plus.

Ce que met en évidence la stratégie du physicalisme non réductionniste pour résister à l’exclusion est donc le recours à l’intuition de la réalisation multiple et l’appui du concept de la causalité comme dépendance contrefactuelle. En revanche, en soutenant un concept de causalité comme production, le réductionnisme, via l’argument de l’exclusion causale, semble s’imposer. Une troisième stratégie, faisant appel aux tropes, c’est-à-dire à des particuliers abstraits plutôt que des universaux, tente d’échapper à l’une et l’autre voie.

c. L’appel aux tropes

Le physicalisme non réductionniste considère la propriété mentale comme une propriété de second ordre survenant sur une propriété physique. La thèse réductionniste, quant à elle, s’appuyant sur ce statut ontologique du mental, justifie sa réduction à sa base réalisatrice. C’est ainsi que la propriété mentale est éliminée au profit d’un concept fonctionnel. Ce passage de la propriété au concept est rendu possible à l’intérieur d’une ontologie universaliste des propriétés. En revanche, si les propriétés ne sont plus des universaux mais des particuliers ou tropes, souscrire à l’identité des instances mentales et physiques tout en maintenant l’existence des deux types différents de propriétés permet d’échapper à l’exclusion (Robb, 1997, Erhing, 1999, 2011, Heil et Robb, 2003, Loth, 2013).

Il existe en effet deux manières opposées de concevoir, au niveau le plus général, ce qu’est une propriété. Selon la conception universaliste, qui est la plus traditionnelle, les propriétés sont des universaux, c’est-à-dire des entités qui ont la capacité d’être instanciées dans plusieurs objets particuliers à la fois. De ce point de vue, il y a littéralement quelque chose de commun entre mon mal de dent et le vôtre, à savoir le fait qu’une même propriété est instanciée par chacun de deux états mentaux. Mais on peut aussi considérer les propriétés comme des tropes. Elles ne sont pas plus des universels, mais des particuliers. La propriété d’avoir mal aux dents que je possède et la propriété d’avoir mal aux dents que vous possédez sont alors des entités particulières et distinctes, même si nos maux de dents sont qualitativement indiscernables (même si l’effet que cela me fait d’avoir mal aux dents et le même que l’effet que cela vous fait d’avoir mal aux dents). Il y a d’un côté la propriété avoir mal aux dents telle qu’elle est instanciée chez moi et d’un autre côté, la propriété avoir mal aux dents telle qu’elle est instanciée chez vous. Elles appartiennent à un même type, par exemple celui des douleurs, mais c’est seulement en vertu de la ressemblance qu’elles ont entre elles et avec d’autres tropes de douleurs (la propriété d’avoir mal à la tête, telle qu’elle était instanciée par moi il y a deux heures). Le fait qu’un trope appartienne à un type plutôt qu’à un autre n’a pas de pertinence causale. Ce qui fait une différence causale, c’est la nature intrinsèque du trope.

Si les relata de la causalité sont des exemplifications d’universaux, la compétition entre la propriété mentale M et la propriété physique réalisatrice P est inévitable. En effet, le problème de la surdétermination se pose dans la mesure où les propriétés de chacun des ordres sont des propriétés de types différents. Ma douleur a une exemplification différente de celle de la propriété neurale qui est une activation des fibres C. Or, c’est cette différence dans l’exemplification de l’universel, et donc entre les événements, qui conduit à la conclusion réductionniste de l’argument de la survenance, à savoir que les propriétés mentales, comme universaux, n’existent pas (ou du moins pas en plus des propriétés physiques). En revanche, en introduisant les tropes, c’est-à-dire en posant une séparation entre le type et l’instance, l’identité des instances évite le problème de la surdétermination. En effet, parce que les types, à l’intérieur d’une ontologie des tropes, ne sont pas des entités qui font une différence causale, la question de savoir si un type mental est un épiphénomène ne se pose pas.

La solution tropiste soutient donc une identité entre le mental et le physique et cette identité est l’identité des instances. Comprendre la relation de causalité comme le travail des instances physiques des propriétés c’est donc, dans le cas de la causalité mentale, reconnaître que le travail causal d’un événement est effectué par l’instance d’une propriété mentale à un instant t et que cette propriété mentale est aussi une propriété physique. Si la propriété est universelle et que l’on souscrit à l’argument de la survenance, on explique alors la causalité mentale en attribuant aux propriétés mentales les conclusions de la théorie de l’identité des types. En effet, la propriété mentale universelle, dont l’instance est dérivée du type, ne permet pas cette identité physique des instances. On peut donc considérer la conclusion de l’argument de la survenance de Kim comme une variante de la théorie de l’identité des types et, comme une négation de l’existence d’événements mentaux. En effet, puisque les pouvoirs des propriétés mentales sont préemptés par ceux des propriétés physiques et que l’événement est une exemplification de propriété à un instant t, l’événement causal n’est jamais un événement mental. Selon l’approche réductionniste, les seuls événements causaux qui existent sont donc des événements physiques et par conséquent les propriétés mentales ne peuvent pas être des propriétés causales.

Dans une ontologie de tropes, types et instances sont séparées ; c’est alors la ressemblance entre les tropes qui permet de spécifier le type auxquels ils appartiennent. En reconnaissant alors que des instances de propriétés causalement efficaces peuvent être de type mental, cela permet d’ouvrir la voie à une solution au problème de la causalité mentale. Spécifier un état de douleur, par exemple, revient à spécifier un état physique (neuronal) causant certains comportements faits d’évitements et de contractions musculaires. On dit alors qu’un certain organisme x ressent une douleur de façon similaire à l’organisme y, en vertu, pour prendre un vocabulaire fonctionnaliste, d’une similarité des rôles causaux. L’être humain, la pieuvre, voire le martien, peuvent éprouver un état que l’on spécifie comme un même type de douleur. C’est ici l’une des leçons du fonctionnalisme qui est conservée, à savoir qu’il n’existe pas une seule et unique propriété qui satisfasse un prédicat mental comme « éprouver une douleur ». Chaque trope est ainsi un particulier d’une certaine sorte (Campbell, 1983).

Ainsi, l’excitation de la fibre C, trope de la douleur à t, dans un organisme x, pourrait ne pas être un trope de la douleur dans un organisme y. De même qu’un trope différent de l’excitation de la fibre C, dans un organisme z, pourrait venir se ranger sous le type de douleur. L’introduction des tropes permet donc de donner sens à l’intuition de la réalisation multiple, sans l’excroissance ontologique qui sous-tend la thèse du physicalisme non réductionniste.

Néanmoins, il apparaît légitime de poser la question suivante : lorsqu’un individu cause un événement physique du fait d’un trope mental, cela est-il dû à l’appartenance du trope à la classe des tropes de type physique ou à celle de type mental ? C’est le problème de l’objection du « qua » mental. Autrement dit, l’introduction des tropes modifie-t-elle réellement le problème de la causalité mentale ou ne fait-elle que le déplacer, ou n’est-elle, encore, qu’un fait notationnel ? C’est, en effet, une chose de dire qu’un état mental cause un comportement, c’en est une autre de dire qu’il le cause en vertu de ses propriétés mentales. On peut effectivement se demander s’il est vrai que l’état neurologique causera ce qu’il cause en tant qu’état neurologique dans lequel se trouve un individu, ou en tant qu’état mental dans lequel se trouve ce même individu (Noordhof, 1998, Gibb, 2004, Maurin, 2008).


Bibliographie

Armstrong David, A world of State of Affairs, Cambridge University Press, 1997.

Beebee Helen, Hitchcock Christopher et Menzies Peter (éds), The Oxford Handbook of Causation, Oxford, Oxford University Press, 2009.

Bennett Jonathan, Events and Their Names, Indianapolis/Cambridge, Hackett, 1988.

Bennett Jonathan, « Event Causation: the Counterfactual Analysis », Philosophical Perspectives, vol. 1, p. 367–386, 1987.

Bennett Karen, « Why the Exclusion Problem Seems Intractable, and How, Just Maybe, To Tract it », Nous, vol. 37, n° 3, p. 471-497, 2003.

Bunzl Martin, « Causal Overdetermination », Journal of Philosophy, vol. 76, p. 135, 1979.

Campbell Keith, « Abstract Particulars and the Philosophy of Mind », Australasian Journal of Philosophy, vol. 61, p. 129-141, 1983.

Crane Tim, « The Mental Causation Debate », Proceedings of the Aristotelian Society, Supplementary Volume 69, p. 211-236, 1995.

Davidson David, « Causal Relations », Journal of Philosophy, vol. 64, 1967, trad. française P. Engel, Actions et événements, Paris, P.U.F., 1993.

Davidson David, « The Individuation of Events », 1969, trad. française P. Engel, Actions et événements, Paris, P.U.F., 1993.

Davidson David, « Mental Events », in Essays on Actions and Events, 1970, trad. française. P. Engel, Actions et événements, Paris, P.U.F., 1993.

Descartes René, Correspondance avec Elisabeth et autres lettres, 1643, J. M. et M. Beyssade (éds), Paris, Flammarion, 1989.

Descartes René, Méditations métaphysiques, 1647, J. M. et M. Beyssade (éds.), Paris, Flammarion, 1979.

Descartes René, Les passions de l’âme, 1649, Introduction et notes par G. Rodis-Lewis. Préface de Denis Kambouchner, Paris, Vrin, 1994.

Dowe Phil, Physical Causation, New York, Cambridge University Press, 2000.

Erhing Douglas, « Tropeless in Seattle: The Cure for Insomnia », Analysis, vol. 59, p. 19-24, 1999.

Erhing Douglas, Tropes, Properties, Objects, and Mental Causation, New-York, Oxford University Press, 2011.

Esfeld Michael, « Mental Causation and Mental Properties », Dialectica 59, p. 5-18, 2005.

Esfeld Michael, La philosophie de l’esprit : Une introduction aux débats contemporains, Paris, Armand Colin, 2012.

Gibb Sophie, « The Problem of Mental Causation and the Nature of Properties », Australasian Journal of Philosophy, vol. 82, p. 464–76, 2004.

Gibb Sophie, Lowe E. J. et Ingthorsson, R. D., Mental Causation and Ontology. Oxford, Oxford University Press, 2013.

Hall Ned, « Two Concepts of Causation », in Causation and Conterfactuals, edited by John Collins, Ned Hall, and L.A. Paul, Cambridge, MA, MIT Press, p. 225-276, 2004.

Heil, John et David Robb, « Mental Properties », American Philosophical Quarterly, vol. 40, p. 175–196, 2003.

Horgan Terence, « From Supervenience to Superdupervenience: Meeting the Demands of a Material World », Mind, vol. 102, p. 555-586, 1993.

Hume David, Treatrise of Human Nature, 1739, troisième partie, édité par D. F. et M. J. Norton, Oxford University Press, 2001, trad. française P. Baranger et P. Saltel, Paris, Garnier Flammarion, 1995.

Kallestrup Jesper, « The Causal Exclusion Argument », Philosophical Studies, vol. 131, p. 459-485, 2006.

Kim Jaegwon, « Causation, Nomic Subsumption, and the Concept of Event », The Journal of Philosophy, vol. 70, p. 217-236, 1973.

Kim Jaegwon, « Events as Property Exemplifications », in Supervenience and Mind: Selected Philosophical Essays, Cambridge University Press, 1976/1993, trad. française La survenance et l’esprit : les événements et la survenance, vol. II, Ithaque, 2012.

Kim Jaegwon, « Psychophysical Supervenience », Philosophical Studies, vol. 41, p. 51-70, 1982.

Kim Jaegwon, « Epiphenomenal and Supervenient Causation », Midwest Studies in Philosophy, vol. 9, p. 225-240, 1988.

Kim Jaegwon, Mind in a Physical World, Cambridge, Mass: MIT Press, 1998, trad. française, F. Athané et E. Guinet, préface de Max Kistler, L’esprit dans un monde physique : essai sur le problème corps-esprit et la causalité mentale, Paris, Sylepse, 2006, Ithaque, 2014.

Kim Jaegwon, Physicalism or Something near enough, Princeton, Princeton University Press, 2005.

Kistler Max, Causalité et lois de nature, Vrin, 1999.

Lewis David, « An Argument for the Identity Theory », The Journal of Philsophy, p. 17-25, 1966.

Lewis David, « Causation », The Journal of Philosophy, vol. 17, p. 556-567, 1973.

Lewis David, « Causation as Influence », in Collins, Hall, and Paul, p. 75-106, 2004.

Libet Benjamin, L’esprit au-delà des neurones, trad. française, Paris, Delvy, 2012.

Loth François, Le corps et l’esprit, essai sur la causalité mentale, Paris, Vrin, 2013.

Lowe E. J., « Physical Closure and the Invisibility of Mental Causation » in Physicalism and Mental Causation: The Metaphysics of Mind and Action, Sven Walter et Heinz-Dieter Heckmann (éds), Exeter, Imprint Academic, p. 137-154, 2003.

Lowe E. J., « Non-Cartesian Substance Dualism and the Problem of Mental Causation », Erkenntnis, vol. 65, p. 5–23, 2006.

Loewer Barry, « Book Review: Mind in a Physical World », The Journal of Philosophy, vol. 98, p. 315-324, 2001.

Macdonald Cynthia and Graham Macdonald, « The Metaphysics of Mental Causation », Journal of Philosophy, vol. 103, p. 539–76, 2006.

Maurin Anna-Sofia, « Does Ontology Matter? », in Tropes, Universals and the Philosophy of Mind, S. Gozzano and F. Orilia (eds.), Frankfurt, Ontos Verlag, p. 31-55, 2008.

Mellor David Hugh, The Facts of Causation, Oxford, Oxford University Press, 1995.

Montero Barbara, « Varieties of Causal Closure », in Physicalism and Mental Causation, The Metaphysics of Mind and Action, Sven Walter et Heinz Dieter Heckmann éds., Exeter, Imprint Academic, p. 173-187, 2003.

Noordhof Paul, « Do Tropes Resolve the Problem of Mental Causation? », Philosophical Quarterly, vol. 48, p. 221-226, 1998.

Paul Laurie Ann, « Counterfactual Theories », in The Oxford Handbook of Causation, Beebee, H., Hitchcock, C. et Menzies, P. (éds), Oxford, Oxford University Press, p. 158–184, 2009.

Papineau David, Philosophical Naturalism, Oxford, Blackwell, 1993.

Papineau David, « The Rise of Physicalism », in Carl Gillett et Barry Loewer éds., Physicalism and its Discontents, Cambridge, Cambridge University Press, p. 3-36, 2001.

Plantingua Alvin, « Against Materialism », Faith and Philosophy, vol. 23, p. 3-32, 2006.

Salmon Wesley, Scientific Explanation and the Causal Structure of the World, Princeton, Princeton University Press, 1984.

Wegner Daniel Merton, The Illusion of Conscious Will, Cambridge, MA, MIT Press, 2002.

Zimmerman Dean, « From Property Dualism to Substance Dualism », Proceedings of the Aristotelian Society, Supplementary Vol. LXXXIV, p. 119-150, 2010.

François Loth
françoisloth@gmail.com
Université de Rennes 1